Un monde dévasté à rebâtir. Ce monde est vôtre ! Explorez-le, bâtissez des villes, prenez le pouvoir, devenez puissant ! Renversez le mal ou embrassez-le.
 
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 Débarquement

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Ancilla
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MessageSujet: Débarquement    Sam 10 Juin - 22:45

Call of Destiny
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Le vent soufflait, gonflant les voiles rapiécées du navire et le poussant par chance vers le nord dans la direction désirée. Sur le pont, « l’équipage » s’activait. C’était un grand rafiot, tout de bois construit et à la proue imposante, surmontée d’une tête hideuse sertie d’orbites vides et d’une gueule béante. Nul ne savait d’où sortait cette embarcation ni son âge, mais la plupart des gens s’accordait à dire qu’il devait être déjà là bien avant la guerre. Pourtant, la quasi totalité des bateaux avait disparu depuis bien longtemps.
Loin sur la droite, le soleil se levait déjà, irisant l’horizon est de nombreux reflets cuivrés, succédant les dernières étoiles scintillantes. Il était rare d’apercevoir un ciel si dégagé par les temps qui couraient et la mauvaise saison qui approchait.
« Terre en vue ! » s’écria Niglo, la vigie.
Effectivement, l’île se profilait enfin à l’horizon, après un long voyage sur les mers. Son fort se dressait haut et droit, imposante prison semblant attendre toujours plus de détenus. Pourtant, ce n’est pas de nouveaux arrivants dont elle bénéficiera. Pas cette fois, même si les départs sont assez rares pour ne pas dire inexistants. Après des semaines en mer, nous sommes enfin arrivés à destination.
Je fixai maussade l’étendue marine éblouissante devant moi qui avait enfin une limite. Je clignai de nombreuses fois des yeux pour observer l’île, incapable de détourner le regard de ce point hypnotique. Les couleurs s’estompaient peu à peu, virant de gris jusqu’à blanc. Et puis le gris revint, un gris pâle, très pâle, et l’espace d’un instant fugace j’aperçus une fillette accrochée à une femme, et puis tout redevint blanc, le soleil m’aveuglant de plein fouet.
« Ancilla, nous arrivons bientôt.
Je vacillai légèrement lorsque je me retournai pour le regarder et pris appui sur la rambarde.
- Merci El'sha, demande aux hommes de tout préparer avant que nous accostions. »
Cette façon pénétrante qu’avait El’sha de me dévisager me mettait toujours autant mal à l’aise. Ses yeux vert-ambré me fixaient intensément, comme cherchant à pénétrer… mon âme.
« Ça va aller ? demanda-t-il soucieux. Tu n’es pas obligée de faire ça, tu sais.
- Ça va aller. 
Je m’essuyai l’œil d’un mouvement rapide, pour en déloger une quelconque poussière imaginaire. El’sha continuait à me dévisager d’un air songeur, visiblement peu convaincu par ma réponse.
« Ça va aller, je te dis. Je suis juste fatiguée, dis-je en expirant, lasse.
- Encore ces visions.
- Rien d’important, allez vous préparer. »
Une mèche de cheveux châtain ballottée par le vent retomba sur ses yeux. 
Niglo – surnommé ainsi à cause de sa coiffure ébouriffé -  ne tarda pas à descendre de son poste pour nous rejoindre et chacun se rassembla pour débarquer une fois que tout fut préparé.
« Que fait-on si ça tourne mal ? Après tout, personne n’a dû venir ici depuis des lustres… s’inquiéta notre vigie.
- Ça ne tournera pas mal. Je dirais même qu’ils seront content d’avoir des nouvelles de l’extérieur.
- Et si les prisonniers se révoltent ? Nous ne sommes que quatre et tu as l’intention d’en récupérer pas mal, rajouta-t-il.
- Avec des si on referait le monde, Niglo. Bien, allons-y. Chacun sait ce qu’il a à faire. »
Je descendis sur ces mots dans une barque et tous me suivirent, chacun seul dans l’une des quatre barques. J’ouvrai notre progression et Glenesh la fermait. Glenesh était un fidèle effacé mais fanatique, dans le genre que l’on entendait rarement parler, mais qui donnait l’impression de pouvoir vous poignarder au moindre faux pas. C’est ce que j’aimais chez lui : le silence. Il allait toujours à l’essentiel et c’était très bien comme cela.
Grand, le crâne rasé, massif et tatoué sur une bonne partie du corps, il était imposant et un guerrier redoutable. Rarement perdant au bras de fer et toujours gagnant dans l’intimidation, il ne valait mieux pas le mettre en rogne si on ne souhait pas finir sous ses poings ou sous le fil de sa hache dont il ne se séparait jamais.
Les vagues ralentissaient notre avancée mais nous finîmes par arriver devant un vieux ponton de bois à moitié écroulé que je contournai pour mettre pied à terre directement sur le sol caillouteux, soulevant le bas de ma robe afin de ne pas m’empêtrer dedans. Mes hommes n’eurent pas le temps de me rejoindre que cinq personnes armées d’arc vinrent à notre encontre.
« Nous venons de très loin, expliquai-je, du continent. C’est le chaos là-bas. 
- Du continent ? demande perplexe l’homme roux habillé de peaux et de fourrure qui nous toisait.
- Oui, la guerre n’a rien épargné, tout est détruit. »
Il consulta ses compagnons du regard.
« Et il sort d’où ce bateau ? Ça fait bien longtemps qu’on en a plus vu par ici. Le commerce et l’arrivage de prisonniers ont cessé durant la guerre, et on a vu personne depuis. C’est plutôt calme par ici, ‘voyez. Alors que venez-vous faire là ?
Voyant que les arcs étaient toujours prêt à être tendus, je préférai désamorcer la tension avant qu’elle n’empire.
« Nous venons justement vous proposer un commerce un peu… spécial. Nous n’avons pas de mauvaises intentions, baissez vos armes je vous prie. »



