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 Débarquement

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Ancilla
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MessageSujet: Débarquement    Sam 10 Juin - 22:45

Call of Destiny
Rain Sword feat Ancilla


Le vent soufflait, gonflant les voiles rapiécées du navire et le poussant par chance vers le nord dans la direction désirée. Sur le pont, « l’équipage » s’activait. C’était un grand rafiot, tout de bois construit et à la proue imposante, surmontée d’une tête hideuse sertie d’orbites vides et d’une gueule béante. Nul ne savait d’où sortait cette embarcation ni son âge, mais la plupart des gens s’accordait à dire qu’il devait être déjà là bien avant la guerre. Pourtant, la quasi totalité des bateaux avait disparu depuis bien longtemps.
Loin sur la droite, le soleil se levait déjà, irisant l’horizon est de nombreux reflets cuivrés, succédant les dernières étoiles scintillantes. Il était rare d’apercevoir un ciel si dégagé par les temps qui couraient et la mauvaise saison qui approchait.
« Terre en vue ! » s’écria Niglo, la vigie.
Effectivement, l’île se profilait enfin à l’horizon, après un long voyage sur les mers. Son fort se dressait haut et droit, imposante prison semblant attendre toujours plus de détenus. Pourtant, ce n’est pas de nouveaux arrivants dont elle bénéficiera. Pas cette fois, même si les départs sont assez rares pour ne pas dire inexistants. Après des semaines en mer, nous sommes enfin arrivés à destination.
Je fixai maussade l’étendue marine éblouissante devant moi qui avait enfin une limite. Je clignai de nombreuses fois des yeux pour observer l’île, incapable de détourner le regard de ce point hypnotique. Les couleurs s’estompaient peu à peu, virant de gris jusqu’à blanc. Et puis le gris revint, un gris pâle, très pâle, et l’espace d’un instant fugace j’aperçus une fillette accrochée à une femme, et puis tout redevint blanc, le soleil m’aveuglant de plein fouet.
« Ancilla, nous arrivons bientôt.
Je vacillai légèrement lorsque je me retournai pour le regarder et pris appui sur la rambarde.
- Merci El'sha, demande aux hommes de tout préparer avant que nous accostions. »
Cette façon pénétrante qu’avait El’sha de me dévisager me mettait toujours autant mal à l’aise. Ses yeux vert-ambré me fixaient intensément, comme cherchant à pénétrer… mon âme.
« Ça va aller ? demanda-t-il soucieux. Tu n’es pas obligée de faire ça, tu sais.
- Ça va aller. 
Je m’essuyai l’œil d’un mouvement rapide, pour en déloger une quelconque poussière imaginaire. El’sha continuait à me dévisager d’un air songeur, visiblement peu convaincu par ma réponse.
« Ça va aller, je te dis. Je suis juste fatiguée, dis-je en expirant, lasse.
- Encore ces visions.
- Rien d’important, allez vous préparer. »
Une mèche de cheveux châtain ballottée par le vent retomba sur ses yeux. 
Niglo – surnommé ainsi à cause de sa coiffure ébouriffé -  ne tarda pas à descendre de son poste pour nous rejoindre et chacun se rassembla pour débarquer une fois que tout fut préparé.
« Que fait-on si ça tourne mal ? Après tout, personne n’a dû venir ici depuis des lustres… s’inquiéta notre vigie.
- Ça ne tournera pas mal. Je dirais même qu’ils seront content d’avoir des nouvelles de l’extérieur.
- Et si les prisonniers se révoltent ? Nous ne sommes que quatre et tu as l’intention d’en récupérer pas mal, rajouta-t-il.
- Avec des si on referait le monde, Niglo. Bien, allons-y. Chacun sait ce qu’il a à faire. »
Je descendis sur ces mots dans une barque et tous me suivirent, chacun seul dans l’une des quatre barques. J’ouvrai notre progression et Glenesh la fermait. Glenesh était un fidèle effacé mais fanatique, dans le genre que l’on entendait rarement parler, mais qui donnait l’impression de pouvoir vous poignarder au moindre faux pas. C’est ce que j’aimais chez lui : le silence. Il allait toujours à l’essentiel et c’était très bien comme cela.
Grand, le crâne rasé, massif et tatoué sur une bonne partie du corps, il était imposant et un guerrier redoutable. Rarement perdant au bras de fer et toujours gagnant dans l’intimidation, il ne valait mieux pas le mettre en rogne si on ne souhait pas finir sous ses poings ou sous le fil de sa hache dont il ne se séparait jamais.
Les vagues ralentissaient notre avancée mais nous finîmes par arriver devant un vieux ponton de bois à moitié écroulé que je contournai pour mettre pied à terre directement sur le sol caillouteux, soulevant le bas de ma robe afin de ne pas m’empêtrer dedans. Mes hommes n’eurent pas le temps de me rejoindre que cinq personnes armées d’arc vinrent à notre encontre.
« Nous venons de très loin, expliquai-je, du continent. C’est le chaos là-bas. 
- Du continent ? demande perplexe l’homme roux habillé de peaux et de fourrure qui nous toisait.
- Oui, la guerre n’a rien épargné, tout est détruit. »
Il consulta ses compagnons du regard.
« Et il sort d’où ce bateau ? Ça fait bien longtemps qu’on en a plus vu par ici. Le commerce et l’arrivage de prisonniers ont cessé durant la guerre, et on a vu personne depuis. C’est plutôt calme par ici, ‘voyez. Alors que venez-vous faire là ?
Voyant que les arcs étaient toujours prêt à être tendus, je préférai désamorcer la tension avant qu’elle n’empire.
« Nous venons justement vous proposer un commerce un peu… spécial. Nous n’avons pas de mauvaises intentions, baissez vos armes je vous prie. »



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Rain Sword

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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 0:23

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_Hng...

J'ouvre un oeil... Puis l'autre. Bordel... J'ai l'impression d'avoir une lance dans le dos... Il me faut du temps pour me rappeler où je suis. Dans ma cellule, évidemment. C'est le foutu cor du matin qui m'a réveillée. Comment je me suis retrouvée à pioncer dos contre le mur? Ah, oui... Mon camarade de piaule est mort, en emportant le dernier sommier avec lui. Je lève les yeux, sans oser tourner la tête, face à moi. Empalé sur une barre de bois, au milieu des restes d'un vieux lit, ce mec dont je connais même pas le nom gît encore, sûrement froid et sec. Le sang a dégouliné abondamment sur le draps. J'ai probablement perforé une artère ou deux sur le coup. Et les gardes n'ont même pas prit la peine de virer cette saleté de là de toute la nuit. J'ai dormi avec un putain de cadavre dégueulasse. Et ça commence à puer la Mort. Bah, c'est pas bien nouveau pour moi.
Pourquoi j'ai un mec crevé dans ma piaule? Parce qu'il a fait un mauvaix choix de vie. Ils – je sais pas qui exactement – ont pas cherché à diviser les femmes des hommes. Résultat, mon nouveau camarade, après la mort de la vieille que j'avais avant, s'est avéré être un rat d'égoût en rut. Il a essayé, il a morflé. Et les gardes n'ont même pas bougés le petit doigt, se contentant de ricaner en admirant le spectacle. Je sais très bien qu'ils n'interviennent jamais, ces porcs. J'en ai entendu des femmes qui, par peur de se faire tabasser, se laisse faire. Tssk.
Maintenant, je me demande si je vais vraiment devoir me coltiner un mort pour le reste de mes jours... Oh non, j'aurai qu'à dégager un type d'une autre celule. Une avec vue sur le littoral, pourquoi pas. Quoique, c'est pas comme si j'allais rester là pour toujours. Bon, ok, ça fait déjà un moment que je suis là mais...
Je soupire et me redresse doucement, faisant craquer mes articulations endolories. L'idée de reprendre une activité quelconque aujourd'hui est plutôt alléchante, suer me fera du bien. En attendant qu'un garde vienne ouvrir la porte, je me dirige vers la fenêtre. Enfin, l'ouverture qui sert de fenêtre. Une brise fraîche me souffle au visage, et je ferme les yeux, apréciant ce rafraîchissement. J'ai pratiquement pas dormi de la nuit à cause de tout ça, et ce petit vent me réveille un peu mieux. En contre-bas, des prisonniers s'atèlent déjà à la tâche. C'est l'atelier de cuisine. Ils dépècent la viande, découpent les légumes... ça paraîtrait presque bon s'ils ne faisaient pas ça les mains sales ou en ramassant les bouts qui tombent.
A l'horizon, derrière la vallée végétale en décrépitude, le soleil pointe le bout de son nez. Je souris doucement. C'est le seul moment de la journée que j'aprécie. Et à chaque fois, je me demande ce qu'il y a si on s'approche de cette boule de feu. D'autres terres, d'autres horizons... Et puis, mes pensées sont rompues par le cliqueti des clefs dans la serrure. Ma porte s'ouvre, et, comme tout les jours depuis des mois, je me retourne, prenant soin de foudroyer le garde du regard, le maudissant intérieurement, lui et tout ceux de son rang. Chaque jour un peu plus.
Il n'est pas seul, ce matin. Lui et deux autres entre sans faire attention à ma présence et ramasse le cadavre, comme si c'était une corvée comme une autre. En fait, ça l'est. Ce n'est pas le premier mort et sûrement pas le dernier. Ça les arrangent: moins de bouffe à pourvoir, moins de surveillance... Pas comme s'ils en faisaient réellement, à part pour nous donner des coups de fouet. Il y a deux jours, par exemple, un groupe de rebelles avait tenté de s'échapper. Ils avaient trouvé le moyen d'avoir un double de clefs. Mais comme je m'y attendais, ils n'ont pas fait longue route. Une battue avait été organisée à la va-vite, et leur tête avait servit d'exemple, trônant joyeusement devant la cour, remettant les pensées en place à quiconque aurait l'envie de faire de même. Ce n'était pas mon cas.
D'une part, parce que je ne fera jamais la connerie d'avoir un goupe pour ça. D'autre part, parce que... Je sais pas... Dans le fond, j'ai un peu peur, j'admet. Et si c'était pire, ailleurs?... Tssk, pas la peine d'y penser. Pas pour l'instant. Quand ce sera le moment, je le saurai.

Je rejoignis le réfectoir d'un pas lent, comme à mon habitude. Il y avait déjà quelques personnes, mais on ne se bousculait pas. La plupart des prisonniers dormaient jusqu'à midi. Je surpris certain regards haineux de la part de compatriotes. Ils avaient eu vent de la mort de leur pote, mais ils n'osaient pas me le cracher en face. Au temps pour eux, ils n'ont pas spécialement envie de le suivre dans l'au-delà.
Je me remplis les poches de viande séchée et d'un morceau de pain, avant de m'en aller. Je ne mange jamais avec ces crevards. Traversant les couloirs froids et délabrés, esquivant naturellement les planches et les briques qui n'avait jamais bougés d'un iotat, merci à la flemmardise commune, je me dirigea d'emblée à la lisière de la forêt. Grignotant en route, je me présenta finalement au poste de garde de la bûcherie. Il examina mes poches, et me fit signer une décharge avant de m'autoriser à prendre une hâche. Je n'étais pas super habillée pour ce temps, vêtue d'un t-shirt, d'un gilet en fourure, des brassards de la même matière aux avant-bras, et un pantalon de toile, resserré par des cordes. Mes chaussures étaient le seul luxe que j'ai pu avoir: des bottes basses en cuir noir récupérées sur un mort la semaine dernière. Elles étaient pas mal rayées mais n'avaient aucun trou et semblaient plutôt solides.
Sous l'égide d'un groupe de garde, je choisi un arbre ni trop fin, ni trop épais. J'avais besoin de me défouler, sans ruiner mes muscles. J'étais la première arrivée, et avait donc l'embarras du choix. La lame de ma hâche s'abati sur le tronc en écorchant le bois. Une fois, deux fois, trois fois... Et je perdi rapidement le compte, mon esprit s'envolant ailleurs.
Combien de mois que je suis là, déjà? Si ce n'est plus. Je ne sais pas. La fracture à l'arrière de ma tête est la preuve de le la malfonction de mon cerveau. Elle a laissé s'échapper plus de quatre-ving dix pour cent de ma vie. Pouf, envolé! Plus aucun souvenir. Tout ce que je sais, c'est que je l'ai eu ici, dans ces maudites ruines. Des crétins qui ne sont plus vivant pour encore en rire, avait eu le plaisir de me raconter ce qu'il s'était passé. J'avais tenté de m'enfuir. Et j'avais fait une mauvaise chute. Ils m'avaient laissée pour morte. Mais les dieux en avaient décidé autrement.

Pourquoi? Est-ce que les symboles runiques tatoués le long de mon cou jusqu'à mon bassin ont quelque chose à voir avec ma destiné? Est-ce que je croyais vraiment à ces conneries cosmiques?

Mon corps entier était en feu. Je ne savais même pas depuis combien d'heures je frappais cet arbre, mais c'est seulement le bruit lourd qui me sorti de mes réflexions. Il se fendit dans un craquement d'agonie et s'écroula, tel un mort de plus sur cette île maudite. Je respirais fortement, et mes mains tremblaient. La transpiration coulait sur ma peau en traçon un sillon de saleté. Il était temps que je prenne un bain.
Je rendis la hâche au poste et pris ma pause. Au moins, on était pas suivit comme des chiens à longueur de journée. On pouvait se balader sur l'île comme bon voulait, pour peu qu'on ne dépassait pas la zone autorisé, ni le couvre-feu.
Il était un peu plus de midi, d'après la position du soleil, et je me dirigeais au littoral. Je pris le chemin sinueux qui descendait de la falaise, et, au lieu d'aller près de la place des pêcheurs, suivit un parcours bien à moi. L'île était grande et peu de personnes avaient le désir d'explorer. A part moi.  J'avais mon petit coin tranquil qui me donnait une belle vue sur le large. Enjambant des vieilles branches qui ne résisteraient pas à mon poids, je finis par descendre un peu plus bas, m'agrippant sur la roche humide. Je manquais de crever à chaque fois que je faisais ça, puisse qu'il y avait bien six ou sept mètre de hauteur, mais j'en avais plutôt rien à foutre. Agilement, je sautais sur une grosse roche assez plate où les vagues venaient s'y écraser. Je m'y assis, et entama mon déjeuner.

Ce n'est qu'au bout de longues minutes ennuyeuses que quelque chose apparu dans mon champ de vision. Ou plutôt, dans le champs océanique. Qu'est-ce que c'était que... Curieuse, je fixais le point noir un long moment. Il grossissait de plus en plus jusqu'à prendre la forme... d'un bâteau. D'un – putain – de bâteau. Ma bouche s'ouvrit sous l'ahurissement. Sans déconner... Y'a quelque chose derrière la mer? Autant derrière la forêt je veux bien mais... J'suis conne quand même, c'est logique pourtant.
Je bondis sur mes jambes et resta là, figée sur place, attendant que le navire se rapproche, le détaillant scrupuleusement. La figure de proue était hideuse, et me laissa perplexe. Qui était à bord? Et qu'est-ce qu'ils voulaient? Ils étaient gentils? Ou bien la gentillesse n'existait vraiment pas? Ils pourraient me raconter ce qu'il y a là-bas! Oui! Je... Je dois y aller! Absolument! Il le faut, je peux pas rester là! Je... Je ferai n'importe quoi pour...
Alors que j'extrapolais grossièrement dans ma tête, je finis par remarquer qu'il se dirigeait vers la place de pêche. Les gardes ne l'avaient sûrement pas loupé. Putain... Ils seraient capable de tuer tout le monde à bord pour s'emparer du navire.
J'étais si surexcitée que je manquais plusieurs fois de tomber en escaladant la muraille, glissant bêtement. Une fois sur la terre ferme, je piquais un sprint vers la côte. Il ne me fallu pas bien longtemps pour arriver sur place, et constater que nombreux étaient déjà là, entre les gardes et les prisonniers. Je m'accroupis à bonne distance derrière un rocher, observant l'équipage descendre par le ponton. Une personne m'intrigua au premier abord. Une femme tout bonnement splendide, qui n'avait rien à voir avec ce qu'on pouvait voir ici. Plutôt grande, élancée, elle avançait avec une grâce étrange sur la terre moite. Ses cheveux longs étaient d'un noir intense qui contrastait furieusement avec la blancheur de sa peau. Un visage allongé, des lèvres pulpeuses et rougeoyantes, un regard sombre mais... rassurant, en fait. Elle portait une longue robe noire. Drôles de fringues pour une marine.
Mains sur la roche, obnubilée par cette scène inédite, j'écoutais ce qu'il se disait, le cœur battant frénétiquement.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 18:47

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« Un commerce ? De quel genre ? demanda le rouquin hisurte. Nous avons besoin de rien ici, nous produisons nos propres ressources. Et je ne vois pas ce que vous pouvez nous apporter de précieux venu d’un monde réduit à néant. A la rigueur, votre bateau pourrait bien me faire réfléchir... Car malgré tout, ici, ça reste une prison même pour nous...
- Il se trouve que le continent a besoin de main d’œuvre pour tout reconstruire et c’est pour cela que je viens à vous aujourd’hui. J’aimerais vous prendre quelques esclaves.
- Vous savez, les bons esclaves ne se trouvent plus. Et puis ils ne sont plus très nombreux ces derniers temps, il y a eu une épidémie. Qui fera le travail si je me sépare du peu que j’ai ?
- Je suis sûre que vous avez bien quelques personnes à me céder. Vous produisez peut-être votre nourriture,  vos… vêtements et d’autres bricoles, et je ne peux pas me séparer du bateau, mais je pourrais bien vous laisser quelques barques. Les terres les plus proches ne sont pas très loin, à quelques heures de là au sud-est.  »
Il parut réfléchir.
« Les barques c’est pas fait pour aller très loin… Mais au moins nous pourrions pêcher et manger autre chose que des crabes. Les poissons se font rares sur le littoral. Et pis p’t’être qu’un jour je pourrais tenter une traversée si elles se révèlent fiables. Bon… J’vous propose dix esclaves, pas un de plus, contre trois barques.
- Deux barques.
- Trois et je vous donnes les plus solides gaillards. 
- Deux barques. Et c’est moi qui choisis les personnes, c’est non négociable.
- Ouh, l’est dur en affaire la p’tite dame… Allez, c’est entendu. »
Il s’adressa à l’homme à côté de lui afin qu’il sonne le rassemblement de tout le monde sur le littoral pour que je puisse choisir les dix esclaves.
Il y eut beaucoup d’agitation et il ne fut pas chose aisée que de réunir la totalité des détenus. Ils n’étaient pourtant pas si nombreux, mais tous étaient disséminés aux quatre coin de l’île et cela prit du temps avant qu’ils arrivent tous. Lorsqu’ils furent là, j’en dénombrai d’un regard approximativement deux centaines.
« Bon mes p’tits gars, je vais faire simple. La demoiselle que vous voyez là vient de la mer avec son rafiot puant et elle voudrait repartir avec dix d’entre-vous. C’est elle qui vous choisira. Alors pas de cris, pas de larmes, pas de contestation, sinon c’est le fouet. J’espère que vous avez saisi. Il y a besoin de gens solides comme vous pour reconstruire les villes sur le continent, donc faites preuves de bonne volonté. »
L’inquiétude cernait de toute part les regards.
C’est au milieu des murmures et divers questionnement que j’établis mon choix.  
J’avais une assez bonne idée de ce que je voulais, mais le trouver au milieu de dizaines et de dizaines de têtes n’était pas évident. Je parcourais les lignes de détenus qui attendaient de connaître mon choix. Je n’avais pas droit à l’erreur. Je ne devais pas me tromper. Tout s’effondrerait si jamais je ne choisissais pas la bonne personne… L’angoisse s’emparait également de moi au même titre que ces misérables. Je ne la voyais pas.
« Séparez les hommes des femmes. »
Ma voix s’étranglait presque. Je commençais à avoir des bouffées de chaleur. De panique.
« Dites ma petite dame, on va pas y passer la nuit, si ? Vous vouliez dix hommes pour des travaux, alors choisissez vos dix connards et repartez d’ici une bonne fois pour toute.
- Il me faut une femme aussi. »
La patience de l’individu allait s’amenuisant.
« Séparez-les. Je cherche une femme particulière. »
Il beugla haut et fort :
« QUE TOUTES LES PUTAINS DE SALOPES S’ÉCARTENT DES HOMMES !!! »
J’eus un sursaut de surprise.
Les femmes, filles, et gamines se séparèrent de la gent masculine et se dirigèrent promptement sur la gauche.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 23:06

PS:
 

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De là où je me trouvais, je pouvais suffisamment entendre la conversation. Cette femme cherchait des esclaves. Super, passer de prisonnier à esclave... je me demandais bien quelle était la meilleure option. Je fus surprise de constater que le rameutement ne virait pas au chaos. Même si les gardes armés d'arcs pouvaient en dissuader quelques uns, personne ne sautait sur l'occasion de fuir de cette maudite île... En y réfléchissant bien, cette idée sortit de nulle part était totalement farfelue. Et s'il ne s'agissait que d'une sorcière venue chercher des sacrifices? Ou bien d'une blague à la con pour faire passer le temps. Personne n'y croyait.

Mais moi, j'avais de l'espoir.

J'entendis un bruissement de pas derrière moi, et sentit la présence familière de mon acolyte. Alasan n'avait jamais eu de mal à me trouver, même quand je m'isolais de la sorte. Et ce, malgré son autisme grave. L'enfant s'avança jusqu'à moi et, sans la regarder, je tendis la main. Elle la saisit et vint s'accroupir à mes côtés. De son autre main, elle tenait fermement son ourson en peluche, qui partait en lambeau, un oeil et un bras en moins. Le nez enfoui dans la laine, elle me scrutait curieusement.

_Regarde, Aly, fit-je en sachant qu'elle n'en était pas capable. Cette femme va emmener des gens avec elle. Pour quitter cette terre de merde.

Je croisais son regard et lui souris.

_On va faire parti du voyage, sans besoin d'invitation. Pas question de rater cette occasion. Viens.

Sa main dans la mienne, je l'entraînais jusqu'au rivage, le dos courbé. Nous étions cachées par une muraille de roche. Elle me suivit sans contester, même lorsque sa tête dépassait à peine de l'eau. Je me retournais et lui sourit. Elle se jetterait dans les flammes avec moi sans que j'ai besoin de lui demander, mais je savais qu'elle m'entendait et me comprenait, quand bien même ses yeux se perdaient dans le vague, dans les méandres de ses obscures pensées.

_Il va falloir plonger. Tiens-toi bien à moi.

Je la plaçais sur mon dos, ses bras entourant mon cou, et examinais le bâteau. Il y avait peu de chance pour que je puisse grimper sans me faire voir, mais j'esperais bien en trouver le moyen.

_A trois. Un... deux... trois...

Je pris une grande inspiration et plongea sous la mer. Heureusement qu'il faisait jour, je pouvais voir la carrure du navire et l'atteindre rapidement. Si j'avais assez de souffle à retenir, ce n'était pas le cas d'Alasan, qui n'avait pas l'habitude. Mais je ne m'inquiétais pas. Aussi étrange que cela puisse paraître, je pouvais sentir lorsqu'elle était en danger, lorsqu'elle avait peur. Ou, dans le pire des cas, elle serait assez intelligente pour me lâcher et remonter toute seule.
Nous ateignîmes la poupe du navire et reprîment notre respiration à grandes goulées d'air, tandis que je m'accrochais au gourvernail. Sur le rivage, je pouvais voir la femme parcourir les rangées. Sous l'ordre du commandant, les hommes et les femmes se séparèrent. Je ne saisissais pas l'intérêt de faire ça, mais au moins, je gagnais du temps à la tâche.
En contemplant les voiles avec émerveillement, je m'aperçu que de nombreuses cordes étaient pendantes, portant à leur extrémité un crochet. Je ricana. C'était vraiment facile.

J'en saisi une et dû m'efforçer à soulever nos deux poids or de l'eau. Mes muscles étaient enraidit et douloureux, je m'étais trop donnée ce matin, sans compter que nous étions trempées et que mes mains glissaient un peu. En grognant, j'ateignis la rambarde et me hissa par-dessus, m'assurant que personne ne se trouvait sur le gaillard arrière. Tout l'équipage avait mit pied à terre, crétins congénitaux. Laisser un navire sans aucune surveillance...
Alasan retomba sur ses pieds et je l'entraîna vivement vers une caisse de bois, juste assez grande – et vide – pour qu'elle puisse s'y cacher.

_Tu ne bouges pas, murmurais-je, je reviens.

Je refermais doucement avant de me cacher derrière une autre, un peu plus loin, qui me laissait suffisamment d'espace pour. Je savais que je ne pourrais pas me planquer bien longtemps, mais je misais sur le fais que, quand on me trouverait, je ne serais qu'un bonus de plus à la transaction. Trouver une arme serait un plus, accessoirement. Attendons qu'un de ses clanpins se décide à passer par là, une fois que le navire aura reprit la route.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 13 Juin - 10:33

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Décidément non, il n’y avait rien à faire. Je n’arrivais pas à trouver cette foutue bonne femme. Mais où était-elle ? L’île était immense. Elle était forcément là, sinon moi je n’y aurais pas été non plus. Ça, j’en étais certaine. J’ai eu une vision très précise de ce qui était et de ce qui sera. Alors que se passait-il ? Haut dans le ciel, des Goélands raillaient, se laissant porter au gré du vent qui secouait leurs plumes et les arbres. J’avais l’impression que l’île elle même se moquait de moi.
Je sentis l’homme aux cheveux de feu s’impatienter. Quelques minutes de plus et je crois que je serai bonne pour repartir les mains vides. Enfin pas tout à fait, avec une flopée d’esclaves dont je n’aurais que faire…
Je m’adressai de nouveau à mon interlocuteur :
« Vous êtes sûr que tout le monde est là ? Il ne manque personne ? Je cher...
- Bon, on va pas y passer la nuit, j’ai autre chose à foutre, moi ! Alors j’vous laisse dix secondes pour faire votre choix ou vous repartirez avec deux barque en moins sans la moindre personne.
- On se calme. J’estime bien pouvoir choisir les esclaves. Tout le monde n’est pas là, je le sais. Ne me demandez pas comment.
- Qu’est-ce que j’en sais moi, si tout le monde a répondu à l’appel ? l’île est grande, certains se cachent et d’autres n’ont pas dû entendre, surtout s’ils sont dans les mines. Tant que chacun fait son boulot, moi, ça me va ! Alors faites-moi le plaisir de dégager de là ! »
Merde, la situation allait devenir hors de contrôle si ça continuait. Mais pourquoi rien ne se passait comme prévu ?
J’avais deux solutions, soit partir et attendre de comprendre où était le problème, soit rentrer dans un conflit en faisant du forcing. Cela ne serait pas judicieux, mais pouvais-je vraiment repartir sans elle et... l’enfant ? Ce n’était pas possible, elles étaient forcément là. Mais que faire à présent ?
Je n’avais pas le choix.
« Écoutez-moi, je vais aller droit au but. Je cherche une personne spécifique. Je vous donne une barque de plus si vous me la trouvez. 
- Mais elle va m’emmerder encore longtemps ?! Nom d’une pipe ! Vas-y je t’écoute, à quoi elle ressemble ta connasse ?!
- Elle… Je me rapprochai un peu pour parler à voix basse. Elle a la peau mat, des cheveux bruns et des yeux clairs. Une enfant l’accompagne, une enfant blonde qui ne se sépare jamais de sa peluche. 
- Jamais vu.
- MERDE A LA FIN ! » m’écriai-je exaspérée.
- J’vais envoyer quelqu’un fouiller l’île, mais ce sont les quatre barques que j’demande.
- Très bien, tant que j’ai ce que je veux ! m’énervai-je. En attendant, je retourne au bateau pour y amener les hommes. Tenez-moi au courant. Je reviendrai dans quelques heures si je n’ai pas de vos nouvelles. J’en choisis dix, je vous en rendrai deux si vous trouvez la fille et la gamine. »
Je choisis dix hommes au hasard, ceux qui me paraissait assez solides et je retournai au bateau avec mon équipage, deux barques en moins pour l’instant. J’étais dans celle avec El’Sha, tandis que Niglo et Glen était dans la deuxième. Nous étions sept par barque, les esclaves ayant été équitablement répartis. Les canots étaient plutôt grands, ce qui nous permettait d’être installés assez confortablement sans être les uns sur les autres.
« Vous deux, là. Ramez, dis-je en désignant les deux personnes les plus proches. Et pas de mauvaise blague si vous ne voulez pas finir à la mer, je ne suis pas d’humeur. »  
Je montrai sur ces mots mon tazer de contact.
« Je n’hésiterais pas à m’en servir si besoin, rajoutai-je pour être certaine de bien m’être fait comprendre. Mais si vous vous tenez tranquilles, tout se passera bien pour tout le monde. »
Les canots arrivés à bon port, nous remontons dans le bateau les uns après les autres. Je montai en première et El’sha en dernier.
Niglo, Glenesh et les cinq autres esclaves arrivèrent peu après-nous.
« Envoyez les à la chiourme et enchaînez-les, commandai-je. Le vent souffle toujours vers le nord-ouest et nous aurons besoin de ramer pour partir à contresens. Sur ce, je vais me reposer dans ma cabine. Tenez-moi au courant s’il y a du nouveau. »
J’allais m’allonger et fis de mon mieux pour me détendre, mais les mêmes questions tournaient dans ma tête.
« Pourquoi… Qu’est-ce que j’ai raté ? »
Mes yeux se fermaient de sommeil.
L’océan se matérialisa lentement. L’eau paraissait grise, sans vie. Un océan poussiéreux. Au loin, une chose indéfinissable. Difficile à distinguer au vu de la distance, mais elle se rapprochait petit à petit, flottant au dessus des eaux. Une immense créature sombre, informe et gesticulante. Grouillante. L’eau tout autour sembla frémir et, petit à petit, le gris vira au rouge vif, le rouge vif au brun pâle puis l’eau devint noire. Une mer de sang coagulé. L’eau qui frémissait redevint calme et des cadavres remontèrent à la surface. Des rafales de cendre s’abattait vigoureusement sur moi.
Le suranné était presque à ma hauteur lorsque une exclamation sur le pont me tira de mon rêve et me fit bondir hors de ma couchette. Quelques secondes plus tard, El’Sha ouvrit la porte.
« Ancilla, il faut que tu viennes voir. On a trouvé quelques chose qui devrait t’intéresser... 
- J’espère que c’est plus important que le message que je m’apprêtais à recevoir », déclarai-je maussade.
Je me dirigeai d’une démarche incertaine vers la porte, El’Sha me précédant. Sur le pont, j’eus une surprise de taille. Je m’attendais à tout, mais pas à cela.
Devant moi se tenaient deux personnes. Une femme et une fille. La surprise parcourut longuement mon visage. Puis je constatai que le vent avait tourné – dans tous les sens du terme, j’ai envie de dire - dans la bonne direction. J’étirai un faible sourire fatigué.
« Levez les voiles, on s’en va. 
- Bien, acquiesça El’Sha. Et que fait-on des filles ?
- Oh… Trouve leur une cabine confortable, le voyage va être long. Et allez faire souquer les autres que l’on reparte au plus vite. »
Je ne savais pas comment elles étaient arrivées là, mais peu importait. J’avais réussi ma mission.

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Rain Sword

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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 13 Juin - 18:16

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Le temps se prolongeait indéfiniment et, sous le porche, cachée du soleil, je n'arrivais pas à savoir l'heure qu'il était.

Patience… comme on dit, la patience est la mère de toute les vertues. Ou quelque chose du genre. Je sais pas quel guignol a inventé ce proverbe mais j'ai horreur d'attendre. C'est stressant. Des choses se passe autour de toi et tu peux pas savoir quoi. Tu laisse le cours du destin poursuivre sa route et tu te retrouvera en travers comme une arrête de poisson dans la gorge.

J'ai vraiment horreur d'attendre. Et paradoxalement, je suis une femme extrêmement patiente.

Assise au fond de ma cache, les bras entourant mes genoux, j'attendais le retour de l'équipage. J'étais à la fois stressée et surexcitée. C'est la première fois. Enfin! Je vais enfin pouvoir quitter ce monde de merde… découvrir qui je suis… découvrir qui ils sont… eux qui ont façonnés nos terres, ce monde, ces horreurs. Comment est-ce, dehors? Est-ce que je l'avais su un jour? J'imagine que oui. Ou alors je suis vraiment née en prison… non, c'est pas possible. Je viens d'ailleurs, j'en suis sûre.
Et Alasan? Cet immense tatouage runique qui lui couvre tout le dos est presque semblable aux miens.  D'où il vient? Qui lui a fait? Dans quel but?

Je souris d'excitation. Toutes ces questions ont enfin une chance de trouver réponse. J'ai tellement hâte de partir loin, ô combien loin!

Le clapoti régulier des vagues qui se rapprochaient m'indiqua que les barques étaient de retour. Ah! Je relevait le nez, à l'écoute. Les hommes débarquèrent sur le navire. Les esclaves avaient été ramenés? Ils devraient pas tarder à mettre les voiles, dans ce cas.
J'entendis la voix de femme ordonner des instructions à ses hommes. Les esclaves étaient donc bien là. Elle comptait s'en servir comme rameurs uniquement? J'étais bien contente d'y échapper. J'ai suffisamment de force pour un tel boulot mais il est hors de question que je finisse ma vie dans ce vieux rafiot. Encore moins pour Alasan. Elle mérite un avenir meilleur, un que je n'ai pas pu avoir.

Il fallut encore quelques minutes pour que tout le monde fût à bord. J'osais un regard de derrière la caisse, mais n'y vit pas grand chose, à part la floppée d'esclave. Ils decendèrent à l'intérieur du bateau.
Je ne comprend pas, la capitaine - puisse qu'elle a bien l'air de leur chef - ne veut pas partir tout de suite? Qu'est-ce qu'elle attend?
Je fus un instant prise au doute. Et si je devais m'emparer du navire en prenant leur capitaine en otage? Ils obéiraient? Tssk, j'suis pas sûre. Et j'arriverai pas à gérer Aly en faisant ça. Oh, et, surtout, je devrais pas être aussi prétentieuse, moi qui n'a toujours aucune arme. Je soupirais et me recala au fond de mon trou. Au moins, je n'avais pas froid. Il faudra que je trouve quelque chose pour la petite, n'empêche. C'est pas elle qui viendra se plaindre d'avoir froid, ou même faim. Je pense que je vais attendre la nuit avant de bouger.

La capitaine était descendue, ils ne restait plus grand monde sur le pont, ce qui me réjouis. Mais ça ne dura pas longtemps.
J'entendis le grincement familier du bois d'une caisse qu'on ouvre, tout près de moi. Mon coeur manqua un battement.

_Qu'est-ce que… entendis-je.

Merde.

Je bondis hors de ma cachette pour me jeter sur le type le plus proche. Ils étaient deux, et celui qui se reçu mon poing dans la mâchoire n'a rien eut le temps de voir venir. Assomé, il se ramassa sur le parquet.
Je hurlais de rage en me jetant sur le deuxième, prête à l'envoyer au tapis aussi, mais il m'esquiva en attrapant mon poignet, et exerça une rotation tout en me balayant la jambe d'un coup de pied. Je perdis l'équilibre, mais effectua une roulade pour ne pas m'éclater par terre (vive l'entraînement intensif sur une île perdue). Dans le même mouvement, je me relevais agilement, et reprit l'assaut d'un coup de talon sur son visage. Il ne s'attendait sûrement pas à ce que je sois sur pied aussi rapidement et se le prit en pleine poire. Je n'entendis pas le craquement familier d'un os qui se brise, mais ne lui laissa pas l'occasion de s'en remettre et attrapais sa nuque pour l'abaisser et le neutraliser d'un coup de genoux sur le torse. Comme son compère, il s'écroula, du sang s'écoulant de sa bouche.

Notre prise de bec n'était pas passée inaperçue et un troisième homme, probablement celui qui était descendu quelques instant plus tôt, accourais vers moi en m'injuriant. Je reculais jusqu'à la caisse, vérifier si Alasan y était toujours, avant de m'emparer d'une hâche que l'un des matelots avait fait tomber. En relevant le visage, un flash blanc me brouilla la vue, avant que je sente ma tête percuter le parquet. Une douleur lancinante me vrilla le cerveau et je mis du temps à comprendre ce qu'il m'arrivait. Les deux hommes s'étaient redressés et le dernier, plus rapide que je ne l'avais pensé, m'avait fichu un sale coup sur le crâne.
Ils me tirèrent fortement par les bras pour me relever, mais mes jambes ne me supportaient plus vraiment. Ma tête se dandinait douloureusement et je fermais plusieurs fois les yeux, espérant que tout cesse de tourner.

_Hnn… Aly…

Les voix qui jusque là n'avaient pas de sens pour moi, se firent soudainement plus claires. C'était celui en face de moi qui braillait, apparemment pas très content que je me sois occupé de ses deux camarades.

_Tu te calmes oui?! Comment tu t'appelles?

Je secouais la tête pour reprendre mes esprits, et me débattre faiblement. Je ne leur répondis pas tout de suite, grognant comme un fauve. Si je voulais qu'il me gardent à bord, il fallait coopérer.

_…Rain.

Je tournais la tête pour voir la frimousse d'Alasan dépasser à peine de la caisse. Elle s'inquiétait, mais son regard était dirigé vers le sommet d'un voile, ses petites mains agrippées au rebord.
Les hommes suivirent mon regard et l'un d'eux me lâcha pour s'approcher d'elle. A mon grand étonnement, il se comporta comme s'il était face à un petit animal sauvage. Il avançait doucement, une main tendue devant lui, comme s'il avait peur qu'elle s'enfuit.

_Tssk. Elle ne viendra pas. Elle ne comprend pas ce que tu lui dit.
_Est-elle sourde?
_Non.

Toujours méfiante, mais calme, je me massais la mâchoire endolorie. Un peu mieux visé et je me serais pas relevée de si tôt.

_Elle est autiste. Et ne l'approchez pas. Elle mord.

Je souris. Ce n'était pas tout à fait vrai, mais il lui était déjà en effet arriver de mordre jusqu'au sang un homme trop louche à son goût. Pile à la jugulaire. Et je ne me souviens pas lui avoir retiré le morceau de chair de la bouche.
L'homme préféra ne pas prendre de risque et s'en retourna. Il récupéra la lourde hache et la fit tournoyer un instant.

_Prend la. Et gare à vous si vous essayer de vous échapper.

L'autre matelot me libéra et attrapa l'arme au vol. Je vins à la rencontre de ma fille, déposer un baiser sur son front, pour la rassurer.
Je n'avais pas du tout l'intention de m'enfuir, bien au contraire.

_D'où venez-vous? me questionna l'homme à la hache tandis que son ami s'essuyait en grimaçant.

S'il ne faisait pas quelque chose rapidement, il serait défiguré à vie. Mais visiblement, l'idée n'avait pas l'air de trop le déranger.
Je soulevais Aly et la gardait contre moi, ses bras entourèrent automatiquement mon cou. Je surpris son regard scruter le mien. Je lui souri. J'avais l'impression de pouvoir lire dans ses pensées.

_Je sais, c'est pas vraiment ce que j'avais prévu. Mais je vais bien. T'en fait pas. On s'en ira loin d'ici. Très loin. Rien que toi et moi.

Et ses yeux me quittèrent.

_D'où viens-tu? s'impatienta l'homme. De la prison?

Je hochais la tête, retenant mon souffle. S'ils avaient l'intention de me ramener, je les tuerai.
Mais ils s'échangèrent un regard et l'un d'eux, ne me demander pas lequel, ils se ressemblent tous pour moi, esquissa un geste du menton à son compère.

_Va chercher Ancilla, je les surveille avec Niglo.

Et il disparu aussi rapidement que l'ordre lui avait été donné. Je restais immobile, la petite contre moi, observant les deux seules personnes présentes sur le pont.
Ce serait tellement facile de les tuer… de les tuer un par un. Je suis persuadée que les prisonniers en seraient même ravis. Heureusement qu'ils sont d'ailleurs assez stupides pour ne pas avoir remarqué qu'ils ont l'avantage du nombre face à l'équipage. Cela dit… je ne connais pas particulièrement l'étendue de puissance de ces hommes. L'autre type a réussi à me contrer avec technique, et ils sont certainement plus fort que moi. Quoique. A tester. Après des années à façonner mes muscles à la bûche et à avoir cogné au moins l'intégralité des hommes de l'île, je pense avoir mes chances.

Mon hésitation fut rompue par l'arrivée de la capitaine. Je posais Alasan au sol tout en la gardant près de moi, et dévisageais l'étrangère de plus près. Comme ma première impression, je la trouvais captivante. Il y avait quelque chose en elle de différent des autres, de tout ceux que j'ai connus jusqu'ici. Mais quoi? Son regard me destabilisa quelque peu. J'avais la nette impression qu'elle me connaissait déjà.

Un petit sourire s'étira sur ses lèvres colorées. Je discernais les traits de fatigue sur son visage, mais resta muette comme une Aly. D'autant plus quand elle exigea une chambre d'hôte pour la petite et moi. Sérieusement?
Je fronçais les sourcils d'apréhension, mais ne rétorqua pas, jetant un oeil aux hommes que j'avais pour le moins très mal rencontrés.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 15 Juin - 23:16

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El’sha me regarda un instant incrédule.
« Par contre je ne suis pas sûr que l’idée de la cabine soit judicieuse. C’est une folle furieuse, elle n’a rien cherché à comprendre et nous a sauté dessus dès qu’on les a repérées. Elle est dangereuse... Il a fallut la maîtriser pour qu’elle se calme.
- Hum… expirai-je dubitative.
J’avais quelque peu l’esprit embrumé, comme s’il voguait loin, très loin d’ici. A vrai dire, j’étais ailleurs et assez préoccupée par la suite des événements. Trop préoccupée pour me préoccuper de ce genre de détails.
« Enchaînez-les avec les autres, alors… me ravisai-je d’un air absent. Nous verrons demain si notre amie s’est calmée et quoi faire d’elles. »
Niglo préféra remonter pour retrouver son poste d’observation plutôt que d’expliquer quoi que ce soit. Au loin, une baleine recracha bruyamment de l’eau de son évent avant de replonger dans les profondeurs marines.
Je regardai Glenesh. Puis à nouveau El’sha. Les deux hommes étaient assez tendus et je pouvais deviner aux marques sur leur visage qu’il y avait eu une belle bagarre. Si je ne pouvais plus m’absenter cinq minutes sans que ce soit le chaos… Ah, le Chaos. Parlons-en.
Je fis quelques pas en direction de la femme et m’arrêtai un instant pour la regarder attentivement.
« Rouge… C’est primaire, comme couleur. »
Je posai mes mains sur mes hanches. Défiante, autoritaire aussi. Ici, c’est moi qui commandais et elle allait vite comprendre qu’il ne fallait pas me contrarier. J’attendis quelques secondes de plus puis sortis vivement mon taser de la ceinture de ma robe pour lui administrer une belle décharge dans la poitrine. Elle s’écroula sur le sol. Je fis signe aux hommes d’aller l’enchaîner avec les autres et j’adressai un petit sourire discret à la gamine qui allait suivre.
Pas de réaction.
Ennuyeuse à mourir…
Un cadavre serait plus expressif. M’enfin, tant qu’elle me permet d’atteindre mon objectif...

« C’est dommage, je ne voulais pas que ça se passe ainsi… expliquai-je sincèrement déçue, une fois que ladite folle furieuse fut remise du choc. Mais je ne plaisante pas. Tu as préféré venir par tes propres moyens ici et peu m’en chaut que tu sois là de gré ou de force, mais de ce fait tu n’as pas pu prendre connaissance de ma sommation sur la barque qui stipulait de se tenir tranquille. J’espère que tu as bien compris le message car je n’hésiterai pas à recommencer autant de fois qu’il le faudra. Nous ne sommes pas tes ennemis. Nous allons faire un bout de chemin ensemble, il serait donc dans l’intérêt de chacun d’arriver à nous entendre. Est-ce clair ? »
Les hommes l’emmenèrent ensuite rejoindre les autres en bas, quant à la gamine, elle avançait aux côtés de sa tutrice de laquelle elle ne tenait visiblement pas à être séparée.
Glenesh et El’Sha remontèrent assez vite et sans encombre cette fois. Bon ! J’allais peut-être enfin pouvoir me reposer, même si ce terme était assez relatif en ce qui me concernait. Et puis réfléchir à la suite.
« Elles sont bien installées ? m’enquis-je, comme si on pouvait se sentir confortablement assis enchaînée dans la chiourme.
- Autant que faire se peut, répondit El’sha d’un ton aigri, remarquant sans doute l’absurdité d’une telle question.
- Bien, alors je retourne me reposer. Sauf urgence, ne me dérangez plus. J’irai faire un tour du côté de nos esclaves ensuite pour voir comment cela se présente. »
Je les laissai aux commandes du navire et descendis dans ma cabine pour m’allonger.
Humf, ça se met à tanguer… Je me demande ce qu’ils foutent, là-haut… m’étais-je demandé agacée, un haut le cœur me saisissant les entrailles. A croire qu’ils le font exprès, ces abrutis ! 
Il ne me fut pas possible de retrouver ni sommeil ni contact dans de telles conditions, alors après avoir été ballottée de droite et gauche avec l’impression d’être une pauvre caisse sur le pont d’un bâtiment en pleine tempête, je me relevai finalement. J’allai m’asseoir un instant devant le miroir de la coiffeuse. Je me trouvais inquiétante. Terriblement effrayante. Mes cernes étaient d’un noir charbon et ma peau plus blanche que celle d’un revenant. Un revenant… Je me frottai les yeux, puis je me décidai à ouvrir un tiroir à la recherche de mes produits. Pas grand-chose, il m’était de plus en plus difficile de me rendre présentable sans maquillage décent. Malheureusement, cela devenait compliqué d’en trouver et de m’en procurer. Je me passai un peu d’eau sur le visage pour le rafraîchir. J’avais une mine et un teint épouvantable. J’avais une lotion à base de café assez vivifiante et j’en imprégnais ma peau en guise de fond de teint, en insistant au niveau des paupières et des cernes. Pas de miracle, ma peau était toujours aussi blanche et cernée, mais au moins elle paraissait moins cadavérique. L’odeur ne m’incommodait pas, c’était déjà ça. Je passai un rapide coup de brosse dans mes cheveux noirs et fixai rapidement mon reflet, incertaine, avant de remonter sur le pont. Et si j’échouais, si je me trompais… Qu’allais-je devenir ?
« Je vais voir comment ça se passe à la chiourme, avertis-je mes hommes en tentant tant bien que mal de me donner une contenance.
Mais au fond de moi, le doute m’habitait. L’angoisse. La peur.
- Sois prudente », me recommanda El’Sha sans lâcher la barre.
Il m’aurait accompagnée si nous n’étions pas si peu nombreux aux commandes. Je le sais.
Glenesh qui s’occupait des voiles ne me prêta pas attention. Il se contenta juste de dire
« Va falloir les faire ramer, le vent change encore de direction. »
Je retournai donc voir les esclaves.
A chaque fois que je prenais cet horrible et grinçant escalier de bois, j’avais l’impression qu’il allait s’écrouler sous mes pieds. C’était d’un désagréable…
Je me rendis au bout du couloir et ouvris la porte.
« Me revoilà, saluai-je douze personnes enchaînées. Vous devez vous demander pourquoi vous êtes là. Je vais déjà me présenter : Je m’appelle Ancilla. Comme je l’ai expliqué déjà sur l’île, la guerre a tout détruit. Mais maintenant qu’elle est finie, nous avons besoin de main d’œuvre sur le continent pour tout reconstruire. Nous vous traiterons bien, vous nourrirons décemment et vous procurerons tous les soins nécessaires. Quand le travail sera fini, vous serez libres. Vous n’êtes plus des esclaves. Si j’ai dû vous faire enchaîner, c’est parce que je n’ai pas eu le temps de vous présenter les choses plus tôt et que je ne voulais pas prendre de risques. Mais nous allons repartir sur de bonnes bases. En échange, je vous demanderais de bien vouloir vous intégrer à l’équipage et d’éviter toute mutinerie, sous peine de passer par dessus bord. Si vous avez bien compris et que vous vous montrez conciliant, je vais pouvoir vous détacher. Des questions ? »
Il y eut quelques murmures et soupirs de soulagement, mais aucune personne ne se montra hostile. Après tout, ils avaient bien gagné au change. Je détachai un à un les gens et il n’y eut toujours aucun soucis.
« Bon, maintenant par contre, il va falloir ramer. Pendant ce temps, nous, nous allons nous occuper du déjeuner et nous pourrons tous manger lorsque le soleil sera au dessus nos têtes. »
La femme et l’enfant, tout au fond, elles, resteraient attachées jusqu’à nouvel ordre. Je comptais bien avoir une discussion avec la furie avant. Lorsque tout le monde sera occupé à manger sur le pont. Moi, je n’ai pas faim. J’ai une lame qui me retourne l’estomac.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Ven 16 Juin - 20:19

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Ah! M'enchaîner avec les autres. Ben voyons… pas si rassurante que ça la peau de vache. Je reposai Alasan au sol pour protester, foudroyant celui qui avait râlé.

_T'avais qu'à pas t'approcher de la p'tite!

Je grommelais et croisais les bras. Folle furieuse… moi! Je le serais pas si ce monde n'était pas remplit et gouverné par des hommes! Enfin monde, pour peu que je sache, mon île, déjà. Mais rien que ça, c'est suffisant pour retourner à l'état bestial. Des mâles partout, même sur ce rafiot. Quelle femme est-elle pour vouloir s'accomoder de crapules de cette espèce? Ce qui m'étonne, c'est qu'elle en est la chef et visiblement, ils la respectent…
J'arquais un sourcil lorsqu'elle baragouina une phrase que je ne compris pas, tout en m'approchant avec un drôle d'objet rectangulaire serti de deux pointes de métal. Je n'avais jamais vu ce genre de chose. Braquée, je marmonnais:

_Qu'est-ce que c'est quWAARGH!

Une violente décharge rongea mes nerfs des pieds à la tête, me raidissant brutalement avant d'être secouée de tremblements compulsifs. Ce fut bref, et je m'écroulais sur le bois, cherchant vainement une respiration alors que mon coeur battait furieusement et anarchiquement. Merde, je suis en train de mourir. Je vais mourir… Je…
Mais les symptômes disparurent aussi vite qu'ils étaient arrivés, et, recroquevillée en gémissant, j'essayais de me raisonner. Les yeux ouverts, je mis du temps à comprendre ce que je voyais. Mon rythme cardiaque assourdissait mes oreilles et je senti mon corps s'écarter du sol.
Nom d'un dieu, putain… c'était quoi cette merde? Mais ma bouche était sèche et tout ce que je pu faire, c'était tenir mollement sur mes jambes tandis que les hommes me soutenait hostilement. Mon corps entier était lourd et contracté…
Mon cerveau se remit à fonctionner correctement et, en face de moi, la détraquée de capitaine s'arguait de propos qui mettaient un certain temps de latence à êtres captés.
Non mais facile à dire, de faire des menaces à l'autre bout de la mer et prétendre que je les respecte pas! Elle vaut pas mieux que tout ces pourris de l'île… dans quoi je me suis embarquée encore…

Je jetais un oeil à Aly. Elle me regardait avec le même flegme habituel mais je distinguais son inquiétude. Elle était tendue et n'attendait qu'un mot de moi pour s'emparer d'une arme et tuer l'un d'eux. Je ne ferai jamais ça, elle se ferait tuer aussitôt. Mais son soutient m'apaisa. Je lui souris brièvement avant de me tourner vers la Détraquée, et le regard noir de reproches, je grognais:

_Compris.

Ils m'emmènerent à la soute avec les autres esclaves, tous déjà installés et attachés. Lorsqu'ils me virent arriver avec l'enfant, un capharnüm d'acclamation et de rires m'assaillit. Seulement quelques paroles me parvenait.

_Bien joué les mioches!
_J'aurai parié celle-là!
_Hahaha! Allez, poses tes fesses qu'on t'accueille comme il faut!

Je tressailli, ne comprenant pas pourquoi j'avais droit à autant de considération. Je fus menottée sur un des bancs, tout au fond de la cale, alors que tout les regards étaient encore rivés sur moi, la seule femme de toute cette unité. Alasan subit le même sort, avant que je l'incite à s'assoir à côté de moi. Je gloussais.

_Peur d'une gamine? me moquais-je.

Ils renacla avant de s'en aller avec son compère, nous laissant seule avec tout ces gueux qui ne cessaient de me charier. Contrairement à d'habitude, je n'avais pas l'impression qu'ils étaient méchants, mais réellement amusé de me voir avec eux alors que je n'avais pas été choisie, vu que j'avais déjà gratté mon passage. Je leur répondis d'un sourire fier:

_J'allais pas rater mon billet pour la liberté!
_Quelle liberté? répondit un jeune homme à la chevelure crépue et emmêlée de feuillages. Esclaves sur une île ou esclaves sur un navire, quelle différence ça peut bien faire!
_Vous n'aviez qu'à vous battre, répliquais-je d'un ton hargneux. Ils ne sont que quatre, je m'en suis fais deux à moi toute seule. Bande de poltrons!
_Ha! beugla un homme dont il manquait pas mal de dents. Facile à dire pour toi qui est jeune et en bonne santé! On commence à fatiguer, nous autres!
_Parle pour toi, vieillard! lança un autre. J'ai travaillé longtemps dans les mines, je saurai éclater des têtes comme j'ai éclaté des roches!

Le débat fut parti et tous se mirent à parler en même temps. Je ne savais pas si j'avais réussi à provoquer une mutinerie, mais je souriais. Si j'arrivais à les manipuler suffisamment, même par des mensonges, nous pourrions prendre ce bateau pour partir au gré de nos envies. Vers notre liberté.

Je testa la solidité de mes chaînes. Elles étaient lourdes et bien ancrées, c'était inutile. Alors j'observa la grande pièce. Elle était vide, à part les bancs et les barres des rames. Les ouvertures laissaient abondamment filtrer la lumière du jour et je me pencha à celle que contenait ma rame pour contempler l'océan. On n'y voyait pas grand chose tant l'ouverture était étroite, mais une petite brise marine me souleva les cheveux. L'odeur de la mer était un vrai plaisir pour moi. Elle signifiait l'au-delà, me rappelait qu'il y avait un monde derrière l'horizon et me gonflait de bien-être. Je pris Alasan dans mes bras et déposa un baiser sur sa joue, la gardant tout contre moi. Sa peluche était toujours en main, mais encore trempée.
Dans la salle, la discussion commençait à se calmer. Je cessais de tergiverser sur un plan d'évasion ou de contrôle du bateau lorsque le battant de la porte claqua en s'ouvrant, faisant taire l'assemblée, et laissant passer notre chère capitaine, Ancilla la Détraquée. Ah, si elle savait que je l'appelais comme ça! Je pourrais même lui trouver un petit nom encore plus évocateur. Tssk. Je me massais l'estomac d'apréhension, le souvenir de la décharge me faisant frissonner.

Lorsqu'elle annonça le pourquoi de la venue des prisonniers, j'étais sceptique. Je n'étais d'ailleurs pas sûre de savoir de quelle guerre elle parlait. Ni de cette histoire de travail. Est-ce qu'on allait gagner de l'argent? Ou bien on était esclave jusqu'à fin des travaux, puis libérés ensuite? Ou bien faisons nous parti de l'équipage? Reconstruire quoi exactement? Parce que, si c'est un champs de ruines, on en aurait pour des années. Et dans ce cas, ce n'est qu'un mensonge de merde pour nous garder par notre propre volonté, avec un espoir vain. C'est tellement louche… Les voix proches de moi se posaient à peu près les mêmes questions, mais ils semblaient aprécier l'issue de l'histoire. Pour ma part, je m'en fichais. Ça ne me concerne pas. J'ai bien l'intention de mettre les voiles, sans mauvais jeux de mots, dès que l'occasion se présentera.

Des têtes se hochèrent et la capitaine s'occupa de nous détacher un à un grâce à un trousseau de clefs. Lorsqu'elle passa à mon niveau, elle m'ignora délibéremment, ne daignant même pas croiser mon regard. Sérieusement? Je fis claquer mes chaînes en désaprobation, la machoire serrée. Si elle me délivrait pas, ça s'annoncerait mal pour mon plan d'évasion. Je ne comptais déjà plus sur la mutinerie, mais là, j'étais clairement pas au même rang que les autres. Prisonnière un jour, prisonnière toujours, hein.

Elle s'en alla dans toute sa bourgeoisie de femme en robe, et une voix masculine s'éleva peut après.

_Pas de fouet, pas de gardien, et un repas décent qui nous attend, c'est plutôt une bonne chose non?

Des acquiescements le ponctuèrent.

_Alors, ramons!
_Et ta soeur, grognais-je à voix basse.

Alors qu'ils s'activaient tous comme un seul homme, je rongeais mon frein, tapant frénétiquement du pied. Mais je ne rétorquais rien, j'avais bien trop peur qu'ils ne se décident à me passer à tabac pendant que j'étais encore attachée, à leur merci. Encore heureux qu'ils n'en avaient pas l'idée pour l'instant. Qu'ils m'oublient.

Je sentais le bateau tanguer au gré des vagues et nous avançions lentement. Les rames claquaient et fendaient la mer avec un acharnement qui ne leur ressemblait pas. L'espoir leur donnait des ailes, eux qui n'étaient que fantômes dans les ruines de la prison. Ils semblaient empreint d'une nouvelle vitalité, heureux de ramer pour fuir leur sombre destin. Et moi… moi je suis là, les regardant faire sans porter coup de main. De toute façon, j'étais au fond, ils ne le remarqueront pas tout de suite, mes voisins de droite étant trop occupés à regarder dehors.

Je soupirai et détailla Aly. Elle était fatiguée. Avait-elle mangé? Je commançais moi même à avoir faim. J'espère au moins qu'ils nous laisserons aller à la cantine… ou juste Aly. Je sais qu'elle sait se débrouiller pour manger parfois, mais je doute qu'elle avale toujours des choses comestibles.
Je fouillais dans mes poches et dégota, avec joie, un morceau de viande séchée, plutôt humide. Je le tendis à Alasan qui le pris d'une main pour le mâchouiller distraitement. Comme ça au moins, elle pourra tenir jusqu'à ce que je lui trouve un vrai repas.
Je m'adossais au mur et, rêveusement, attendis que le temps passe.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Ven 16 Juin - 23:24

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Glenesh m’accompagna en cuisine pour éplucher les patates. Il allait bien en falloir plusieurs kilos pour nourrir tout le monde, c’est pourquoi El’sha envoya l’ancre pour venir nous aider – après avoir prévenu nos petits invités qu’on faisait une pause. Nous n’étions pas trop de trois pour éplucher les trois kilos de pommes de terres.
« Nous avons assez de poisson pour tout le monde ? demandai-je.
- Oui, me confirma El’Sha. On a de l’espadon et tout un tas de petits poissons.
- Parfait. »
Je fixai la lame de mon couteau qui dénudait la nourriture. Je la faisais tourner tout autour. Et si tout se passait mal ? Si jamais ils comprenaient ce qui les attendait vraiment au bout de ce voyage et que ces idiots faisaient tout capoter ? Ce n’est déjà pas facile d’avoir de tels desseins, mais je sens que je vais avoir bien des bâtons dans les roues. La lame courait. Et si l’un d’eux décidait de se rebeller ? Je croisai furtivement le regard rassurant d’El’Sha. Et si tout le monde se rebellait ? La lame pelait.
Et si au bout du compte j’y parvenais mais que…
« Arrête de te tourmenter, me soma El’sha. Tout va bien se passer. »
Je relevai les yeux sur lui.
« Faut l’espérer. »
La lame épluchait.
« Ancilla... »
Si tout cela ne rimait à rien. Si je n’obtenais pas ce pourquoi je fais tout ce…
« Ancilla ! »
Merde ! Le couteau venait de déraper sur mon index et voilà que je pissais le sang. Manquait plus que ça…
Glenesh se leva et sortit de la cuisine.
« Laisse les pommes de terres et va te reposer, me recommanda El’Sha.
- Laisse-moi tranquille... »
L’entaille était profonde. Impossible de continuer le déjeuner sans répandre mon sang sur la nourriture, alors je posai finalement mon couteau et portai mon doigt à la bouche. Une chance que je n’avais pas sectionné nerfs et tendons. Mais la douleur était atroce.
Glenesh revint avec la trousse à pharmacie et me tendis un bandage et une bassine avec de l’eau de mer pour désinfecter la plaie.
Je coupai un morceau de la bande pour panser mon doigt. Il fut presque instantanément rouge.
« Va prendre l’air, me dit Glenesh. Tu as une tête de déterrée. 
- Va chier », m’exclamai-je en m levant néanmoins pour quitter la cuisine.
J’étais sous pression, il fallait que je trouve un moyen de décompresser, mais comment ? Je m’appuyai un instant sur la rambarde en fixant la mer. Une nausée insidieuse me saisit sans crier gare. J’avais chaud. La seconde suivante j’étais penchée par dessus bord en vomissant mes tripes.
Je sentis une main se poser sur mon épaule. Je savais à qui elle appartenait.
Je me retournai en essuyant ma bouche.
« Tu as vomis du sang. »
Je regardais la main qui avait nettoyé ma bouche et mon menton pour avoir l’aperçu de ce vomi sanglant.
« Qu’importe. »
Je pouvais lire l’inquiétude dans son regard.
« Ancilla, s’il te plaît... 
- Je vais bien. »
Je me détournai de lui lorsqu’il m’attrapa le bras.
« Je me fais du soucis pour toi. »
je le regardai sans parler.
« Les patates, elles vont pas s’éplucher seules! gueula Glenesh depuis la cuisine.
- Ta gueule ! » répondit El’sha en regardant en arrière.
- Vas-y, demandai-je à El’sha en essayant de sourire. Je vais chercher de l’eau pour faire bouillir tout ça et je vous rejoint.
- Tu ne te reposeras donc jamais…
- Jamais. »
Je partis chercher un seau dont la anse était munie d’une corde et le lançai dans la mer pour récupérer l’eau. En le remontant, je me demandai si je n’étais pas juste une pauvre sotte. Qu’importe. Il était bien trop tard pour revenir en arrière…
Le seau tanguait au bout de sa corde comme je le remontai lentement. Ma vision se brouilla. Une fois le seau en main, je me rendis à la cuisine chancelante.
« Voilà l’eau, articulai-je à bout de souffle. Sortez les marmites. »
J’allai pour m’occuper du poisson mais les hommes n’étaient pas d’accord.
« Sors de là, m’intima Glenesh. J’ai pas envie d’avoir une intoxication alimentaire.
- Je suis sur mon bateau et il me semble que je fais encore ce que je veux. »
El Sha posa son couteau et vint à ma hauteur pour poser ses mains sur le côté de mes épaules. Je levai la tête pour le regarder.
« Il a raison, Ancilla. Tu tiens à peine debout. Va changer ton bandage, il est imbibé de sang. »
Je grognai et tournai les talons pour sortir, claquant bien fort la porte derrière moi.
« Abrutis ! m’écriai-je. Eh bien d’accord, débrouillez-vous sans moi puisque vous y tenez ! »
Je retins mes larmes nerveuses. Je ne supportais pas de ne rien faire. Rester inactive me rendait folle. Et j’étais incapable de me reposer. J’entendis la porte de la cuisine s’ouvrir et Glenesh marmonner :
« Mais fous lui la paix... »
Je regardai El’sha m’approcher.
« Il a raison, El’sha. Tu n’arrêtes pas de me coller. Va continuer le repas, il faut le finir. »
Il me regarda comme on regarderait un enfant qui nous exaspère.
« Très drôle, » lâcha-t-il ensuite.
Il me sourit.
« Je vais bien. répétai-je.
- Tu devrais vraiment te reposer, insista El’sha. Tu es à cran, tu ne vas pas tenir longt...
- Le poisson ne va pas se découper tout seul non plus ! s’époumona Glenesh.
- Ta gueule ! » lui répondions-nous agacés d’une seule voix.
« Bon, je vais faire monter tout le monde, prévins-je en me dirigeant vers la chiourme. Ca m’occupera en attendant que ce foutu repas soit prêt. »
J’ouvris la porte et annonçai d’une voix haute presque étranglée :
« Tout le monde dehors, allez, allez ! On se dépêche, s’il vous plaît ! »
Les gens ne se firent pas prier et, un par un, ils montèrent sur le pont.
Ne resta bientôt plus que moi et les deux filles enchaînées.
Je m’avançais à petit pas pour éviter de me ramasser lamentablement par terre. Il fallait bien l’avouer, je tenais à peine debout. El’Sha avait raison.
« As-tu réfléchis à ce que je t’ai dit tout à l’heure ? questionnai-je l’adulte. Ce serait bien, parce que je n’ai vraiment pas envie d’avoir à vous garder enchaînées toutes les deux. Comment t’appelles-tu ? Si je te détache, tu te tiendras tranquille sans attaquer personne ? » 




Dernière édition par Ancilla le Sam 17 Juin - 16:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Débarquement    Sam 17 Juin - 16:34

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J'étais en train de m'assoupir quand une voix cassante me fit sursauter. La capitaine était revenue pour sommer les gueux de sortird'ici, et tous obéirent bien sagement. Je cherchais Alasan du regard, n'étant plus à côté de moi, pour la trouver à côté de moi face au mur, ayant trouvé un intérêt sur un petit trou dans la cale, qu'elle fixait avec tellement d'intensité qu'on aurait pu croire que quelque chose en sortirai. Elle se dandinait d'un pied sur l'autre, comme si elle était impatiente que ça arrive, malgré que les chaînes l'empêchaient de s'approcher comme elle l'aurait voulu. Je la laissais à son jeu bizarre en entendant les pas de la femme se rapprocher de moi.
Elle s'arrêta à quelques pas de moi, visiblement méfiante. Je ne pu m'empêcher de sourire en coin. J'aime particulièrement inspirer des sentiments négatifs chez mes locuteurs. Néanmoins, elle semblait chercher à adoucir nos relations, dans le but de me libérer. Ou de m'amadouer pour ces desseins quelconques. Je décidais de jouer le jeu. D'une part parce que j'en avais marre d'être cloitrée ici, d'autre part parce qu'elle serait sûrement plus apte à m'apporter des réponses.

_Rain. C'est mon nom, dis-je d'une voix douce. Et elle – je pointais derrière moi – c'est Alasan.

Je hochais la tête à se demande.

_J'ai faim. Et Aly aussi. Je veux juste manger. S'il te plaît.

C'est une femme non? Elle ne peut pas être aussi cruelle qu'un homme, du genre à laisser mourir de faim une pauvre gosse. Je me tournais vers Alasan.

_Aly! Tu veux manger?

Elle ne se retourna pas tout de suite mais fini par croiser mon regard, juste brièvement, le temps d'hocher la tête, avant de retourner à la contemplation de son trou.
Je souri à la capitaine.

_Vous voyez? Je ferais rien tant qu'elle sera saine et en sécurité. Rien du tout. J'embêterai même pas les g... gars.

Si elle ne voulait pas me garder enchaînée, elle n'avait pas d'autre choix que de me croire.

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MessageSujet: Re: Débarquement    Sam 17 Juin - 17:40

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La femme semblait arborer un petit sourire. Je ne savais pas trop comment allait se dérouler la suite, mais si elle pouvait coopérer ce n’était pas plus mal.
« Rain », me répondit-elle calmement, avant de me présenter la gamine qui s’appelait Alasan.
Je remarquai alors en posant mon regard sur cette dernière qu’elle fixait quelque chose dans le mur. Mais de là où j’étais, je n’aurais su dire quoi. Probablement un rat.
« Rain la furie... » lançai-je amusée, presque à la limite de la provocation.
- J'ai faim. Et Aly aussi, me signala-t-elle. Je veux juste manger. S'il te plaît. Aly ! Tu veux manger ? »
La gamine confirma d’un subtil mouvement de la tête.
- Vous voyez? Je ferais rien tant qu'elle sera saine et en sécurité. Rien du tout. J'embêterai même pas les g... gars. »
J’avais l’impression d’avoir une mendiante en face de moi et dus me retenir d’éclater de rire. Si je n’étais dans un tel état de fatigue et d’inquiétude, je pense que je n’aurais pas pu l’empêcher.
« Comment peux-t-on bien avoir faim sur ce maudit rafiot… » demandai-je nauséeuse.
Je me retins de rajouter « comment peux-t-on bien avoir seulement faim. »
parce qu’au fond de moi, je le savais très bien. La faim appartenait aux vivants. Ceux en bonne santé. Ceux qui n’ont pas la responsabilité d’un enjeu terrifiant. Ceux qui ont encore les clés de l’ignorance de leur destin, mais qui peuvent encore le choisir par le propre choix.
Un craquement retenti derrière moi et je sursautai en me retournant. Personne. Juste ce maudit bateau grinçant qui se foutait de ma gueule. Salopard.
Je rajoutai ensuite en regardant à nouveau Rain :
« Le repas va mettre un peu plus de temps que prévu à arriver, expliquai-je. J’ai eu un petit accident en cuisine… »
Je lui montrai ma main gauche à l’index contenu dans son bandage ensanglanté.
« Mais mes hommes se débrouillent très bien sans moi, rajoutai-je avec une pointe d’amertume. Je voulais continuer à préparer le repas avec eux, mais ils m’ont fichue hors de la cuisine... Un comble, n’est-ce pas ? Ce sera plus facile maintenant avec vous autres, nous aurons un peu d’aide pour toutes les corvées. »
Je pris les clés et m’approchait d’elles pour les détacher.
« Je te détache, mais je te préviens qu’au moindre faux pas tu reviendras croupir ici pour le restant du voyage. Et il y en a pour de longs jours... »
Estimant qu’elle devait bien avoir saisi le message après tant de sommations, je la libérai de ses chaînes et fis de même avec Alasan.  

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MessageSujet: Re: Débarquement    Sam 17 Juin - 19:51

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Je regardais sa blessure un sourcil arqué. Elle n'a pas du y aller de main morte pour se couper comme ça rien qu'en faisant la cuisine. On dirait presque qu'elle est parfaitement innocente, si on oubli son arme électrique dont elle sait probablement mieux se servir que je ne pense. Sans rire, là, comme ça, elle a l'air tout ce qu'il y a de plus féminin chez une femme, et tout droit sortie d'un bourg d'aristos. Je n'arrivais même pas à déceler une once de manipulation dans son regard. De dieu! Je perdais mon sens des réalités si je me laissais abuser aussi facilement.
Je lui rendis un sourire mesuré.

_Je ne suis pas plus douée en cuisine, mais je me débrouille avec les herbes. J'ai quelques notions d'alchimie basique. Si tu as de quoi dans ton bateau, je peux rendre ta blessure moins douloureuse, et faire en sorte qu'elle guérisse plus vite.

Elle me détacha enfin, et je me senti tout de suite mieux. Je massais mes poignets alourdis, heureuse d'avoir un minimum de liberté de mouvement, et me levais pour m'étirer. Aly était revenu vers moi et me pris la main, avant de la secouer, me regardant fixement. Je posais ma main libre sur sa tête et l'ébouriffa.

_Pas tout de suite, c'est pas encore prêt. Tu mangeras plus tard, d'accord? Va jouer en haut.

Elle s'en alla assez brusquement, ce qui me fit soupirer. Elle était irrité que je ne réponde pas à sa demande sur l'instant, et je pouvais comprendre. Elle avait beau être autiste, quelque chose se passais dans sa petite tête et je pouvais le sentir. S'il lui arrivait quoi que ce soit là haut, je pourrais intervenir rapidement. Quand elle revienda à moi plus tard, je pourrais demander une feuille et de crayon pour qu'elle puisse dessiner, ça l'occupera, et ça me servira... Pour l'instant, je la laissais vaquer à ses occupations et reporta mon attention à la capitaine, haussant une épaule.

_Elle sait se débrouiller, je m'assure juste qu'elle ne prenne pas de risques.

Je m'adossais au mur, préférant rester ici encore un peu, pour pouvoir discuter en privé, du moins, si un sujet s'y prêtait. Cette femme avait l'air d'en savoir beaucoup. Et puis, je trouverai peut-être un moyen de retrouver mes souvenirs si je suis confronté à des éléments familiers.

_Avant que tu ne me pose la question, ce n'est pas ma fille. Elle... je sais pas, elle est toujours avec moi. C'est comme ça.

Je ne lui parlais pas de mon lien psychique avec elle. Déjà, elle n'avait pas besoin de savoir. Ensuite, je ne vois pas pourquoi je lui raconterai toute ma vie. Avant qu'elle ne réponde quoi que ce soit, je repris.

_On peut savoir où tu nous emmènes exactement? Est-ce que tu as une carte du monde? Et combien de temps va durer le voyage?

J'avais soudainement très envie de savoir à quoi ressemblait le reste du monde. Combien il y avait de continents? Fait-il froid? Ou très chaud? Est-ce qu'il y a des forêts et des falaises, comme sur l'île? Ou bien est-ce tout plat et mort? Et si c'était tellement moche que j'avais envie de revenir? Hm, non. Quand même pas. Je préfèrerai me terrer dans une grotte que de retourner en prison.

_Et puis, c'est quoi cette guerre dont tu as parlé?

Je croisais les bras et l'écoutais attentivement. J'avais encore un milliers de question, mais chaque chose en son temps.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Sam 17 Juin - 23:02

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« Je ne suis pas plus douée en cuisine, mais je me débrouille avec les herbes, m’avait-t-elle dit pendant que je la détachai. J'ai quelques notions d'alchimie basique. Si tu as de quoi dans ton bateau, je peux rendre ta blessure moins douloureuse, et faire en sorte qu'elle guérisse plus vite. »
Je souris. C’était presque mignon.
« C’est bien gentil, mais ça ira. J’ai plus urgent à m’occuper que d’une simple coupure. »
La gamine à peine détachée se dirigea vers Rain, lui prit la main et la secoua. Je l’observai avec attention. La femme lui expliqua que le repas n’était pas encore prêt et l’envoya jouer en haut, après avoir rapidement passé sa main dans les cheveux. C’est d’un air vexée que la petite se détacha promptement de Rain pour monter sur le pont.
J’allai demander par l’écoutille que quelqu’un la surveille, lorsque Rain me dit qu’elle savait se débrouiller. Bon, ben tant mieux.
La femme s’adossa au mur.
« Avant que tu ne me pose la question, ce n'est pas ma fille. Elle... je sais pas, elle est toujours avec moi. C'est comme ça. »
Je n’eus pas le temps de dire que je le savais qu’elle enchaîna :
« On peut savoir où tu nous emmènes exactement ? Est-ce que tu as une carte du monde ? Et combien de temps va durer le voyage ? »
Elle commençait à me donner sérieusement mal à la tête avec toutes ces questions. A moins que ce soit ce maudit tangage. Ou les deux. Sa curiosité ne me plaisait pas du tout.
« J’ai déjà répondu à ta dernière question, je ne peux pas être plus précise car cela dépend de plusieurs paramètres de navigation. Quant à l’endroit où nous allons, je ne pense pas que cela te sera très utile de le savoir. Nous allons rebâtir une cité sur le continent. C’est tout ce qu’il y a à savoir. De toute façon, c'est un peu nulle part partout, alors quel interêt de savoir où est-ce, dans ce nulle part ? Connais-tu au moins le nom des cités qui ont été rénovées avec les moyens du bord ? Je n'ai pas l'impression que vous étiez informés de quoi que ce soit extérieur à votre île. »
Mais au fait, savait-t-elle seulement ce qu’était une cité ?
Elle me demanda ce qu’était la guerre dont j’avais parlé. Seigneur. Si je devais donner un cours d’histoire maintenant…
Je soufflai de lassitude.
« Une guerre qui a durée des décennies et qui a tout détruit… Il… »
Je m’interrompis. Mon mal de crâne commençait à s’intensifier sérieusement.
« Et puis pourquoi toutes ces questions, d’abord ? m’emportai-je agacée. Montons, le repas ne va pas tarder à être prêt. »
Je tournai le dos pour quitter la chiourme, mais au lieu de me diriger vers les escaliers pour monter sur le pont, je m’enfuis précipitamment jusqu’à la porte de ma couchette pour m’y réfugier. J’eus l’impression d’entendre un sifflement me vriller le cerveau, sifflement qui devient aussi résonnant et puissant qu’une sonnerie de cor. J’agrippai ma tête en geignant.
« Je fais de mon mieux ! » m’écriai-je désespérée. Lai… laissez-moi du temps... dis-je plus doucement.
C’était insoutenable. Je reculai et m’assis sur mon tabouret devant le miroir de la coiffeuse.
Je ne savais déjà pas comment m’y prendre. Que faire de plus ?
Je sentis mes forces me quitter.
« Merde, j’ai pas verrouillé la porte… » réalisai-je. Je ne voulais surtout pas que quelqu’un vienne m’importuner. Si je ne tenais à avoir encore El’sha dans les pattes, je devais vite le faire. Alors que j’essayai de me redresser, la confusion me saisit et je perdis l’équilibre, tombant sur le meuble qui se renversa, emporté dans ma chute.








































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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 18 Juin - 0:09

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C'est simple, elle n'avait répondu à aucune de mes questions. Elle avait même fuis précipitamment... Les yeux ronds, j'avais du mal à en croire mes yeux. Sérieusement ? Elle ne sait rien ou elle veut rien me dire ? De plus en plus louche, cette donzelle. Détraquée, ça lui va de mieux en mieux. Son comportement ne fait que renforcer mon sentiment de malaise vis-à-vis du destin qu'elle nous réserve. Elle ment. J'en suis sûre. Enfin... Presque sûre. Tssk. En tout cas, le bercement constant du bateau ne me dérangeait pas, à moi. Il en fallait plus pour me déstabiliser.

Je roulais des yeux avant de me redresser. Au moins, j'étais plus libre de mes mouvements, j'allais pouvoir faire un tour du navire. Il était plutôt imposant, il n'y avait pas de quoi se rentrer dedans, même avec tout ce nouveau monde. J'allais monter à l'étage lorsqu'une odeur particulière me caressa les narines. Celle du vin, entre autre, mais aussi de charcuterie, et un fin mélange de pomme de terre en cuisson. Cela venait de la cuisine ? Mais la porte en face de moi m'intriguait. Je tirais la poignée quand j'entendis un bruit sourd plutôt inhabituel, venant du fond du bateau. Pas que j'avais une certaine expérience avec les bruitages marins, mais j'étais prête à parier que ce n'était pas normal.
Il n'empêche que je ne connaissais pas du tout le rafiot et que j'allais devoir tester sans discrétion toutes les pièces pour trouver d'où ça venait. Je haussais les épaules, il allait bien falloir commencer par le début, et ouvrit la porte dont je tenais toujours la poignée de métal rouillé. Apparemment, il s'agissait de la soute à provisions. J'imagine qu'elle est ouverte par habitude d'être peu nombreux, en espérant qu'ils ne prennent pas d'initiatives anti-fouineurs avant un moment. Quoiqu'il en soit, l'odeur de charcuterie venait de cette pièce sombre. La lumière extérieur me permis de distinguer des sacs de toiles, et l'envie d'en ouvrir un ou deux me tenta. Etait-ce une bonne idée ? On allait bientôt manger donc... Arf, un peu de gourmandise n'a jamais tué personne. Je fis quelques pas à l'intérieur quand quelque chose de mou percuta mon front. Par réflexe, je reculais en geignant un « yeurk ! », avant de comprendre qu'il s'agissait d'une cuisse de jambon cru déjà entamée, accrochée au bout d'une corde au plafond. La bonne odeur me mis l'eau à la bouche, mais je n'avais pas de couteau pour en prendre un morceau. Mon estomac gargouilla en protestation, mais il allait devoir être patient. Contre le mur du fond, plusieurs gros sac étaient empilés les uns sur les autres. Probablement des pommes de terre. Je décidais de laisser tomber, pour partir à la recherche d'un couteau. De préférence, pas dans la cuisine. Je refermais donc la porte derrière moi pour accéder à l'étage du dessus. La cantine était ouverte et plusieurs hommes étaient déjà à table, discutant joyeusement, attendant que le repas leur soit servis. J'évitais cette pièce, tout en notant qu'Aly s'y trouvais peut-être, pour me diriger dans le couloir. Apparemment, c'était les dortoirs. Certaines chambres étaient ouvertes, et deux ou trois personnes se reposaient sur leur hamac. Si je ne me trompais pas, il y en avait quatre par chambres, et trois portes de chaque côté, donc six chambres au total, sauf si certaines pièces n'étaient pas faites pour dormir. Rien qu'à y penser, j’appréhendais vraiment le moment d'aller me coucher. Hors de question de dormir avec ces molosses sans cervelle. Je pense que, s'il m'en est permis, je m'aménagerai un coin dans une cale, à l'abri des regards indiscrets. Cela dit, les chambres semblait assez fortunées. Il y avait un hublot qui laissait passer le soleil, en espérant qu'il soit possible de l'ouvrir. L'air marin, ça fait du bien aux poumons.
En traversant lentement le couloir, illuminé par des lanternes à poix, j'entendis le bois craquer sous les pas d'un matelot. Le dit El'sha, il me semble. Il m'ignorait royalement et avançait à grandes enjambées, de telle sorte que je dû m'écarter de son chemin avant qu'il ne me rentre dedans. Il se dirigea vers la porte du fond et tapa du poing dessus, assuré. Je le regardais faire avec curiosité. Pour marquer autant de respect devant cette pièce, il devait s'agir de la cabine de la capitaine. Et si le bruit de tout à l'heure venait de là ? Je m'éclipsais dans une chambre vide pour pouvoir l'espionner. Je n'entendais pas de réponse et me demandais s'il allait tout de même entrer ou pas. Pour ce que j'en avais vu, madame la Détraquée avait besoin de repos, elle était peut-être déjà en train de dormir. Je restais dans mon coin en dehors de la vue du gars, patientant calmement.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 18 Juin - 1:47

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« Bordel, ce bruit… C’est assourdissant... » me dis-je à bout de force.
Je me relevai péniblement. Bon, le miroir n’était pas brisé, c’est déjà ça. J’avais assez de tourments comme ça sans avoir à supporter par dessus sept ans de malheur.
Mais comment j’allais remettre le meuble en place ?
J’essayai de le redresser, mais j’arrivais à peine à le soulever. Le bois ne pouvait pas être si lourd, sans quoi il n’aurait pas basculé si facilement… Je commençais à avoir un sérieux problème.
Je ne devais pas paniquer. Pour l’instant, tout allait pour le mieux. Je devais juste accélérer les choses.
J’avais redressé la coiffeuse de moitié lorsque la porte s’ouvrit.
« Qu’est-ce qu’il s’est passé ?! » s’inquiéta El’sha en accourant pour m’aider à soulever le meuble pour le remettre en place. J’étais plus essoufflée que quelqu’un qui aurait couru un cent mètres et j’entendais à peine ce qu’il me disait.
« J’ai trébuché », prétextai-je.
- Ne te moque pas de moi…
- Qu’est-ce que tu me veux ?
- Le repas va être servi, je venais te chercher... »
- J’arrive. »
Le parasitage – réduit à un simple bourdonnement à présent – s’était assez atténué pour que je puisse comprendre correctement mon interlocuteur.
Je m’assis sur le tabouret.
« Tu veux que je te mène ton repas ?
- Je t’ai dit que j’allais venir. Et ne me demande pas de me reposer ça ne sert à rien, j’ai beaucoup trop de choses à faire. 
- Ca peut bien attendre », estima-t-il en me regardant gravement.
- Non, ça ne peut pas attendre ! Je vais devenir folle si tout cela ne se termine pas au plus vite !
- Et as-tu pensé à ce qu’il allait se passer après ? Tu crois vraiment que…
- Ca suffit, sors d’ici tout de suite. 
- Ancilla… S’il te plaît, écoute-moi… Il faut vraiment que tu te reposes…
- Mais je ne peux pas me reposer, tu sais bien que je n’y parviens pas ! Comment le pourrais-je ?
- Si tu abandonnais cette histoire insensée ce serait tellement plus simple ! »
J’eus un rire étrangement inhabituel qui s’acheva sur une toux sèche.
« C’est bien trop tard pour faire marche arrière... »
Le regard d’El’sha s’obscurcit et se planta dans le mien.
« Pourquoi tu as fait ça ? Qu’est-ce que tu vas y gagner en fin de compte ? De mourir d’épuisement ?
- Ne sois pas stupide… Il… il n’ira pas jusque-là. Il a besoin de moi. 
- Mais après, Ancilla ? Après ! Quand il n’aura plus besoin de…
- Tais-toi ! Mais tais-toi, à la fin, s'il te plaît ! Je ne veux plus parler de ça, c'est compris ! T'as même pas fermé la porte... N'importe qui qui va ou sort de la cantine pourrait nous écouter...
- Je suis juste inquiet pour toi... Tu n'aurais jamais dû... »
Il y eu trois coups sur la porte et Glenesh apparut devant l’appartement.
« Tu devais aller la chercher El’sha, pas lui tenir la grappe pendant trois heures. Fous-lui la paix un peu au lieu de la faire chier toutes les trente secondes, t’es toujours sur son dos ! Elle est assez grande pour savoir ce qu’elle fait.
Cela, je n’en était plus si sûre…
« Merci, Glen, répondis-je néanmoins en évitant de laisser paraître mon désarroi.
- Ouais, ouais, et sinon, le repas refroidit. »
Je me levai et avançai lentement dans le couloir pour me rendre à la cantine.
Après ? Je ne sais déjà pas quoi faire maintenant, alors comment penser à après ?
Comment expliquer la vérité à tous ces gens sans risquer une révolte et surtout comment les convaincre de participer à cette folie ?
Il allait me falloir trouver comment, et rapidement.
L’imbriaque s’impatiente.
Une fois assise à ma table, je fixai mon assiette en touillant et retouillant incessamment la nourriture.
Trop chaud. Trop fort. Trop… écœurant. Je ne peux plus supporter l’odeur du poisson. Trop lourd.
Je mangeai une bouchée que je mâchai longuement. Puis une deuxième que je mâchai tout aussi lentement.
Pfff… trop froid à présent.
Et j’avais envie de vomir.
Je restai prostrée. Allez, au moins une dernière bouchée, ou El’sha qui me surveille depuis tout à l’heure, assis  en face de moi, va encore m’emmerder.
La bouchée de trop.
Le goût du poisson devint soudain épouvantable, comme s’il pourrissait instantanément dans ma bouche. J’eus une déglutition bruyante et plaqua une main contre mes lèvres. C’était immonde.
Je me levai et courus jusqu’à la porte pour remonter sur le pont et ainsi aller soulager mon estomac dans l’océan.

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Rain Sword

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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 18 Juin - 15:16

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Je me plaquais furtivement contre le mur de la chambre adjacente lorsque était apparu dans le coin de mon regard une silhouette. Un autre gars de l'équipage. Le rythme cardiaque effréné, tout ce que j'avais entendu confirmait mes doutes. Il se passait bien quelque chose de louche dans ce rafiot, et je comptais bien savoir quoi. Une « histoire insensée » ne concernait sûrement pas une aide ouvrière. Et qui était ce « il » ? Un homme puissant au-dessus d'elle ? Le commanditaire de la récupération de débris prisonniers dont personne n'en aura rien à foutre de leur destin ? Évidemment. En tant que main d'oeuvre, n'importe quelle personne plus proche de leur continent aurait suffit. Ils compte bien faire quelque chose en secret, et à mon avis, sûrement pas quelque chose que le premier clampin aurait accepté.
Le problème, c'est que personne ne me croirais. Ils penseront tous que je ne cherche qu'un moyen de foutre le bordel, alors qu'il leur a été promis la liberté. Ils foncent tous comme des bœufs chez le boucher, inconscients, crétins conditionnés. Tssk. Qu'ils crèvent, je m'en fou. Je me tire dès que je peux, avec Aly. D'ailleurs, je devrais aller la chercher pour manger un bout aussi. Ça ne sert à rien de se prendre la tête tant qu'on a pas posé pied à terre, ce n'est pas comme si je pouvais m'enfuir à la nage... Quoique... il reste des barques de secours. Je pourrais attendre la nuit pour m'en procurer une... Et après quoi ? Je ne suis pas navigatrice, je vais tourner en rond et mourir de faim, en entraînant la gosse dans mes conneries. Quelle super idée. Putain... je commence à croire que j'aurais mieux fait de rester sur l'île.

Le grincement de la porte m'indiqua qu'ils étaient en train de sortir. Pour aller manger, à ce que j'ai compris. Je restais dans l'ombre de la chambre, jetant un œil pour m'assurer qu'ils étaient tous partis, avant d'en sortir. Je trouverai bien des indices sur ce qu'il se trame ici... Je tirais le gros bouton de porte, mais il résista. Elle avait fermé à clef, mince. Je retournais dans la chambre d'à côté pour réfléchir. Il fallait profiter de la pause repas pour les fouilles de bureau, vu que la nuit, ce serait impossible. Le regard rivé sur l'océan, offert par le hublot, je sursautai. Le hublot ! Je jetais un œil furtif dans le couloir, entendant les éclats de voix et de rires des prisonniers, et fermais la porte, avant de me précipiter à la fenêtre ronde que j'ouvris d'un coup sec. Me penchant au dehors, je pouvais voir avec satisfaction que la cabine du capitaine en possédait une aussi. Tout ce que j'avais à faire, c'était m'accrocher au cordage qui entourait le navire. Par chance, je me trouvais du côté ont les barques avaient été retirées, ce qui ne gênait en rien un déplacement.
Doucement, j'attrapais la corde au-dessus de moi et me faufila à l'extérieur, par la force de mes bras. C'était pas mal risqué de tomber à l'eau, mais la quasi immobilité du bateau à l'arrêt était un bonus, malgré qu'un vent abrupte me balayait les cheveux vers l'arrière, mais j'avançais lentement jusqu'au hublot voisin. Je vérifiait que personne n'était entré dans la pièce pendant ce temps, avant de tirer l'encadrement. Il ne céda pas tout suite, et je cru un instant que mon plan était foutu. Finalement, le craquement du bois me fit sourire, et j'entrais, jambes en premier.
Un hamac, une armoire et une coiffeuse était tout ce qui composait la chambre en mobilier. Mais ce n'était pas ce qui me figea sur place.
Nombreux outils étranges étaient répandus sur le sol, outre ceux de coiffure et de maquillage. Des bougies étaient collées à la cire au bois des surfaces planes, comme le bureau et la coiffeuse, des morceaux de craies et de fusain traînaient ci et là, sans compter les innombrables dessins à même les murs, ou sur des feuilles placardées. Des symboles, pour la plupart. Dans un coin de la pièce, un bâton en bois, celui qu'elle portait ce matin. J'étais presque sûre de distinguer dans tout ce foutoir des tâches de sang. Sur les étagères, des flacons de multicouleurs, rouge, vert, bleu, violet... En m'approchant pour en saisir un, je remarquais qu'il y avait soit du liquide, soit de la poudre. Dans des bocaux plus gros, des ingrédients de toute sorte, herbes ou... petits organes, des yeux, des cœurs, des pattes... voire même des rongeurs entiers, des rats ou des corbeaux. Sur le bureau, un assemblement d'alchimiste composé de fioles. Des pierres brillantes reposaient en vrac, sans compter plusieurs livres empilés à même le sol. Un gros ouvrage était ouvert sur le bureau, mais je ne parvenais pas à en comprendre l'écriture. Pourtant, je reconnu certains symboles...
En relevant doucement mon chemisier, je constatai en effet que l'un des dessins était tatoué sur ma peau. Putain... Qu'est-ce que ça signifiait ? J'allais me reculer quand une violente migraine s'empara de moi, me courbant en deux, mains sur la tête. Je grognais de douleur, tandis que, les yeux fermés, des flash blancs me percutèrent. Je tanguais dangereusement quand toute cette mascarade cessa aussi vite qu'elle était apparu, me laissant pantoise et confuse. Ouvrant les yeux, j'avais l'impression d'être dans un environnement familier, comme si des souvenirs se manifestaient, mais que je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.
Dieu de merde, c'est de pire en pire sur ce rafiot. Cette femme est une sorcière, c'est clair et net. Je devais partir au plus vite. Mon corps tout entier me hurlait de fuir. Prenant mon courage à deux mains, et l'esprit un peu plus clair, je jetais quand même un œil aux livres. Inutilement, puisse que j'étais incapable d'en lire les titres.
Tout mes soupçons étaient maintenant clairs et net : cette femme était une sorcière, comme les gardes en parlait parfois sur l'île, et qui a bien l'intention de se servir de nous. De pauvres prisonniers qui ne manqueront à personne et que personne ne cherchera à savoir ce qu'il leur ait arrivé. Quoiqu'il en soit, ce ne sera pas mon cas.

Ne traînant pas plus longtemps, et m'assurant avoir tout remis en place pour éviter d'éveiller des soupçons, je retournais à la fenêtre pour faire le chemin inverse, refermant correctement le hublot derrière moi. Pendue au cordage, j'entendis, plus haut au-dessus de moi, un écœurement guttural, comme si quelqu'un... vomissait. Pour confirmer ma pensée, un filet rougeâtre dégoulina pas loin de moi. En relevant la tête et prenant appuis sur mes jambes, je vis qu'il s'agissait de la capitaine. Je fronçais. Je comprenais mieux pourquoi elle nous cachait tant de choses quant à notre destination. Son état actuel en était sûrement le résultat.

Je rentrais dans la pièce et décida de partir à la recherche d'Alasan. Il fallait que j'ai une petite discussion avec elle. Je devrais la trouver à la cantine. Quittant nonchalamment la chambre, un flottement étrange dans la tête, je rejoignis la salle à manger. Comme je le pensais, Aly était en train de manger, seule à une petite table du fond. J'allais me servir avant de m'asseoir à ses côtés, face au vacarme de la pièce. Au moins, le boucan empêcherait quiconque de m'entendre.
Elle me sourit brièvement avant d'avaler un autre morceau de poisson. Visiblement, elle aimait bien. J'engouffrais quelques morceau dans mon gosier avant de lui raconter, à voix basse et proche de son oreille, ce que je venais de découvrir.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Lun 19 Juin - 0:12

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Je me rendis jusqu’au pont, mi chancelante mi courante. J’espérais arriver à me retenir jusqu’à y parvenir, mais j’en doutais un peu plus à chaque seconde qui passait. J’étais en haut des escaliers lorsque mon estomac se contracta pour un premier renvoi. La bouche fermée, je courus sur la rambarde et mon estomac se contracta une nouvelle fois, évacuant toute la nourriture dans les flots en une seule fois.
« Aaaaah... » gémis-je.
Je respirai lentement, à pleins poumons.
Mon estomac me faisait un mal de tous les diables, mais il n’avait pas l’air d’en avoir fini avec moi.
Je me demandai combien de temps allait mettre El’sha à arriver. J’étais prête à parier mon commandement qu’il allait arriver d’une seconde à l’autre. J’aurais bien parié mon âme, si seulement elle m’appartenait encore.
Je me redressai et me retournai. Tiens, El’sha était là, mais il ne m’approcha pas. Il attendait que Niglo descende du nid de pie pour aller le relayer.
En attendant, il me regardait d’un regard triste, presque accusateur.  
Je fuis son regard.
Je me dirigeai vers le treuil de l’ancre en passant devant lui.
« On repart », annonçai-je. Dis à Niglo d’aller demander à tout le monde de retourner à la chiourme. »
Il m’attrapa le bras. J’avais horreur quand il faisait ça.
« Quoi encore ? » demandai-je.
Il ne répondit rien et me lâcha, avant de dire finalement :
« Pense à changer ton bandage. »
Je soupirai et allai remonter l’ancre avant de me rendre à la barre. Il me fallut un bon moment avant d’y arriver et je m’attendais à tout moment à voir El’sha débarquer pour terminer.
Le vent soufflait dans la bonne direction, alors il n’y avait pas grand-chose à faire. Niglo déjeunait, El’sha le remplaçait à son poste et Glenesh… la dernière fois que je l’avais vu, c’était devant ma chambre ou dans la cantine, je n’arrivais plus à me souvenir. Dans tous les cas, il devait être en train de finir son repas.
Je fixai l’horizon devant moi. Je devrais avoir assez de calme pour penser. Je devais trouver une solution rapide pour donner des explications à tout le monde sur la vérité, mais je ne savais toujours pas comment m’y prendre. Je demanderai peut-être conseil à El’sha quand il sera redescendu. Pour une fois, il pouvait peut-être se rendre utile avec ce qu’il me disait.
A qui parler en premier ? Aux dix occupants, ou bien à Rain ? L’une comme les autres, il allait falloir les mettre au courant rapidement. Si je commençais par la femme, j’avais l’avantage de pouvoir m’entretenir avec elle tranquillement à l’écart et trouver le moyen d’être convaincante. J’avais l’avantage que si ça ne se passait pas comme prévu, je pouvais la neutraliser rapidement
en attendant de lui faire entendre raison. Mais si jamais elle trouvait le moyen d’aller alerter les esclaves, elle raconterait tout à sa manière et ce serait fichu… D’un côté, parler aux autres en premier serait délicat. Je tournais en rond dans mes questionnements. Il me fallait trouver les priorités dans cette histoire pour savoir comment m’organiser. Je regardai l’océan. J’avais envie de me jeter dedans pour que tout se termine. D’en finir une bonne fois pour toute avec tout cela. Et après ? Je n’osai pas imaginer ce qu’il se passerait si je m’amusais à faire ça. L’éternité ne se profilait pas très rose, mais si je pouvais éviter au maximum de la rendre infernale, il valait mieux que je fasse attention. Quelque part à ma droite, le soleil s’apprêtait à se coucher d’ici quelques temps.
« Qu’est-ce qui différencie un esclave de son maître ? demanda la voix de Niglo dans mon dos.
- J’en sais rien.
- L’un porte des chaînes et l’autre les tire ! »répondit-il amusé.
- Va raconter tes blagues stupides à quelqu’un d’autre, soufflai-je maussade. 
- Oh, allez, quoi !
- Tu as gardé un œil sur la femme ?
- Je ne l’ai pas eu tout le temps dans le champ de vision, mais elle était avec les autres le peu de fois où je l’ai vu. »
Je me demandais où elle était la majorité du temps il ne l’avait pas eu dans le champ de vision. L’idée qu’elle se promène sans surveillance ne me plaisait pas trop.
« Sois gentil, arrange-toi pour garder un œil sur elle et la gamine avec les gars. Je ne pensais pas avoir besoin de le signaler », le réprimandai-je.
Il acquiesça presque penaud et se retira. Quelques minutes plus tard, El’sha arriva à son tour.
« J’imagine que tu n’as pas changé ton bandage », m’aborda-t-il.
- Tu imagines bien. »
Il prit ma main et regarda le tissus intégralement rouge.
« Viens par là que je te nettoie ça... »
Il avait la trousse à pharmacie dans sa main libre et m’amena m’asseoir sur une caisse à proximité. Je le laissai faire. A vrai dire, j’étais trop épuisée pour protester.
Il défit doucement la bande gluante et nettoya mon index avec de l’eau de mer avant de remettre un autre bandage.
« Voilà, c’était pas si compliqué », me gronda-t-il gentiment.
Malgré tout ce qu’il pouvait m’agacer à être toujours derrière moi, je me demandais ce que je ferais sans lui. C’était le seul à prendre soin de moi, à s’inquiéter et à me conseiller au mieux. J’avais souvent envie de l’écouter, de me laisser aller et de tout abandonner comme il me le conseillait régulièrement. Si seulement je le pouvais. Il ne pouvait pas comprendre. Il ne savait pas tout.
« Tu vas leur parler quand ? m’interrogea-t-il.
J’eus un moment de doute. J’avais envie de répondre que je ne savais pas.
« Demain », répondis-je finalement.
Je rajoutai :
« Ce soir, peut-être. A la femme. »
Il ne répondit rien mais hocha de la tête.
« On ne va pas tarder à mouiller pour la nuit, l’avertis-je. Va chercher les gens quand ce sera fait. »
Il me demanda si j’avais mangé quelque chose depuis le déjeuner et j’éludai la question.
« Garde un œil sur la femme et sur la gamine. 
- Niglo me l’a transmis tout à l’heure.
- Bien, je vais dans ma chambre.
- Je t’amènerai ton assiette.
- Laisser tomber, je n’ai pas faim. »
Il protesta, mais je lui tournai le dos et partis descendre les escaliers pour aller me coucher.
Arrivée devant la porte, j’eus un pressentiment inexplicable. A peine je l’ouvris que le hublot devant moi fis de même. Je fronçai les sourcils. Je refermai la porte et avançai pour comprendre. Le hublot était bien fermé correctement lorsque j’ai quitté la pièce, il ne pouvait pas s’ouvrir sur un simple appel d’air. En regardant de plus près, je me rendis compte que le système d’ouverture avait été forcé.
Dans la chambre, je pouvais percevoir flotter ça et là des halos d‘énergie rouge.

Bordel, ça commençait bien. Celle-là, j’allais la garder personnellement à l’œil.
Je fis le tour de la pièce pour vérifier que rien ne manquait. Je n’en avais pas l’impression, c’était déjà ça. J’hésitai un instant à feindre l’ignorance pour ne pas lui donner de soupçons, et puis je me dis qu’elle ne devait pas être si stupide que ça. Quand on force une entrée, on se doute bien que le système de fermeture sera cassé et que l’intrusion sera aperçue. Mais d’un côté, elle pouvait toujours nier que ce soit elle.
Le bon côté dans tout ça, c’est que si elle a pu voir le matériel, je pouvais lui parler plus aisément de la chose. Le moment était venu.
Je me dirigeai vers le tuyau sur le mur qui était relié directement à la cabine afin de m’adresser à la personne qui avait repris le pilotage.
« El’sha, Glen, Niglo, amenez-moi tout de suite cette petite pute. 
- Bien reçu », me répondit immédiatement la voix d’El’sha.
En attendant, je remis un peu d’ordre dans les produits de la coiffeuse qui étaient répandus au sol.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 20 Juin - 13:43

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Le repas manquait un peu de sel, mais j'en fis outre mesure, j'avais tellement faim que j'avais englouti mon plat en moins de cinq minutes. Aly avait terminé peu après mon arrivé et passé le reste du temps à m'écouter en regardant fixement l'eau de la carafe qui vacillait sous le balancement du navire. Je savais que ces moments d'absences n'était rien d'autre que des observations intenses de sa part, et que, du moins la plupart du temps, elle m'écoutait vraiment. Mais si le sujet ne l'intéressait pas particulièrement, elle ne montrait aucun signe d'attention.
Durant mon monologue et mes questions rhétoriques, j'avais pris soin de détailler mes confrères. Contrairement au temps où j'étais sur l'île avec eux, ils ne me regardaient plus vraiment de travers. En fait, soit ils m'ignoraient totalement, soit ils semblaient curieux, se demandant sûrement pourquoi j'avais droit à un traitement de faveur. Si la faveur consistait à rester attachée plus longtemps que les autres...
Je repensais à ma découverte de la chambre de la Détraquée. Tout ces bibelots occutes... et ce symbole... Je soulevais ma chemise, observant la multitudes de tatouages runiques sur mon corps. J'en avais oublié la signification, si un jour je l'avais connue. Pourtant, à ce moment précis, je pouvais voir les flammes de torches portées dans les mains de plusieurs personnes, les visages à demi-caché par les jeux d'ombres et la nuit ambiante. Tous marmonnaient quelque chose dans une langue que je ne comprenais pas. Ils m'entouraient, et je sentai la dureté de la pierre sur mon dos. J'étais allongée à mi-hauteur.
L'une des personnes, plus en avant que les autres, tenait un couteau dans les mains.

Avant qu'elle ne l'abatte sur moi, tout mes tatouages me brulèrent atrocement.

Je sursautais, surprise par la violente lumière du jour. Papillonant des yeux, le coeur tambourinant, je mis un instant à me rappeler où j'étais. Mes muscles me faisait souffrir tant ils étaient enraidit, ma poigne déchirant presque le pan de ma chemise.
Une petite main emprisonna la mienne et je posais les yeux sur Alasan, qui batait des jambes dans le vide, assise à côté de moi. Mon hallucination s'estompa comme un mauvais rêve, et je me détendis, lâchant mon vêtement pour prendre la main de la gosse.

_Putain... j'me suis endormie debout, je crois.

Pourtant, j'avais la nette conviction que ce n'était pas une hallucination, mais bien la réalité. Mon passé?
Ce n'est que lorsque je pris mon verre d'eau de ma main libre que je remarquais que je tremblais furieusement.

_Okay... Qu'est-ce qu'il m'arrive, moi, encore, maugréais-je à voix basse.

Je terminais quand même de m'hydrater le gosier, tout en remarquant que le pied de la table sur laquelle nous mangions était fracturé. Un bout de bois pointu comme un pieu dépassait. Comme le mobilier était cloué au parquet pour éviter les accidents de violentes vagues, il n'avait tout de même pas bien résisté aux chocs. Un plus pour moi. Je lâchais Aly pour me pencher, et tirer un peu plus l'écorchure. Elle céda, ne laissant que la moitiée verticale du pied de table, et je me retrouvais avec une arme létale provisoire dans la main, un pieu grossier bien aiguisé. Je me senti tout de suite mieux. Cependant, je n'allais pas m'en servir. Pas maintenant. Je le tendis à Aly, qui le pris dans ses mains en le contemplant.

_C'est un pieu, Aly. Tu l'utiliseras quand je te dirais, d'accord? Juste là.

Je pointais de l'index sa carotide, et elle hocha grandement la tête. Puis je le lui cachais dans la ceinture de son pantalon, à l'échancrure de son dos, pour éviter qu'elle ne se blesse avec par mégarde. Son t-shirt ample le recouvrait parfaitement. Je souris. Ce n'était pas la première fois que je lui demandais de tuer pour moi. A chaque fois, cela marchait. Les gens ne se méfiaient tellement pas des enfants, et encore moins des déficients mentaux, qu'elle pouvait les approcher en toute innocence, avant de leur planter couteau, fouchette, ou bâton dans la gorge. Tout ce que je pouvais trouver qui soit suffisamment pointu pour faire abondamment saigner. Même si elle manquait le point vital, c'était assez pour faire diversion.
Même si tout le monde ici faisait plus ou moins confiance à leurs hôtes, ce n'était pas mon cas. Plus j'apprenais sur eux, et moins j'avais envie de les croire. Cela dit, je n'ai pour l'instant aucune preuve pour les classer du côté des amis ou des ennemis, même si je ne donnais pas l'envie d'être mon amie. Je resterai sur mes gardes, prête à toute éventualité, même celle de fuir à la nage. De toute manière, on avait tellement peu progressé depuis ce matin que j'avais pu voir l'île de la prison pas loin à l'horizon, quand j'étais perchée à la coque. Il me suffirait de rentrer à a nage et de leur voler une barque. Tant pis pour les risques. Je préfère encore mourir que d'être à nouveau esclave.

A peine m'étais-je retournée pour repousser nos assiettes, prête à faire un tour, que je vis les trois marins entrer dans la salle, cherchant quelqu'un du regard. L'un deux me vit et fit signe aux deux autres, avant qu'ils ne se dirigent tous vers moi. Quelle surprise. Ils se plantèrent devant ma table, mains sur le pommeau de leur arme, avant que le plus proche m'interpelle.

_Suis-nous sans histoires, Ancilla veut te voir.

Sérieusement? Elle m'a vue y'a même pas vingt minutes. Qu'est-ce qu'elle peut bien encore me vouloir? A-t-elle remarqué que j'ai fouillé dans sa chambre? Ce n'est pas comme si j'étais a seule personne de plus à bord. Le regard las, je haussais une épaule et me relevais. J'avais au moins la sécurité de la fuite à tout moment, d'autant que je connaissais la disposition de l'étage.
Prenant Alasan par la main, je suivis le chef de groupe hors de la cantine. Les deux autres fermaient la marche.

Nous traversâmes le long couloir jusqu'à la porte du fond. Le matelot l'ouvrit.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 20 Juin - 16:07

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Je me passai un peu d’eau sur le visage pour me rafraîchir. C’était plus une habitude qu’une réelle tentative de masquer les apparences. Tout les produits furent rapidement remis en ordre. Je me demandai soudain si elle était tombée sur ma correspondance et me levai si vite pour aller vérifier que mes lettres étaient toujours là que je manquai à nouveau perdre l’équilibre.
Entre les sacs d’ingrédients divers celui de mes vêtements de rechanges, il y avait celui où je gardais précieusement le courrier que je recevais régulièrement, via un messager, de Chael.

Je recomptai les lettres pour être sûre qu’il n’en manquait aucune. L’idée qu’elle ait pu violer mon intimité en lisant mon courrier me rendit furieuse. Et puis, je me dis qu’elle ne savait probablement pas lire. Je pris la dernière lettre reçue pour la relire.

Ma chère Ancilla,

A l’instant où tu reçois cette lettre, tu dois être en train de te préparer pour ta mission. Je sais à quel point tu peux être inquiète. Ne doute pas. Tu te débrouilles très bien et j’ai confiance en toi. Tu réussiras. Tu es la meilleure. Tu accompliras de grandes choses, tu verras. C’est dans ton destin.
Je t’avais dit d’attendre mon signal pour le départ, je te le donne à présent. Il est temps de te mettre en route, même si ton absence me pèse terriblement. Tu es très courageuse, je suis tellement fier de ta merveilleuse personne.
Mes pensées restent près de toi...

Affectueusement,

Chael
 




Je la reposai et en pris une autre au hasard.


Ma toute petite chose…

Je sais combien il t’es difficile de te faire à ta nouvelle condition. Mais il le fallait. On n’échappe pas à son destin. Tu es née pour les servir, née pour aider à mettre en place un avènement nouveau.
C’est pourquoi tu as été choisie. Pour servir tous les grands de ce monde. On ne comprends pas toujours les choses. Parfois il faut du temps, mais sois sûre que tout s’éclaircira un jour à tes yeux magnifiques. A ton regard profond et innocent… Si cela ne tenait qu’à moi, je t’aurais épargné ce terrible tourment. Mais tu es forte, tu vas le surmonter.
Tu es Ancilla, la servante des Séculaires et Surannés, mais tu restes ma délicate poupée, ma jolie princesse, ma tendre…




Deux coups frappés à la porte me firent sursauter. Je n’eus pas le temps d’esquisser le moindre geste qu’El’sha entra dans la pièce.
« Nous l’avons amenée.
- Je ne t’ai pas autorisé à entrer, il me semble ! » le tançai-je durement en cachant aussi vite que possible ma lettre dans un repli arrière de ma robe.
Je me sentais empourprée suite à la relecture de mon courrier et d’autant plus gênée de m’être fait surprendre. Au moins, cela devait me redonner des couleurs. 
« Désolé d’avoir dérangé Madame dans la relecture nostalgique de sa grande correspondance », me répondit-il hautain.
- Ça suffit El’sha, ne t’amuse surtout pas à me provoquer. Attendez-moi derrière la porte. 
- Les désirs de Madame sont des ordres, continua-t-il dans sa provocation maniérée.
- Toi, j’aurais deux mots à te dire tout à l’heure, stupide animal ! »
Il ne rajouta rien et se contenta d’inviter Rain à entrer et puis referma la porte nous laissant seules.
Je regardai cette dernière d’assez mauvaise humeur. Croisant les bras et soutenant son regard, je questionnai :
« Je voulais savoir si tu avais trouvé ce que tu cherchais dans ma chambre ? »
Mon regard restait planté dans le sien.
Sans lui laisser l’occasion de répondre quoi que ce soit, j’enchaînai :
« Ne me mens pas. Pas à moi, ça ne marche pas. Alors maintenant, je te conseille de ne pas jouer les plus malignes et de répondre à ma question. J’ai la faiblesse de remarquer que j’ai été un peu trop gentille jusqu’ici, mais ça peut toujours s’arranger si tu dépasses les limites. Et il me semble que de fouiller dans mes affaires fait partie des limites qu’il vaudrait mieux ne pas dépasser. »
Je sortis mon tazer et jouai avec en le faisant pivoter des deux mains sur lui même.
« Maintenant sale petite peste, donne moi une seule bonne raison de ne pas te coller une châtaigne et de te remettre aux fers. »

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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 20 Juin - 20:36

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Je me penchais de côté lorsque j'entendis la voix agaçée de la capitaine, pour comprendre ce qu'il se passait, mais elle cachait quelque chose dans son dos. Quel mauvais caractère... Son subordonné ne se laissa pas impressionner et lui répondit avec impertinence, avant que lui et ses camarades ne nous laissent seules dans la chambre. Je souris en coin, amusée de la situation. J'avais tellement l'habitude de ce genre de relation parmis les gardes de la prison que ces scènes étaient devenues un divertissement pour moi, surtout lorsque j'avais rien d'intéressant à faire de mes journées. Elle détourna alors son humeur de chien sur moi.

_Je voulais savoir si tu avais trouvé ce que tu cherchais dans ma chambre ? cingla-t-elle à mon égard, ignorant ma fille.

J'arquais un sourcil. Il me semblait pourtant avoir bien tout remis en place. J'ouvris la bouche pour nier en bloc quand elle continua, menaçante.

_Ne me mens pas, grogna-t-elle. Pas à moi, ça ne marche pas. Alors maintenant, je te conseille de ne pas jouer les plus malignes et de répondre à ma question. J’ai la faiblesse de remarquer que j’ai été un peu trop gentille jusqu’ici, mais ça peut toujours s’arranger si tu dépasses les limites. Et il me semble que de fouiller dans mes affaires fait partie des limites qu’il vaudrait mieux ne pas dépasser.

Pour ponctuer ses propos, elle sortit son arme électrique qu'elle fit grésiller, un fin éclair bleuté passant d'une pointe à l'autre, tout en jonglant avec.

_Maintenant sale petite peste, siffla-t-elle, donne moi une seule bonne raison de ne pas te coller une châtaigne et de te remettre aux fers.

Un grand sourire étira mes lèvres. Je murmurais quelque chose à l'oreille d'Alasan avant de la repousser doucement derrière moi. Reportant mon attention sur la Détraquée, je laissais échapper un petit rire moqueur.

_Dis moi, ma vieille, grinçais-je entre mes dents. Combien crois-tu que d'hommes m'ont déjà menacé de la sorte? T'es ni la première...

J'esquissais un pas glissant pour combler la distance entre nous.

_Ni la dernière.

Je bloquais son poignet et le lui tordit. Ses doigts lâchèrent l'arme que je récupérais de ma main libre, avant de poursuivre la prise. Exerçant une pression sur le coude, elle se tourna de biais par réflexe nerveux, et j'achevais en me plaçant de côté, donnant un coup de pied à l'arrière de son genou pour me retrouver derrière elle, le bras prêt à craquer, l'arme contre son dos, et la demoiselle agenouillée.

En face de nous, près de la porte, Alasan se tenait sur la pointe des pieds, terminant de fermer le loquet de sécurité. Puis elle se tourna, serrant sa peluche fortement entre ses bras.

_Un cri, un geste et tu perds ton bras, en plus de subir une bonne décharge. Même si tes hommes entre, ma gamine tueras le dernier des trois. Quoique je doute qu'ils soient prêts à me désobéir, toi en otage.

Je resserai ma prise avant de poursuivre.

_Primo, tu as beaucoup à apprendre sur la gentillesse, vieille. Deuxio, je n'ai pas mis le pied dans ta piaule, au cas où t'aurais pas remarqué, on est une bonne dizaine de prisonniers ici, tu ne te demande pas si des criminels font parti du lot? Parce que j'en connais un certain nombre, qui n'attend qu'à ce que tu fermes les yeux pour te planter. Tu veux peut-être leur nom? Je sais pas si j'devrais te le dire. Tes manières d'accueil laisse pas mal à désirer. J'en ai vu des types dans ton genre qui ne savent pas parler autrement que par des menaces. Et tu sais quoi?

Je lui tordis un peu plus le bras, à la limite de le lui casser.

_J'ai horreur des menaces, grondais-je à son oreille. Ces types l'ont apprit au prix de leur vie. Essaye encore, et ton pauvre équipage minable ne fera pas long feu.

Je relâchais ma prise et la repoussais du pied, la laissant s'étaler par terre.

_Maintenant, soit on a une vraie discussion, soit on la termine dans le sang.

Un sourire carnassier fendit mon visage.

_Même si j'ai une préférence pour le sang, grognais-je d'une voix sourde.

L'envie de l'électrifier un coup me démangeais, mais n'aiderait en rien la situation. De l'autre côté de la pièce, Aly n'attendais qu'un sentiment de moi pour utiliser son pieu, toujours caché. J'avais follement envie que cette abrutie de sorcière pète un câble et tente de se servir d'elle, auquel cas ma petite beauté n'aurait même plus besoin de l'approcher pour l'embrocher. Ah! Ou bien qu'ils tentent d'enfoncer la porte, ses marins! Oh! Je n'aurais qu'à m'enfuir avec Aly par la fenêtre, en ayant, au passage électrifié encore cette détraquée, et lui planter le pieu au travers de la gorge. Oh! Jouissif!
Des tas de scènes sanglantes affluèrent dans mon esprit, toute à mon profit. J'en tremblais d'excitation, le sourire jusqu'aux oreilles. L'envie me brûlait les tripes... Mais je me retenais. Je connaissais cette part en moi de folie meurtrière et tentait tant bien que mal de la garder en laisse. Elle n'était pas la solution à tout les conflits. Et pourtant... pourtant j'adorais les sensations qu'elle me procurait. Respirant à profondes inspiration pour essayer d'être calme, j'attendais la réaction de la capitaine.

Petit mot:
 
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Mer 21 Juin - 11:41

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La voilà qui s’est mit à sourire.
Elle se retourna pour parler à la gamine – Tiens, je ne l’avais même pas remarquée celle-là, je me demande pourquoi ils l’ont laissé entrer - et la repoussa derrière elle. Je pressentis à cet instant que ça allait mal tourner, mais la suite des événements était allée si vite que je n’ai rien eu le temps de voir venir.
« Dis moi, ma vieille, me demanda-t-elle. Combien crois-tu que d'hommes m'ont déjà menacé de la sorte? T'es ni la première... »
Elle se déporta légèrement sur le côté.
« Ni la dernière. »
Et avança brusquement pour saisir mon poignet droit qui tenait le taser et le tordit. Mes doigts relâchèrent l’arme mais elle la récupéra avant qu’elle ne tombe de ma main. La seconde suivante elle avait pivoté derrière moi tout en me faisant une clé de bras au passage. Je pus sentir le taser contre mon dos.
« Un cri, un geste et tu perds ton bras, en plus de subir une bonne décharge. Même si tes hommes entre, ma gamine tuera le dernier des trois. Quoique je doute qu'ils soient prêts à me désobéir, toi en otage. »
Je me suis encore fourrée dans un pétrin pas possible. Voilà qui m’apprendra à ne pas avoir écouté El’sha. Il m’avait pourtant bien prévenue qu’elle était dangereuse…
La gamine se retourna vers la porte et, après s’être hissée sur la pointe des pieds, elle la verrouilla. Elle était peut-être amorphe, mais elle était loin d’être débile. Ca, ça ne faisait aucun doute.
Je sentis les doigts de Rain se resserrer désagréablement sur mon poignet. Tout mon bras était en feu.
Elle nia être entrée ici et accusa les autres arrivants, rajoutant que certains n’attendaient qu’une chose, de me trancher la gorge. Ridicule. Elle cherchait juste à me déstabiliser. Elle rajouta qu’elle en avait vu, des hommes comme moi qui ne savaient s’exprimer autrement que par des menaces.
Comme si on se faisait respecter avec des mots doux… Quelle garce ! Si mon comportement était à revoir, il me semblait que le sien l’était tout autant. Après tout, moi, j’avais prévu de l’accueillir dans le confort. C’est elle qui n’a cessé d’être violente depuis son arrivée…
« Et tu sais quoi ? » poursuivit elle remontant encore plus mon bras le long de mon dos.
Il me fut impossible de contenir une exclamation de douleur.
« J'ai horreur des menaces, » grogna-t-elle juste à mon oreille.  
Comble de l’ironie, elle termina par d’autres menaces en expliquant que d’autres hommes l’ont appris au dépend de leur vie.
Enfin, elle lâcha mon bras meurtris, puis me repoussa du pied. Je tombai mes deux bras en avant au pied d’Alasan, qui ne s’écarta même pas. J’étouffai au maximum un nouveau cri de douleur. Le brusque et ample mouvement de mon bras droit, grandement opposé à la position précédente, fut tellement atroce que je pensai bien m’être déchiré le biceps.
« Maintenant, soit on a une vraie discussion, soit on la termine dans le sang, m’informa-t-elle. Même si j'ai une préférence pour le sang, rajouta-t-elle sadiquement dans un grand sourire.
Quelle salope…
Je serrai les dents. J’eus bien l’idée sur l’instant de dégainer le couteau qui était caché sous ma robe pour le coller sous la gorge de la gamine, mais je crois qu’il valait mieux trouver une autre solution pour arranger les choses. De toute façon, je ne pouvais plus rien manipuler. Ma tête s’emplit d’un bourdonnement rageur et mécontent. Non, il n’était pas content. J’avais intérêt de trouver rapidement un moyen d’arranger les choses si je ne voulais pas encore déguster.
Je me redressai difficilement en position assise et reculai vers le mur le plus proche opposé aux deux filles.
Je ne cherchai pas à me relever pour l’instant. J’étais déjà bien assez épuisée et essoufflée comme ça, et j’avais bien trop mal à mon bras droit pour pouvoir le bouger. Je le massai pour tenter vainement d’apaiser la douleur. Je me rendis compte que la plaie de mon index s’était réouverte dans la chute en apercevant du sang sur mon bras. Je m’adossai contre le mur. Plus loin je restais d’elles et mieux c’était.
Qu’allais-je bien pouvoir faire, maintenant ? J’avais l’impression d’être dans une voie sans issue. Je ne pouvais pas me permettre de lui dire la vérité dans un moment pareil. Pas dans ma position. C’était un coup à ce qu’elle me tue...
Le bourdonnement s’amplifiait, insupportablement assourdissant. Ce truc allait finir par me rendre folle.
Je passai ma main gauche sur mon visage pour l’essuyer compulsivement. J’avais un mal de crâne infernal. Je sentai de l’humidité en biais tout le long de mon visage.
Ah, j’oubliais le sang… Je laissai retomber ma main gauche sur ma jambe dans un claquement dépité.
Du temps. Il me fallait juste du temps. Il fallait que j’arrive à me tirer de ce mauvais pas et à reprendre la situation en main. Au lieu de ça, je me mis complètement à débloquer.
J’eus un rire hystérique.
Bien le bonjour, mon amie la folie.
« Ne… ne t’inquiète pas pour ça… Si c’est du sang que tu veux, tu vas être servie... »
Je repartis dans un bruyant éclat de rire, qui n’avait en réalité jamais cessé et qui avait même d’ailleurs ponctué ma phrase. Dans le miroir de ma coiffeuse, je pus apercevoir mon reflet inquiétant. Mes yeux brillaient et le sang étalé n’arrangeait rien à mon air démentiel.
« Et je peux t’assurer que tu vas très vite perdre ton petit sourire, ma mignonne... »
- Ancilla ? s’inquiéta soudain El’sha. Est-ce que tout va bien ? »
J’eus peur qu’il essaie d’ouvrir la porte. Qu’il me demande de lui ouvrir en se rendant compte qu’elle était bloquée. Que tout dérape. Je ne voulais pas mettre mes hommes en danger. Surtout pas lui… D’un autre côté, j’espérais qu’il me sauve. De tout, pas nécessairement de cette furie sanguinaire. Mais non, personne ne pourrait jamais me sauver car il était bien trop tard.
Je croisai le regard de Rain.
« Mais oui, tout va bien. On s’amuse juste comme deux petites folles… n’est-ce pas, Rain ? la pris-je à partie. Allez faire un tour et foutez-moi la paix, merci. »
El’sha allait se douter de quelque chose, j’en étais persuadée.
J’entendis Glenesh râler en s’éloignant et Niglo dire :
« Ce sont les femmes... »
Et El’sha de me répondre simplement.
« Très bien. »
Je fus soulagée.
Je regardai à nouveau la furie sanguinaire, puis, reprenant mon calme et mon sérieux de capitaine :
« Pose mon tazer quelque part et nous pourrons repartir sur de bonnes bases. Tu ne pourras me garder bien longtemps en otage sur mon propre navire… Mes hommes sont armés et je pense que les nouveaux arrivants, contrairement à ce que tu dis, sont bien heureux que je les ai sortis de cet enfer. Toi aussi, n’est-ce pas ? C’est pour ça que tu t’es invitée sur mon navire... »
Je cherchai mes mots un instant. Il fallait à tout prix que j’arrange la situation.
« Nous ne vous avons pas fait de mal que je sache et, je le répète, ce n’est toujours pas dans nos intentions. Pose mon arme ici et nous pourrons sortir dehors parler tranquillement sur le pont. J’ai… j’ai besoin de prendre l’air. »
J’avais réellement chaud et je commençais à sentir ma peau picoter sous la transpiration.
Le bourdonnement se calma quelque peu, j’allais au moins pouvoir comprendre ce qu’elle allait me répondre.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Mer 21 Juin - 18:55

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Je jaugeais la fringalette du regard, une sombre pensée pour ce que je pourrai lui faire subir, mais elle ne semblait pas vouloir prendre l'affront au pied de la lettre. Plutôt au pied du mur contre lequel elle s'était réfugiée avec le mince espoir que je n'achève pas sa vie ici. Je dois avouer que j'avais un certain plaisir à avoir une telle ascendance sur mes ennemis, mais c'était mieux quand il y avait eu une bonne baston avant. Là, elle acceptait la défaite, et son arme toujours au creu de mes mains, mes épaules s'affaissèrent. Je ne voyais pas plus la peur dans ses yeux que plus tôt, mais une tornade de réflexions ardûes et visiblement douloureuses, qui suait au travers de ses vêtements. Etait-elle mentalement instable? Je veux dire, plus que moi. Et encore, je ne suis pas instable, mes pensées gardent la même ligne droite, elles ne sont justes pas communes.
Mon sourire raidit devenait douloureux, si bien qu'il disparu en un coup de vent lorsque la Détraquée se mit à rire comme une forcenée. Ok, elle devenait vraiment chelou. Je peux faire peur, moi, c'est sûr, mais pas de manière aussi psychotique.

_T'as vraiment un sérieux problème, fit-je plus pour la forme que pour avoir une réponse.

Elle raclait son visage avec nervosité, y étalant le sang de sa blessure à l'index. Si elle sortait comme ça, les blaireaux penseront que je l'ai mise à mal, du genre, avec quelques coups sourds. J'étais pas du genre à être discrète, mais j'avais tendance à choisir les solutions de facilité, et m'expliquer à des rustres sans cervelle seraient probablement compliqué sans arme blanche.
Je laissais la petiote près de la porte, espérant qu'elle n'ait pas de réaction imprévisible devant cette folle. Folle qui crachota:

_...Si c'est du sang que tu veux, tu va être servie.

Génial, rien de tel pour finir de se classer du mauvais côté de mes coups. Elle n'avait sûrement pas finie de m'épater. Je ne resterai pas plus longtemps pour savoir si le sang viendra de moi ou de quelqu'un d'autre.

_Laisse-moi te rappeler que celle qui rampe par terre, blanche-neige, c'est toi.

Je fis un pas vers la porte, exaspérée, quand des voix à l'extérieur me surprirent.

_Ancilla? Est-ce que tout va bien?

Je fronçais, n'ayant pas pensé que ses chiens garderaient la porte. J'avais toujours son arme, mais ça m'emmerderais d'avoir à me farcir deux des leurs, en supposant qu'Aly s'occupe bien du dernier. Je me tournais vers la capitaine, un index sur mes lèvres pour lui intimer le silence, avant de passer le pouce le long de mon cou.
Elle eut un moment de doute avant de répondre que tout allait bien. Lorsque les pas s'éloignèrent, et qu'Alasan n'avait pas bronché d'un iota fixant le vide, menton sur le sommet de la tête de la peluche, la capitaine reprit un masque plus serein.

_Pose mon tazer quelque part et nous pourrons repartir sur de bonnes bases... dit-elle.

Je gloussais.

_De bonne bases? Pourquoi faire? Je ne vais sûrement pas ignorer tout ce que j'ai etendu de toi, qui ont bien niqué les bases.

Elle me répondit froidement:

_Tu ne pourras pas me garder bien longtemps en otage sur mon propre navire...
_Tu veux parier? Tu doutes encore de mes capacités?
_...Mes hommes sont armés et je pense que les nouveaux arrivants, contrairement à ce que tu dis, sont bien heureux que je les ai sortis de cet enfer.

Elle prit une certaine assurance pour enchaîner d'un air hautain, sourire au coin des lèvres.

_Toi aussi, n'est-ce pas? C'est pour ça que tu t'es invité sur mon navire.

J'eu un petit rire de gorge avant de m'approcher d'elle à pas menaçant.

_Je ne me suis pas invité pour toi, ma vieille. Je ne te connais pas, je ne t'ai jamais vue de ma vie. Et tout me porte à croire que tu te fous bien de notre gueule à tous depuis le début. Je ne sais pas ce que tu as en tête, probablement tous nous écorcher vifs pour tes petits jeux, mais avec moi, ce sera bien plus compliqué que tu n'le penses. J'ai passé suffisamment de temps sur cette maudite île pour savoir reconnaître la saloperie quand je la vois.

Je conclu d'un crachat à ses pieds, prête à en découdre s'il le fallait encore. D'accord, c'était pas très glamour. Mais au moins, c'était explicite.
Etonnament, la fureur qui l'avait envahis plus tôt avait vraiment totalement disparut, pour laisser place à une relative douceur qui lui saillait bien mieux. Elle savait qu'elle ne faisait pas le poids, mais semblait plus prompt à régler le différent avec professionnalisme.

_Nous ne t'avons pas fais de mal que je sache, reprit-elle, et, je le répète, ce n'est toujours pas dans nos intentions.

Je roulais des yeux.

_Pose mon arme ici et nous pourrons sortir dehors parler tranquillement sur le pont. J'ai... J'ai besoin de prendre l'air.

Effectivement, elle avait tout l'air de quelqu'un prêt à dégobiller le contenu de son estomac en plus de son abdomen. Mais j'avais un gros avantage ici que je ne voulais pas perdre. Elle allait devoir faire mieux que des mots pour me convaincre.
Je secouais la tête.

_L'enfer est pavé de bonnes intentions.

J'accrochais le-dit "tazer" à la ceinture de mon pantalon, derrière mon dos.

_Et pourtant, c'est pas du tout ce que tu montres, "ne pas vouloir me faire de mal". T'as qu'à te mettre près de la fenêtre pour respirer dehors, c'est le seul avantage que je veuilles bien t'offrir. Si ce que tu dis est vrai, je n'aurais pas à tuer tes hommes dès que tu leur auras hurlé de venir à ton secours.
Je pris la chaise de son bureau pour venir m'installer au coin de la pièce, près de la porte, les bras croisés. Alasan se tenait de l'autre côté, toujours immobile, spectatrice perfectionnée.

_Je te rendrais ton arme si ce que tu me dis me plaît.

Je patientais un instant avant de poser mes questions.

_Je veux savoir exactement où tu nous emmènes, je me fiche de pas pouvoir le repérer sur une carte. Je veux aussi savoir ans combien de temps on y arrive. Je veux savoir pourquoi nous, et pas n'importe quel blaireau sur un continent plus proche. Et je veux savoir aussi... c'est quoi ce foutoir?

J'écartais les bras en désignant l'espace de la chambre, pleine à craquer d'objets occultes, de fioles bizarres, de livres étranges, de dessins aux symboles incompréhensibles.

_Est-ce que ça a un rapport avec... avec moi?

Mes tatouages me hantaient en cet instant précis.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Mer 21 Juin - 20:17

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Elle ne me faisait aucunement confiance et restai sur ses positions. D’un côté, je pouvais la comprendre. C’est difficile de faire confiance à quelqu’un lorsque l’on mène une telle vie surtout avec ce qu’elle a appris sur moi.
Elle ricana et se rapprocha de moi de façon inquiétante. Je regardai la distance se réduire un peu plus à chacun de ses pas. Allait-elle me frapper ? Me taser ? Si je m’en sortais sans prendre un coup de jus, je crois que j’aurais de la chance.
« J’ne me suis pas invité pour toi, ma vieille. Je ne te connais pas, je ne t'ai jamais vue de ma vie. Et tout me porte à croire que tu te fous bien de notre gueule à tous depuis le début. Je ne sais pas ce que tu as en tête, probablement tous nous écorcher vifs pour tes petits jeux, mais avec moi, ce sera bien plus compliqué que tu n'le penses. J'ai passé suffisamment de temps sur cette maudite île pour savoir reconnaître la saloperie quand je la vois. »
Elle cracha devant moi et je reculai un peu plus mes jambes, écœurée. Une chance qu’elle ne m’est pas visée. De la saloperie, je voulais bien reconnaître qu’une partie de moi en était. Mais elle était persuadé que je voulais tous les tuer. Elle ne m’aurait jamais cru si je lui prétendais le contraire.
Elle refusa de me laisser sortir et m’invita à me rendre devant le hublot pour respirer l’air frais.
Je me résignai à rester à ma place. De toute façon, l’air frais n’aurait rien changé à mon état.
« L’enfer est pavé de bonne intention » me provoqua-t-elle.
Que pouvait-elle bien connaître de l'enfer ?! Le vrai, le mal, pas la galère humaine.
Elle accrocha mon taser à sa ceinture. Bon, pour l’instant du moins, j’avais un sursis.
Elle prit la chaise et se mit dans le coin de la pièce à côté de moi.
Je fis un effort pour me tourner afin de lui faire face. Mon bras – et mon poignet aussi d’ailleurs – me faisaient mal au moindre mouvement.
« Je te rendrais ton arme si ce que tu me dis me plaît. »
Pouvais-je la croire ?
« Je veux savoir exactement où tu nous emmènes, rajouta-t-elle. Je me fiche de pas pouvoir le repérer sur une carte. Je veux aussi savoir ans combien de temps on y arrive. Je veux savoir pourquoi nous, et pas n'importe quel blaireau sur un continent plus proche. Et je veux savoir aussi... c'est quoi ce foutoir ? »
Elle désigna mes affaires et me demanda si cela avait un rapport avec elle.

J’eus un petit sourire provoquant.

« Tu es vraiment sûre de ne pas avoir fouillé dans mes affaires, Rain ? Même pas dans un certain livre ? »
J’avais l’impression que la balle était revenue dans mon camp. Elle voulait des réponses et n’importe qui dans son cas en voudrait. Je pouvais sûrement jouer sur ça, si je me débrouillais bien.
Mais je devais faire attention à ce que je disais. Qui pouvait savoir jusqu’où elle pouvait aller si je la provoquais de trop…
« Si tu veux que je sois honnête avec toi, tu ferais mieux de l’être en retour. La confiance vois-tu, ça  doit être réciproque. »
Je perdis soudain mon sourire lorsque je remarquai que, par terre vers le milieu de la pièce, se trouvait la lettre que j’avais mis dans ma poche arrière quelques instants plus tôt. Elle a dû m’échapper quand cette furie m’a brutalisée…
J’hésitai à aller la ramasser. Et puis je me décidai. Lentement, je tentai de me lever en m’appuyant sur ma main gauche – dont l’index me faisait terriblement mal lui aussi - mais il me fallut m’y reprendre à deux fois avant d’arriver à seulement m’accroupir chancelante.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Mer 21 Juin - 21:09

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Une fois de plus, elle éluda totalement mes questions. On avançait pas, et je commençais à perdre patience. Elle avait visiblement l'intention de me laisser dans l'ignorance, ou probablement me donner un os à mâcher le temps de ce voyage indéterminé.
Son regard se posa sur un papier froissé au milieu du débaras, et elle tenta de le récupérer en s'aidant de son bras blessé. Je l'avais plutôt bien amochée, mine de rien. Fragile comme elle était, j'aurais pu y aller plus doucement. Je me relevais sèchement, faisant mine de l'en empêcher, mais je la contournais pour m'approcher du hublo, que j'ouvris en grand. Un vent frais me fouetta le visage et je pris une grande inspiration. L'air était chargé de sel et m'apportait un regain d'impudicité, boostant ma vigilance. Rien de tel que de se sentir libre comme un oiseau. Et de calmer ses nerfs.

_Eh bien, si tu commençais par me croire quand j'te dis que je n'suis pas entré dans cette piaule.

L'honnêteté c'est pour les faibles. Je dégainais le tazer, les sourcils froncés.

_Tu me tapes sérieusement sur le système, grondais-je. Si t'as pas de bons argument dans les dix secondes, je te crame la gueule avec ça et je me tire. Le temps que tes hommes se doute de quelque chose, je serais déjà bien loin.

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MessageSujet: Re: Débarquement    Mer 21 Juin - 21:59

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Je réussis à me mettre debout et me dirigeai à pas zombiesque vers le papier. Alors que j’allais tendre le bras pour l’attraper ,Rain se leva et s’approcha de moi. Je me figeai et reculai d’un pas lorsque je crus qu’elle allait m’en empêcher, mais finalement elle passa à côté de moi et  se rendit jusqu’au hublot pour l’ouvrir en grand. L’air frais qui s’engouffra sembla l’apaiser quelque peu. Ca faisait du bien en effet, j’avais l’impression d’être dans un four et je remarquai que j’étais trempée de sueur.
« Eh bien, si tu commençais par me croire quand j'te dis que je n'suis pas entrée dans cette piaule. »
Elle continuait de mentir… Soit.
« Tu me tapes sérieusement sur le système, reprit-elle. Si t'as pas de bons argument dans les dix secondes, je te crame la gueule avec ça et je me tire. Le temps que tes hommes se doute de quelque chose, je serais déjà bien loin. »
Je respirai profondément. L'appréhension me cisaillait. Le bourdonnement reprit de plus belle. Furieusement. Je fermai les yeux en entendant à nouveau ce son de cor assourdissant et portai ma main gauche à mon front pour agripper mes cheveux. J’expirai un bon coup. C’était insupportable.
Je me laissai tomber doucement juste en face du papier plié.
« Je n’ai pas menti moi non plus. Nous allons vraiment bâtir une cité. Des gens sont déjà sur place à tout préparer, plan et matériel. C’est à l’est, sur le continent. Nous devrons y être dans… Oh, mais j’en sais rien moi… Trois jours je pense… Peut-être quatre... » hasardai-je anxieuse.
J’envoyai lentement l’index et le majeur gauche, joints, vers le papier pour le récupérer. Mes doigts tremblaient.
« On vous fera rien du tout je te dis ! On aurait pas d’intérêt à faire ça, sinon je vous aurai tous laissé attachés… Tu crois pas ? Dis-moi pourquoi vous seriez libre autrement. »
machinalement, je fis tourner et retourner le papier de ma main gauche, en m’appuyant contre le sol et la faisant glisser tout le long.
Chael… j’aimerais tellement qu'il soit là… pensai-je désarmée.
Il aurait su gérer la situation, j’en étais persuadée. Il aurait su faire les choses comme il faut.
Je n’arrivais même plus à regarder Rain et je restai le regarde rivé sur le papier qui continuait de tourner encore et encore sur lui même.
Il fallait que je trouve le courage de terminer mes explications. Avec un peu de chance, j’éviterais le coup de taser. Je me demandais si un muscle déchiré ne se dégradait pas encore plus sous une décharge électrique. Si je ne m’abusais, l’électricité devait se faire contracter de nombreuses fois chaque muscle...
« Ce sera une cité quelque peu, spéciale… je te l’accorde. Mais ça reste une cité qui sera réellement construite. Libre à toi de me croire ou non, mais tu peux me croire, tu as tout à y gagner à me faire confiance. »
J’avais tellement chaud…
Le bourdonnement qui s’était calmé pendant que je parlais repris, pour m’inciter à terminer le sujet une bonne fois pour toute.
Je soupirais.
« Toi… toi et la gamine là, vous êtes spéciales. Toutes aussi spéciale que cette citée qui va être construite. C’est vous que j’étais venue chercher... Je n’aurais pas fait tout ce chemin pour emporter dix esclaves. J’aurais pu en trouver bien plus près. Mais… »
J’avais envie de vomir. Je portai ma main devant ma bouche et regardai Rain.
Je ne savais même pas si je devais aller me faire une place à la fenêtre ou vomir sur le sol.
Ni l’un ni l’autre serait parfait.
J’essayai de finir maintenant que j’étais lancée.
« Je… » je soufflai d’agacement.
Allez, autant tout déballer. Ce sera fini après. 
« Je fais partie d’un culte. Toutes les deux aussi, vous en fait partie depuis toujours. Je sais qu’on a perdu votre trace il y a longtemps et on m’a confié la tâche de vous retrouver. Je n’en sais pas plus, Rain, vraiment. Il y a une histoire de prophétie mais on ne m’a pas tout dit… Ce culte est assez récent, il a été créé pendant la guerre. Il ne vous sera fait aucun mal, je le répète. Vous êtes importantes, mais ne me demande pas pourquoi ça je ne le sais pas. Je ne suis qu’une prêtresse… C’est pas moi qui dirige. J’ai été recueillie vers la fin de la guerre par l’un des dirigeants. On va le rencontrer lorsque nous serons à terre. S'il te plaît fais moi confiance... Ne pars pas... Tu trouveras toutes les réponses à tes questions là-bas. »

Voilà, le morceau était lâché. Maintenant, j’allais me prendre une châtaigne et elle allait probablement se barrer. La tâche sera confiée à quelqu’un d’autre et je vais être damnée pour l’éternité.

Je remis ma main gauche sur la bouche.

« Je vais... vomir… »

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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 22 Juin - 19:38

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Les yeux plissés, j'écoutais les divagations de la capitaine. Je n'arrivais toujours pas à la croire entièrement, mais une partie de moi semblait plus réceptive. Au moins, la Détraquée se décidait à parler. Mais elle avait l'air de plus en plus mal, comme si... se tenir sur ce bateau l'a rendait... Malade? Elle avait le mal de mer? Et en plus, elle ne savait même pas tout à fait combien de jours durait le trajet? Je souris en coin à cette pensée, quelle piètre capitaine elle faisait. Elle n'avait pas plus de compétences maritimes que moi, en fait. Pas étonnant que ses hommes la respectaient si peu. Néanmoins, cette maladresse la rendait presque innocente. Si on oubliait qu'elle était un peu – enfin, carrément – folle à lier.
Le papier qu'elle essayait de récupérer fébrilement atisait ma curiosité, mais j'imagine qu'elle ne m'en parlerait jamais. Et je serai bien incapable d'en lire une seule ligne... Il faudra que je songe à me mettre à la lecture lorsque j'aurai posé pied à terre au continent.

Reconstruire une cité particulière... Qu'est-ce qu'elle entendait par là? Un temple?

_On vous fera rien du tout je te dis ! s'indigna-t-elle soudainement devant mon silence. On aurait pas d’intérêt à faire ça, sinon je vous aurai tous laissé attachés… Tu crois pas ? Dis-moi pourquoi vous seriez libre autrement.

J'arquais un sourcil dubitatif.

_Rien de plus facile que de dresser un troupeau de boeufs, qui entrera de lui-même à l'abbatoir. Surtout quand ces boeufs sortent tout juste de l'enfer. Leur promettre le paradis...

Je me penchais légèrement.

_Je ne crois en personne, blanche-neige. Ormis cette jolie petite pomme.

Je souris en lançant un clin d'oeil à Aly, qui niquait mon côté théâtral en s'en branlant complètement.

_Parle-moi de cette cité, continuais-je en rangeant le tazer avant de croiser les bras.

Son discours commençait à m'intéresser.

_Ce sera une cité quelque peu, spéciale… Je te l’accorde. Mais ça reste une cité qui sera réellement construite. Libre à toi de me croire ou non, mais tu peux me croire, tu as tout à y gagner à me faire confiance.

Moi et Aly? Spéciales? Je jetais un regard à la petite, qui s'amusait avec sa peluche. Je savais bien que notre lien n'était pas normal, mais je n'avais jamais vraiment su en quoi. Et perdre la mémoire n'aidait en rien. J'inspirais doucement, les muscles relâchés. Tout à y gagner à lui faire confiance, hein... Cause toujours.

_Tu m'excuseras si je n'ai pas tendance à accorder ma confiance à quelqu'un qui passe son temps à me menacer. Dois-je te rappeler que tu as parlé la première lorsque je suis arrivée dans cette chambre?

Je gloussais et haussais une épaule.

_Laisse tomber, je te déteste déjà. Rappelle-moi en quoi toute ta merde à un rapport avec moi?

Elle semblait sur le point de perdre connaissance, mais ce ne fut qu'une impression.

_Toi… reprit-elle, toi et la gamine là, vous êtes spéciales. Toutes aussi spéciales que cette citée qui va être construite. C’est vous que j’étais venue chercher... Je n’aurais pas fait tout ce chemin pour emporter dix esclaves. J’aurais pu en trouver bien plus près. Mais…
_Mais...?
_Je fais partie d’un culte. Toutes les deux aussi, vous en fait partie depuis toujours. Je sais qu’on a perdu votre trace il y a longtemps et on m’a confié la tâche de vous retrouver. Je n’en sais pas plus, Rain, vraiment. Il y a une histoire de prophétie mais on ne m’a pas tout dit… Ce culte est assez récent, il a été créé pendant la guerre. Il ne vous sera fait aucun mal, je le répète. Vous êtes importantes, mais ne me demande pas pourquoi ça je ne le sais pas. Je ne suis qu’une prêtresse… C’est pas moi qui dirige. J’ai été recueillie vers la fin de la guerre par l’un des dirigeants. On va le rencontrer lorsque nous serons à terre. S'il te plaît fais moi confiance... Ne pars pas... Tu trouveras toutes les réponses à tes questions là-bas.

Au fur et à mesure que sa voix coulait dans ma tête, je sentais le vertige m'envahir. J'avais donc bien un lien avec... avec tout ça. Ces gens que j'ai vu... Ils font parti d'un culte, eux aussi? Et la signification de mes tatouages... Est-ce qu'elle me connaît? Est-ce qu'elle connaît Aly? C'est une prêtresse... Mais c'est quoi le rôle d'une prêtresse exactement?

_Pourquoi on est spéciales? Qu'est-ce que tu veux dire par là? J'ai des pouvoirs?

J'avais tellement de question que j'osais même plus les poser, comme si elle n'allait pas y répondre, déjà qu'elle contournait la plupart. Je me demandais si je devais suivre ma destinéou bien y échapper. Si au moins je savais ce qu'elle voulait faire de moi.

_Qu'est-ce que tu veux de moi? En quoi Aly et moi sommes importantes? Et t'as intérêt à répondre.

En y repensant, avec 3 ou 4 jours de voyage, si elle ne dijonctait pas et que c'était vraiment ça, je pourrais vite me faire une idée de ce qui m'attend.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 22 Juin - 20:25

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Elle semblait à la fois incrédule et intriguée par tout ce que je venais de lui dire. Et après ?
Elle a rangé le taser sur elle, mais elle ne l’a pas posé. Le détail ne m’a pas échappé.
J’en avais marre de lui parler. Marre de parler tout court. A la base, j’étais censée venir me « reposer » si je puis dire. Et au lieu de ça, je suis prise en otage par une putain de femme que j’étais moi même censée avoir sous mon contrôle sur mon navire. Et pour rester dans l’ironie, je demandai à cette même personne qui me tenait en otage dans ma chambre de ne pas s’en aller.
La situation était d’un burlesque…
Elle me demanda à deux reprises en quoi elles étaient spéciales. Elle me demanda aussi si elle avait des pouvoirs.
En revanche, elle a complètement ignoré la menace de mon renvoi gastrique dont elle devait se ficher royalement.
Je remis la lettre dans ma poche arrière.
« J’en sais rien moi, en quoi vous êtes spéciales… Je t’ai dit tout ce que je savais... Tu en sauras plus sur… sur... place… »
Je respirai à grande goulée d’air pour tenter de réguler le besoin impétueux d’expulsion de mon estomac.
Je déglutissais.
Rien n’y faisait.
« Pose mon taser et sortons maintenant, réessayai-je. J’ai répondu à tes questions... »
La nausée devenait insoutenable et je me relevai pour me précipiter vers la fenêtre, une main devant la bouche.
Deux solutions ;
Soit elle allait se pousser bien gentiment pour me laisser l’accès au hublot, soit c’est moi qu’elle allait pousser en m’envoyant valser.
Mais je n’allais quand même pas me résigner à vomir au sol comme un chien.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 22 Juin - 21:38

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J'esquissais un pas de côté pour lui permettre de régurgiter ses derniers repas, me remémorant la couleur de son dernier vomissement, avant de me demander si elle pouvait vraiment cracher ses boyaux. Ecoutant ses écoeurement en souriant en coin, je la laissais pour déverrouiller le loquet de la porte avant de l'ouvrir.

_T'as répondu qu'à une seule de mes questions.

Et vu que t'es la vulgaire bonne d'un plus gros demeuré que toi, j'ai absolument aucune raison de te suivre dans tes délires. J'me tire.

Je lui jetais son tazer au milieu de son bordel. J'en avais plus besoin, et j'avais pas envie qu'elle me course toute la journée pour l'avoir.

_Aly ! appelais-je.

La gamine me suivis dans le couloir en trotinant, plutôt joyeuse que je me décide enfin à quitter ce rafiot de débiles congénitaux. Pas étonnant, elle avait un certain don pour sentir les choses, et elle considérait que ça n'en valait pas la peine. Au moins, j'avais un élément important: le voyage n'était pas bien long. Je la laisserai croire que je coopèrerais, mais je fiche la pourdre d'escampette dès que nous poserions pieds sur la terre ferme. Ou plus tôt, je sais pas. Elle serait capable de m'attacher dans la cale pour pas que je tente quoique ce soit. Elle serait bien con de faire ça, si elle veut vraiment mon consentement.
A l'avoir vu comme ça, elle ne ressemblait qu'à une marionnette naïve et crédule. Manipulée par plus haut qu'elle. Ou bien elle me mentait et jouait parfaitement la comédie. Dans les deux cas, je n'ai absolument ni l'envie, ni les raisons de voir plus loin dans cette histoire. Je savais que j'avais quelque chose à voir avec les cultes, je mènerai mes recherches seules. Il faudrait vraiment un cataclysme écologique pour me forcer à suivre cette imbécile.

Etrangement, c'est toujours quand on prie le malheur, qu'il frappe à notre porte. Je souris nerveusement.

J'avais récupéré – ou plutôt volé – deux grosses gourdes d'eau de la réserve de la cuisine dans l'après-midi, quand personne ne se trouvait à la cantine. Puis entraîné Aly dans une chambre vide. Avec chance, j'avais pu éviter de me coltiner les matelots ou la Détraquée, elle ne m'avait pas emmerdé plus que ça le reste de la journée. Ce qui m'étonnait, c'est que pour une femme douée à la concoction, elle n'avait aucun moyen de soulager son mal de mer. Je savais que le gingembre stoppait les nausées pendant un moment. Elle devait forcément en avoir, mais j'en avais rien à foutre. Elle ne devait pas être si douée que ça.
Alors qu'Alasan s'amusait à empiler et dépiler des objets divers dans un coin de la chambre – la plus éloigné de la cabine du capitaine – je jouais quant à moi avec le pieu, fixant la porte close. Une traînée de sang sous mes pieds coupait la pièce en deux, jusqu'à la fenêtre qui claquait régulièrement sous le balancement du bateau. Le bout de bois dans mes mains était dégoulinant de sang, et je me sentais sereine. Comme à chaque fois que je tuais. Je me sentais bien, j'en avais besoin. Je me demandais combien de temps il me faudrait pour tuer chacun des anciens prisonniers, mais je pensais pouvoir me retenir jusqu'à notre arrivée.
Maintenant que j'avais délimité mon territoire, aucun d'entre eux n'avait osé s'opposer encore à une sauvageonne qui pouvait éradiquer la vie avec un ridicule bout de bois. Bien. Malheureusement, il n'y avait pas de loquet dans les chambres du personnel, je devais donc grogner et mordre dès que quelqu'un essayait d'entrer. Façon de parler. Je bloquerai la porte plus tard avec un meuble, j'avais déjà presque faim et le repas du soir approchait. Dehors, le soleil rougeoyait à l'horizon. C'était un spectacle magnifique, mais je n'avais pas le temps de m'y attarder ce soir.

Cela faisait quelques minutes que j'entendais de l'agitation dans le couloir. Des hommes – il n'y avait que ça de toute façon, qu'elle horreur – courrait dans tout les sens en beuglant.

_Madame! Madame! beuglait une voix hystérique. On a des malades par ici! Ils...

Des malades? Quelqu'un a rapporté de la vermine de l'île? Bon dieu, quelle ironie! Je ricanais dans ma barbe. Ça va être drôle de voir comment cette poupée va gérer ça.

_Ils sont dans la chambre...

Je plaquais mon oreille contre le bois pour écouter plus attentivement. Apparemment, il s'agissait d'une chambre en face de la mienne, mais un peu éloignée. Proche de la cabine du capitaine... Haha.

_Regardez! Ils ne tiennent plus debouts, ils ont de la fièvre et... Ils deviennent blanc comme du linge! Vous... Vous croyez que c'est contagieux?

Je ne savais pas à qui il s'adressait, mais j'étais bien contente d'être protégée dans ma piaule. Je l'ai toujours dis: les gens n'apportent que de la merde. J'avais bien fais de voler de l'eau, Aly et moi pourrions tenir jusqu'à l'arrivée sans bouger d'ici.
Je baricadait ma porte avec un lourd coffre de rangement que je fis glisser jusqu'à l'embrasure. Il ne résisterai pas à une poussée, mais au moins, ça me préviendrait si quelqu'un tente quoi que ce soit. Je m'y assis, restant toute ouïe a à ce qu'il se passait à l'étage.

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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 22 Juin - 23:45

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Alors que je me hâtai vers la fenêtre pour vomir, Rain se poussa pour me laisser le passage. J’évacuai le contenue sanglant en trois renvois douloureux.
« T'as répondu qu'à une seule de mes questions. »
Elle se retourna pour partir.
Et merde à la fin ! Si jamais elle quitte le navire je suis fichue. Je savais bien que j’aurais dû me débarrasser de ces fichues barques comme convenu au lieu de me sauver avec. Mais ce n’était pas grave, j’allais réussir à rattraper la situation, il le fallait. J'allais prendre les devant pour être tranquille.
Je me laissai glisser le long du mur jusqu’au sol. Il fallait que je réfléchisse et vite. Que je ne prenne pas le risque de la laisser partir. Je respirai calmement. Je ne disposai pas de beaucoup de temps, mais tout pouvait encore se jouer.
Rain déverrouilla la pièce et la quitta avec la gamine après avoir jeter mon taser. Bon, au moins, elle n’était plus armée. Je me sentais un peu plus sereine.
Je sentis quelque chose d’impalpable se mettre en place et un bourdonnement sourd dans mon crâne. Une alarme... J'avais le pressentiment qu'il fallait que je trouve une solutio Je priais autant que je pus pour la coincer ici. Je fis une incantation. J’invoquai et je demandai de l’aide. N’importe quoi pour qu'elle ne bouge pas d'ici quoi qu'il arrive. Ils savaient sûrement quoi faire. C’était dans leur intérêt après tout.
Rien.
Bordel...
Je quittai la pièce et me rendis sur le pont, jusqu’au dessus des deux barques. Personne.
Je sortis mon couteau de sa gaine attaché sur ma cuisse, et, de ma main gauche, je coupai les cordes qui reliaient les barques au navire.
Cela me prit un bon moment, surtout que ma main était blessée et que j’étais droitière. Mais tout le monde était occupé à ramer ou piloter et je pus faire cela tranquillement.
Pour être sûre de ne pas me faire interrompre, je coupai toutes les cordes en même temps, allant de l’une à l’autre au fur et à mesure de mon élimage.
Quand enfin elles furent toutes sur le point de rompre, je finis tranquillement une par une.
Il ne me restait que deux cordes à couper quand El’Sha me tomba dessus.
« Mais qu’est-ce que tu fais bon sang ?! 
- Je sais ce que je fais, retourne à ton poste ! »
La mort ne m’effrayait pas. Ce qui m’effrayait par contre, c’est la damnation éternelle. Je savais bien que quoi que je fasse j’étais foutue. Mon âme reviendra tout droit à tous ces horribles démons venus d’ailleurs…
Mais mieux valait y aller après les avoir satisfait que l’inverse.
El’sha essaya de m’arrêter mais je le repoussai.
Il me fit alors remarquer que j'avais du sang sur la figure et sur le bras, suite à quoi je lui rappelai la plaie de mon index.
Au loin, j’entendis un grondement. Je ne réagis pas tout de suite. Je réalisai enfin qu’il s’agissait d’un orage qui se rapprochait. Je regardai le ciel. Ce matin il était d’un bleu éclatant, cet après-midi encore et ce soir tout au fond, de la grisaille s’annonce. Je souris.
Bon… Une tempête est loin de plaire à tout équipage, mais je crois pouvoir dire que c’était une chance inespérée en ce moment. Je remerciai tous les séculaires et surannées. Je remerciai tout ce que je pus remercier. Le ciel, les grands anciens, le destin et le hasard.
« Retourne à ton poste, j’ai dit ! m’adressai-je à El’sha. Et fais moi plaisir ; éloigne ce maudit bateau de la côte, merci. Je ne veux surtout pas que l’on puisse l’atteindre à la nage. »
Il me regarda comme si toute raison m’avait définitivement quittée.
« Dis-moi… tu as décidé de tous nous tuer, c’est ça ? Tu ne crois pas que l’on devrait accoster et faire une pause plutôt que de s’éloigner en pleine mer alors qu’une tempête approche ?!
- Je cherche juste à limiter la casse.
- J’espère que tu sais ce que tu fais... La tempête nous vient droit dessus Ancilla...
- Ne t’inquiète pas pour ça.
- Il faut rentrer les voiles et jeter l’ancre.
- Non ! m’écriai-je. Pas avant d’avoir pris le large ! Sois tu m’écoutes maintenant, sois je peux te jurer que ça va mal finir pour toi ! »
C’était peut-être égoïste de penser à moi avant les autres, mais peu importait au point où j’en étais. Nulle conscience ne pouvait sauver mon âme.
Il s’en retourna à la barre, Glenesh et Niglo rentrèrent les voiles.
Je repris mon sciage de corde. Enfin, les deux barques tombèrent à l’eau. Je m’assurai de bien les faire retomber à l’envers pour qu’elles coulent.
Ma main me faisait affreusement mal. Je rangeai le couteau.
Je regardai la côte s’éloigner de plus en plus.
Un petit contretemps, mais au moins maintenant, j’étais tranquille. Cette petite garce ne risquait pas de se faire la malle quand j'aurai le dos tourné. Je retins un petit rire. J’imaginai sa tête si elle décidai de partir…
Les nuages arrivèrent à une vitesse folle, pousser par un vent furieux.
La pluie se mit à tomber.
Le tonnerre gronda.
Elsha vint me chercher pour m’emmener à l’abri dans le sous sol.
Lorsque il me prit le bras droit pour m’entraîner, la douleur qui zébra mon bras me dit émettre une plainte de douleur. Je crois bien que ça avait empiré.
« Lâche-moi, je te suis ! »
Il m’obéit, mais regarda mon bras une fois en bas assis à la cantine. Mon poignet était gonflé, et mon biceps avait bleuit.
« Tu m’expliques ce qu’il s’est passé ?
- Je n’ai pas de compte à te rendre... » grinçai-je.
- Ne bouge pas, je reviens. »
Il partit pour revenir peu de temps après avec deux morceaux de bois et de quoi bander mon bras.
« Tu n’aurais pas dû prendre à la légère ce que je t’ai dit », me réprimanda-t-il.
Il apposa un morceau de bois dessus mon poignet et l’autre dessous, puis enroula le tout.
Il me passa un tissus noir autour du cou et plia délicatement mon bras pour le passer dedans en écharpe.
« C’est bon, t’as fini maintenant ? demandai-je.
« Alors merci, rajoutai-je sans lui laisser le temps de répondre.
- Laisse moi changer le pansement de ton doigt. »
Il le fit rapidement et je pus enfin me lever. Niglo et Glenesh étaient venus s’abriter.
Le bateau était immobilisé et la tempête se rapprochait de plus en plus. On pouvait sentir le bateau tanguer bien plus qu’en temps normal.
« C’est quoi cette histoire de s’éloigner de la côte et de balancer les barques ?! me questionna Glenesh. Tu es folle !
- Je suis peut-être folle, mais j’assure ma retraite. Je suis habitée par une survie quelque peu différente de la vôtre. »
Personne ne pouvait comprendre ce que je racontai hormis moi, et ça m’allait très bien.
 Niglo nous interrompit soudain.
« Dites, ça gueule vers les chambres… »
Personne ne tint compte de sa remarque. Et puis le problème mentionné par Niglo nous tomba dessus.
« Madame! Madame! cria une voix paniquée. On a des malades par ici ! Ils… Ils sont dans la chambre... »
Niglo alla voir.
Des malades ?! Mais était-ce vraiment le moment de s’occuper de malades ?
Non, je n’étais pas près de me reposer.
« Regardez ! Ils ne tiennent plus debout, ils ont de la fièvre et... Ils deviennent blanc comme du linge! Vous... Vous croyez que c'est contagieux? »
J’allai voir ce qu’il se passait.
Il y avait quatre hommes dans la chambre.
« Dites-moi que c’est un cauchemar... » murmurai-je.
Je ne savais plus où donner de la tête. Le vent soufflait de plus en plus fort, amenant de lourds nuages gris qui étaient bien au dessus de nos têtes maintenant.
« Que les malades restent là… dis-je. Interdiction de quitter la pièce pour l’instant. S’il y en a d’autres, qu’ils y aillent aussi. Celui qui s’amusera à quitter la chambre sera balancé par dessus bord sans préavis. Et…
Derrière moi, il n’y avait que cinq types.
« Où est le dixième homme ? demandai-je. Vous étiez dix... »
Personne ne sut me répondre.
« Vous cinq là, retournez dans vos chambres et n’en sortez pas », mandai-je.
Et où était passée Rain ? Merde, j’espérais au moins qu’elle n’avait pas réussi à se tirer à la nage. L’idée de la voir se noyer en pleine tempête me fit presque sourire, si cela n'impliquait pas quelque chose de catastrophique pour moi.
Bon. Les ennuis étaient loin d’être finis...
J’accompagnai Niglo El’sha et Glenesh en cuisine.
« Pour ce soir on tapera juste dans la charcuterie, annonçai-je. Je vous laisse tout préparer. »
Je les laissai seuls pour retrouver cette foutue furie au plus vite.
Je finis par trouver la bonne porte lorsque je remarquai que quelque chose la bloquai de l’intérieur.
Une odeur bien familière me frappa de plein fouet.
Bon, j’avais trouvé la dixième personne. Je ne savais pas ce qu’elle a été lui faire, mais je m’occuperai de ce détail plus tard. Je devais surtout m’assurer que Rain était toujours là, alors pour l’instant j’allais ignorer ce point-là.
« Rain ? appelai-je. Tu es là ? On va se dépêcher de manger avant que ce ne soit plus possible.
J’espère que tu aimes la charcuterie, parce qu’on a quelques petits soucis et on a pas vraiment l’occasion de cuisiner. Viens, on va à la cantine. »
J’attendis une réponse ou qu’elle vienne me rejoindre.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Hier à 23:22

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La voix de la capitaine me surpris. Elle croyait vraiment que j'allais sortir pendant une épidémie? Elle n'avait pas vu ce qu'il s'était passé en prison. Exactement la même maladie. Ils l'avaient contracté à cause de la trop mauvaise hygiène des cellules, et l'avait appelé... Comment déjà? La nécromia? Elle se transmettait au toucher, à la sueur et à la salive du contaminé. Les premiers symptômes aparaissaient au bout d'une heure ou deux, fatigue, nausées, pâleur, puis venait la fièvre, le raidissement des muscles, l'impossibilité de se relever. S'ils n'étaient pas soignés à ce stade, des plaques noires commençaient à ternir leur peau, l'épiderme se craquelait et la victime se nécrofiait vivante, d'où le surnom donné à la maladie. Ils mouraient ensuite. Le stade des plaques noires signait leur arrêt de mort. Globalement, de ce que j'avais pu voir, on mourrait de la nécromia au bout de 24h. Les symptômes du stade terminal se manifestaient vers la 12ème heure. Mais ça dépendait des cas. Quelqu'un de très faible pouvait en crever en 3h. M'enfin, les gars d'ici sont des robustes, j'allais devoir rester enfermée jusqu'à demain pour être sûre qu'ils crèvent tous. Puis j'aurai plus qu'à prendre le gouvernail et nous emmener, moi et Aly, à bon port. Mais pour ça, il me fallait quelques éléments supplémentaires. Je verrais ça en temps voulu.
En attendant, j'étais tiraillée entre la faim et le risque de maladie. J'hésitais un instant avant de répondre à la Détraquée:

_Je... J'ai entendu qu'il y a des malades, j'veux pas qu'Aly chope leur merde. On viendra manger après les autres. Mais euh... merci quand même pour la proposition.

Tant que je jouerais la carte de l'amabilité, elle me fera moins chier.

J'attendis que la nuit tombe pour de bon. Dehors, la lune avait remplacé le soleil, mais de gros nuages empêchait toute visibilité, et un vent fort secouait la mer. Le navire faisait de grosses embardés. Qu'est-ce qu'il se passait? Une tempête? Ah non hein! Pas maintenant! Je soupirais de frustration.
Recroquevillée dans un coin de la chambre toujours scellée grâce au coffre, je recouvris Alasan d'une des couvertures. Elle serrait sa peluche avec inquiétude, les yeux rivés vers la fenêtre. Il fallait que je sécurise au mieux la pièce. Par chance, il n'y avait aucun mobilier, à part les quatres coffres de rangement. Un à un, je poussais les trois derniers contre contre la porte. Tant pis pour le repas, il y avait plus important. J'eu un mal de chien à les faire glisser sur le parquet, déjà parce qu'il était rugueux, mais le balancement brutal du bateau m'empêchait de le faire correctement.
J'espérais de tout coeur qu'ils ne finissent pas par sauter dans tout les sens... C'est alors que me vins une idée. Ils avaient tout juste la bonne taille pour y cacher un enfant.

_Aly, viens voir s'il te plaît.

Elle s'extirpa de son coin, toujours enroulée dans la couette, mais perdit l'équilibre plusieurs fois avant d'arriver jusqu'à moi. Lorsqu'elle fut assez proche, j'agrippais son bras pour la serrer dans mes bras.

_Tout va bien allez ma puce. Tu va dormir, d'accord? Là dedans.

Je lui embrassais le front, avant d'ouvrir un des coffres d'une main.

_Tu reste dedans jusqu'à ce que je t'ouvre. Comme d'habitude. Tu sais comment on fait d'habitude?

Elle hocha la tête et, aussi rare que cela puisse paraître, me souris. Elle voulait me rassurer, alors que c'était à moi de le faire... Ahlàlà, cette petite est une perle.

_Je t'aime Aly, tu le sais hein?

A nouveau, un hochement de tête. Elle croisa les bras autour de mon cou, sans lâcher sa peluche, et je lui rendis son câlin.
La pièce pencha dangereusement, si abruptement que je faillis m'étaler avec la petiote. Les coffres grincèrent sur le bois et celui que j'avais claqua fortement en se refermant. Ça devenait de pire en pire.

_Allez ma puce, fit-je en la relâchant et prenant le drap. Là dedans.

Je le rouvris et étalais la couverture à l'intérieur, ça la protégerait un minimum des chocs. Elle s'y installa ensuite, en position du foetus, le nounours tout contre elle. Je lui embrassais une dernière fois la joue avant de fermer les loquets. Voilà, un soucis en moins.
Le couloir était déjà noyé sous les cris et les pas, des ordres étaient lancés, mais ils se mélangeaient avec les hurlements des hommes malades. Ah oui, ais-je oublié de préciser que la nécromia était très, très douloureuse? Ses muscles qui se changent en pierre et se fissurent, ce n'était pas une partie de plaisir. J'étais bien content d'y échapper. Je ne savais même pas quel était le remède que les gardes avaient employé pour endiguer la propagation... Quoique... Ils avaient tués et brûlés tous les contaminés. Peut-être que c'était ça, leur remède. Les jours suivant, il n'y avait plus aucun cas.

Une couverture sur les épaules pour me protéger du froid, je me tenais accrochée au rebord du hublot ouvert. Il n'y avait pas encore d'orage, j'imagine que c'était bon signe. Mais les vagues étaient hautes, il était possible que l'une d'elles renverse totalement le bateau. Je sentai un poids qui retenait le navire, comme si... l'ancre, ils avaient jeté l'ancre. Le bois craquait et grinçait furieusement, comme prêt à se disloque. L'ancre ne devait pas toucher le fond, et le navire ne suivait plus vraiment les vagues. On allait contre elles, se les prenant de plein fouet, et ça, ça détruirait le bateau...
Qui a eu l'idée idiote de faire ça? Il n'y avait même pas besoin d'être marin pour savoir comment marchent les forces de la gravité. Il va faloir que je règle ça avant qu'on ne crève tous avant l'heure. Tout ça parce que cet équipage n'a jamais pris la mer de leur vie... Pas plus que moi cela dit. Merde merde et remerde. Je regardais un instant le coffre d'Aly. Il n'était pas étanche et il y avait quelques trous. Ce serait carrément con qu'elle finisse à la flotte. Il fallait que j'le fasse.
Je pouvais aussi simplement hurler à travers la porte de remonter l'ancre, mais vu le vacarme, personne n'y prêterai attention.

Je délaissais ma couette pour me glisser à l'extérieur, et le vent me fouetta violement le visage, de sorte que je dû tourner la tête pour pouvoir ouvrir les yeux. M'accrochant par les bras au cordage, je progressais lentement, mes pieds glissaient constamment à cause de l'eau, et les vagues m'éclatait le dos. Je manquais de me faire emporter chaque seconde, et la dureté de la corde m'abîmait l'intérieur des coudes.
Pour gagner un étage, je profitais d'un moment de descente du navire pour attraper une des nombreuses cordes. C'était risqué, mais j'avais confiance... Je pris appuis sur le cordage et bondis. Le filin heurta ma paume, juste au moment où une autre vague se fracassa sur la coque.

Je me tenais fermement à deux mains, secouée par les turbulences, et recachais les goulées d'eau qui s'étaient engouffés dans ma bouche. Je ne voyais plus rien et j'étais trempée.
Allez... Courage, juste quelques mètres!
J'essuyais sommairement mon visage des bras, pour y voir un minimum. La tempête était bien là, ça, c'était indiscutable. Je ne savais pas s'il y avait des gens sur le pont, je n'entendais rien d'autre que le craquement du bateau et la mer qui se déchaînait de plus en plus. Il ne pleuvait pas, et le mistral aurait pu me sécher sur place si l'océan ne s'acharnait pas à revenir.

Oubliant la douleur de mes muscles trop solicités, boostée par l'adrénaline, je grimpais le cordage à la seule force de mes bras. Une fois au niveau de la barrière entourant le pont, je me laissais tomber dos sur le parquet, à bout de forces, bras et jambes écartés.
Les mouvements du navire étaient lourds, l'ancre faisait contre-poids et menaçait de nous couler à tout moment.

_Hey!!

A travers le mistral, j'entendis quelqu'un hurler. Une tête se pencha au-dessus de moi.

_Qu'est-ce que tu fais là? beugla l'homme pour se faire entendre.

Il tenait un seau d'eau à la main et le vida par-dessus bord. Je me relevais, incompréhensive, pour regarder, une main protégeant mes yeux du vent, le pont. Trois hommes s'activaient à rejetter le surplus d'eau à l'aide de seaux, gênés par la multitude de cordages, mais je ne voyais pas toute la surface. Les voiles avaient été relevés, mais nous étions toujours face aux vagues. Et ce que je craignais se produisit.
Une vague plus grosse que les autres se souleva, frappant de plein fouet le nez du bateau, et la figure de proue explosa littéralement pour venir s'écraser sur le pont. A ce moment là, tout me semblait flou. Un des hommes se fit percuter dans une gerbe de sang, entraîné par la puissance du choc jusqu'au gaillard arrière. La tête en bois avait fendu le grand mât avant de se faire éjecter, laissant une traînée de sang sur son passage.
La vague n'était heureusement pas si haute et fut séparée en deux, nous évitant de peu le naufrage. Mais j'avais perdu l'équilibre et glissé, avec l'autre gus, sur quelques mètres. Je me relevais avec difficultés.

_L'ancre! hurlais-je en reprenant mes esprits. Il faut relever l'ancre!
_Quoi? Quelqu'un a jeté l'ancre?
_Tu le sens pas? Le bateau résiste!
_Nom d'un clébard mouillé! Je m'en occupe. Toi, prend ce seau et évacue l'eau!

Il me laissa en plan avant de courir. D'un côté, ça m'arrangeait, je ne savais même pas où se trouvait la manivelle de câblage. Si ça se trouve, elle était dans la cale.
Mon héroïsme passé, et le ciel noir crachant enfin son averse, je décidais de profiter de l'agitation ambiante pour faire quelques emplettes. Je jetais le seau et me précipitais dans les escaliers. Je croisais Ancilla au passage et la foudroya du regard sans m'arrêter, quand bien même elle m'interpellerait. J'espérais au moins qu'elle tirerait une leçon de cette foutu histoire...

M'assurant de ne pas être suivie, je titubais jusqu'à la cantine, me cognant plusieurs fois aux murs en maugréant. Ras-le-cul de cette tempête. C'est amusant 5 minutes, mais là, c'est casse-burnes. J'avais de la chance que la moitié des hommes était mourrant dans leur chambre, si ce n'est pas carrément mort à cause du tumulte, et que l'autre moitié se démenait pour sauver le rafiot. Je souris en repensant au mal de mer d'Ancilla, elle allait s'évanouir pour de bon avec tout ça. Encore un soucis en moins.

Mon repas m'attendait sagement dans un placard de rangement, apparemment solidement fixé au mur, comme le reste des meubles de la cantine. Mais certaines tables s'étaient fissurées et l'une d'elle s'était carrément désossée, les quatres pieds en l'air. Y'allait en avoir pour réparation, demain...
Je pris le sac des restes de charcuterie avant de m'en retourner à ma chambre. Avec les roulements, les caisses n'avaient pas tenues contre la porte et je pu l'ouvrir facilement.
Il me fallu un certain temps avant de trouver la caisse où j'avais caché Aly. La petite me sauta dans les bras dès que j'eu ouvert la boîte, et je la serrais fort contre moi, la soulevant pour l'emmener au hamac. Je grelotais de froid, mais, sous la couverture, et contre elle, la chaleur revenait peu à peu, et avec elle toutes les douleurs que j'avais jusque là ignoré.
Blotties ensemble dans le hamac, je sentais nettement moins les remous du vaisseau, et, alors que je sentai la fatigue m'envahir, le sac de victuailles sur son dos


Notes:
 

Suite au prochain épisode...)

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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Aujourd'hui à 1:34

Call of Destiny
Rain Sword feat Ancilla


Rain n’était pas décidée à sortir manger. Tant pis pour elle. J’avais la certitude qu’elle était bien là maintenant et c’était tout ce qui comptait. Avant de repartir, je lui lançai non sans une certaine fierté :
« Au cas où tu déciderais de te sauver, je précise qu’il n’y a plus de barque, que l’on s’est considérablement éloigné de la côte et que, d’une certaine façon, j’ai provoqué une petite tempête qui ne va pas tarder à arriver droit sur nous. Alors, tu me diras, qui c’est qui détient l’autre en otage en fin de compte ? »
Je m’éloignai en riant. Bon, c’était pas le moment de relancer un conflit, mais c’était difficile de m’en empêcher. Est-ce que je devais me débrouiller de l’attacher quelque part pour plus de tranquillité au risque de renforcer son hostilité, ou bien est-ce que je devrais la laisser en liberté au risque qu’elle ne finisse par tuer tout le monde ?
Pour l’instant elle n’est plus une menace alors j’allais y réfléchir en temps voulu.
De retour dans la cantine, je récupérai le repas pour les cinq personnes non malades avec mon pauvre bras valide et le leur portai. Les autres n’étaient sûrement pas en état d’avaler de la charcuterie.
Je tapai à leur chambre, déposai la nourriture devant la porte et leur demandai de la récupérer et de refermer la porte. Je rappelai que comme pour toute bonne quarantaine, personne ne devait quitter la chambre quoi qu’il y ait.
Je rejoignis ensuite mes hommes et nous retournions sur le pont.
La tempête se rapprochai et le bateau tanguait de plus en plus fort, menaçant à tout moment de se retourner. Je me demandais si je n’avais pas fais une connerie.
Les vagues commençaient à inonder le pont, accentuant les chances de faire chavirer le bateau.
« Je vais chercher des seaux pour écoper ! » avertis-je en tournant les talons.  Je revins avec trois seaux et les leur laissai.
« Je vais chercher autre chose pour vider l’eau... »
Je repartis.
A l’intérieur, l’eau s’engouffrait et il devenait difficile de se déplacer sans perdre l’équilibre.
Je crois qu’il était inutile de chercher à retirer l’eau, il y en avait bien trop mais j’allais tout de même chercher une bassine à la cuisine.
Qu’avais-je fait ?
Alors que je quittai la pièce, Rain revenu en courant du pont. Mais qu’est-ce qu’elle trafiquait encore ? Je n’avais pas le temps de m’en préoccuper. Qu’elle reste sur le bateau et qu’elle survive, c’est tout ce que je lui demandai.
Je remontai sur le pont pour demander à tout le monde de descendre par mesure de sécurité. Il ne fallait pas que l’un d’eux finisse à la mer…
Dans le couloir, nous nous accrochions à ce que nous pouvions. Je repensai soudain à la lettre et envoyai la main dans ma poche pour vérifier qu’elle y était toujours. C’était bien le cas et je fus soulagée, mais le soulagement ne dura pas. Le papier craint l’eau et les lettres, si elle se mouillaient, allait être perdues. Je partis dans ma chambre pour ranger la lettre avec les autres et mettre le sac quelque part au sec dans un contenant de taille moyenne. Pas évident tout ça d’une seule main...
Est-ce que j’allais tous nous tuer ?
Je ressortis dans le couloir avec mes hommes. Une grosse lame secoua tellement le bateau que nous tombions tous les uns sur les autres.
El’sha se releva et m’aida à faire de même, et d’un geste protecteur, me serra fort contre lui d’un bras et de l’autre s’agrippa à un objet mural fixé solidement au mur. J’étais entre lui et le mur et me blotissai contre son corps pour me rassurer et tenter de trouver une stabilité.
C’est à cet instant que je réalisai.
Je réalisai que je m’en serais terriblement voulu s’il lui arrivait quelque chose à cause de moi.
Je me dégageai de son étreinte, déterminée.
« Qu’est-ce que tu fais ? s’inquiéta-t-il.
- Je reviens ! criai-je pour me faire entendre.
- Reste avec nous, c’est trop dangereux !
- Fais-moi confiance ! »
Je réussis à m’extraire de son étreinte et me précipitai à nouveau sur le pont. Heureusement que j’avais une bonne mémoire et que je connaissais pratiquement l’intégralité des incantations par cœur. Je réalisai que j’avais cherché à sauver les lettres, mais pas mon grimoire.
Je commençai à réciter mon incantation latine et terminai par une simple requête.
« Moins de vent ! Je veux moins de vent ! »
Je ressentis une forte bourrasque et constatai avec horreur qu’une vague de plusieurs mètres de haut allait s’abattre sur le bateau.
Je ne savais pas quoi demander de faire à mes hommes mais je hurlai aussi fort que je pus d’où j’étais :
« Accrochez-vous, je crois que le bateau va chavirer ! »
C’était la fin. Pourquoi un tel chaos ? Je n’avais pas demandé une tempête si puissante…
Je m’accrochai au premier cordage que je trouvai sous ma main.
la lame s’abattit sur moi et le bateau. La façade du bateau sembla se coucher sous mon corps, mais je sentis le bateau se redresser aussitôt.
S’il n’avait pas chaviré, c’est dans un cri que je glissai sur le pont vers la mer. J’avais lâché prise.
Oh bon sang… J’allais passer par dessus bord !
Je tapai en plein dans les barreaux de la rambarde, passai entre deux, attrapai vainement une corde qui se déroula sous ma main et tomba à la mer emportée avec moi. (Ce n’était pas plus mal car avec une seule main, je n’aurais pas tenu longtemps.)
Ce fâcheux épisode passé, la tempête perdit carrément de l’intensité.
J’entendis El’sha m’appeler depuis le pont.
« Je suis là ! criai-je difficilement. El’sha ! »
J’avais de la misère à garder la tête hors de l’eau. El’sha finit par me repérer, mais impossible de me remonter. D’une seule main, je n’avais pas la force nécessaire de m’accrocher.
« Accroche-toi je reviens ! » cria-t-il.
En effet, il réapparut après un court instant qui me parût bien plus long. Une bouée atterrit un peu plus loin dans l’eau.
« Je ne vais pas arriver à l’atteindre ! » criai-je.
A côté, Niglo et Glenesh étaient arrivés pour l’aider à me hisser.
Comment nager jusqu’à la bouée ? Le courant l’éloignait et je n’ai jamais été une bonne nageuse. Et c’est pas avec un seul bras que j’allais y arriver…
Je pris une grande inspiration et battis des jambes sans lâcher la corde. Je finis par arriver jusqu’à la bouée et me glissai à l’intérieur. Mes hommes purent me remonter. J’étais glacée.
« Pourquoi tu ne m’écoute jamais ?! » s’énerva El’sha en me secouant énergiquement.
- J’ai fait ce que j’avais à faire ! Regarde, la tempête s'est calmée. »
Je retournai dans ma chambre. Tout était sens dessus dessous, mais j’allais m’en occuper le lendemain. Pour l’heure, j’avais besoin de repos.
Repos qui fut compliqué dans un hamac mouillé avec des habits mouillés. Je finis par me relever et retourner sur le pont dans la nuit. Les voiles avaient été à nouveau hissées.
Je regardai le ciel : il était à présent parfaitement dégagé, mais il y avait toujours du vent et je frissonnais. Je n’avais plus aucun habit sec pour me changer, mais la sensation de froid disparue rapidement.
Je m’en voulais terriblement. J’ai bien failli tous nous tuer…
Les étoiles brillaient dans le ciel par milliards.
C’était beau et apaisant.
« Est-ce que ça va ? me demanda El’sha. J’étais à la barre. Le bateau a dévié mais le vent souffle dans la bonne direction.
- Ne t’inquiète pas je n’ai rien. Je suis désolée… Tout est de ma faute... »
Il soupira.
« C’est pas ça le problème. Le problème, c’est tout ce que tu es prête à faire pour lui. Monsieur ordonne, et tu obéis. Et tu mets ta vie et celle des autres en danger.
- Arrête avec ça s’il te plaît, ça devient pénible.
- Tu ne te rends pas compte ! Pourquoi tu ne lui tiens jamais tête ? Il faut vraiment que tu exécutes tout ce qu’il te demande, comme un bon petit soldat !
- Ca suffit, arrête avec ça ! Tu es jaloux !
- Mais enfin, Ancy… tu ne vois donc pas qu’il te manipule ?! Il fait ce qu’il veut de toi…
- Ne m’appelle pas comme ça, je suis ton supérieur ! maugréai-je.
Il soupira à nouveau.
« Que va-t-on faire des malades ? » changea-t-il de sujet.
Je les avais complètement oubliés…
« Je vais aller voir comment ils se portent. Voir s’ils veulent manger quelque chose… 
- Fais attention s’il te plaît... »
J’acqueciai et m’en retournai dans le sous sol. Que le vent souffle dans la bonne direction était une bonne chose étant données les circonstances…
Les malades étaient tous à terre quand j’ouvris la porte et aucun d’eux ne me répondit. Je refermai la porte. Je n’avais pas envie de me chopper une saloperie, alors je n’allais certainement pas vérifier s’ils étaient morts ou vivants.
Dans la pièce des gens potentiellement sains, les cinq personnes se plaignaient d’être malades à leur tour. Certaines me demandèrent de l’eau. Il n’allait plus rester personne. Plus que mes hommes, Rain, la gamine, et moi.
D’ailleurs, comment vont-elles ?
J’irai vérifier plus tard.
Je ne me sentais pas très bien, et j’espérais ne pas avoir contracter un virus venu de l’île. Quoi que, pouvais-je tomber malade, moi ? Je n’étais pas comme les autres… Les nausées me reprenaient. J’avais chaud. Je me rendis dans les stocks pour chercher de l’eau pour les malades. Je m’assis un instant. Il y eut un petit bruits derrière les caisses.
Et ce fut le trou noir.
Le lendemain matin, Glenesh ouvrit la porte.
J'étais toujours assise.
« Ancilla ?! s’étonna-t-il. Mais qu’est-ce que tu… Oh, bordel de merde. »
Il repartit aussitôt.
Au loin, il me semblait entendre :
« Il faut que tu viennes voir. On a un sérieux problème avec Ancilla. »
El’sha arriva précipitamment. Son regard fut empreint d’une inquiétude sérieuse.
La peau de mon menton collait.
« Ancilla ? Par tous les enfers de la créations… Mais qu’est-ce que tu as fait ?! »
Tout autour de moi, il y avait des petites formes ça et là.
Je reconnus l’odeur du sang.
Il y en avait au sol et sur mes habits, mais ce n’était pas le mien.
Ma respiration et les battements de mon coeur s’accélérèrent.
Je sentis quelques choses dans mes mains.
Je les soulevai pour regarder ce qu’elle contenait.
Un rat.
Il y avait des rats partout.
Tous morts.
En charpie.
Dévorés.
J’avais dévorés des dizaines de rats.
« Mmmm… c’est pas... possible… soufflai-je. Qu’est-ce qui m’arrive ? »
Je n’ai jamais eu autant d’écœurement qu’en ce jour, et pourtant il me fut impossible de vomir.
« Qu’est-ce qui m’arrive ? répétai-je en regardant El’sha.
Je sentis l’étau de la panique m’enserrer la gorge. Je poussai un cri de détresse.
« Qu’est-ce qui m’arrive... »
Nouveau cri de détresse.
El’sha vint s’accroupir pour me prendre dans ses bras.
« Ca va aller, je suis là maintenant. »
« Qu’est-ce qui m’arrive El’sha ? demandai-je encore. Qu’est-ce qui m’arrive... »
Je poussai un long cri plaintif en m’accrochant à lui. Je tremblai de tous mes membres et pas loin de fondre en sanglot. Mais je crois que j’étais trop choquée pour cela.
Qu’est-ce qui m’arrivait ? En cet instant j’avais peur. Peur de ce que j’étais en train de devenir.


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