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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 0:23

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_Hng...

J'ouvre un oeil... Puis l'autre. Bordel... J'ai l'impression d'avoir une lance dans le dos... Il me faut du temps pour me rappeler où je suis. Dans ma cellule, évidemment. C'est le foutu cor du matin qui m'a réveillée. Comment je me suis retrouvée à pioncer dos contre le mur? Ah, oui... Mon camarade de piaule est mort, en emportant le dernier sommier avec lui. Je lève les yeux, sans oser tourner la tête, face à moi. Empalé sur une barre de bois, au milieu des restes d'un vieux lit, ce mec dont je connais même pas le nom gît encore, sûrement froid et sec. Le sang a dégouliné abondamment sur le draps. J'ai probablement perforé une artère ou deux sur le coup. Et les gardes n'ont même pas prit la peine de virer cette saleté de là de toute la nuit. J'ai dormi avec un putain de cadavre dégueulasse. Et ça commence à puer la Mort. Bah, c'est pas bien nouveau pour moi.
Pourquoi j'ai un mec crevé dans ma piaule? Parce qu'il a fait un mauvaix choix de vie. Ils – je sais pas qui exactement – ont pas cherché à diviser les femmes des hommes. Résultat, mon nouveau camarade, après la mort de la vieille que j'avais avant, s'est avéré être un rat d'égoût en rut. Il a essayé, il a morflé. Et les gardes n'ont même pas bougés le petit doigt, se contentant de ricaner en admirant le spectacle. Je sais très bien qu'ils n'interviennent jamais, ces porcs. J'en ai entendu des femmes qui, par peur de se faire tabasser, se laisse faire. Tssk.
Maintenant, je me demande si je vais vraiment devoir me coltiner un mort pour le reste de mes jours... Oh non, j'aurai qu'à dégager un type d'une autre celule. Une avec vue sur le littoral, pourquoi pas. Quoique, c'est pas comme si j'allais rester là pour toujours. Bon, ok, ça fait déjà un moment que je suis là mais...
Je soupire et me redresse doucement, faisant craquer mes articulations endolories. L'idée de reprendre une activité quelconque aujourd'hui est plutôt alléchante, suer me fera du bien. En attendant qu'un garde vienne ouvrir la porte, je me dirige vers la fenêtre. Enfin, l'ouverture qui sert de fenêtre. Une brise fraîche me souffle au visage, et je ferme les yeux, apréciant ce rafraîchissement. J'ai pratiquement pas dormi de la nuit à cause de tout ça, et ce petit vent me réveille un peu mieux. En contre-bas, des prisonniers s'atèlent déjà à la tâche. C'est l'atelier de cuisine. Ils dépècent la viande, découpent les légumes... ça paraîtrait presque bon s'ils ne faisaient pas ça les mains sales ou en ramassant les bouts qui tombent.
A l'horizon, derrière la vallée végétale en décrépitude, le soleil pointe le bout de son nez. Je souris doucement. C'est le seul moment de la journée que j'aprécie. Et à chaque fois, je me demande ce qu'il y a si on s'approche de cette boule de feu. D'autres terres, d'autres horizons... Et puis, mes pensées sont rompues par le cliqueti des clefs dans la serrure. Ma porte s'ouvre, et, comme tout les jours depuis des mois, je me retourne, prenant soin de foudroyer le garde du regard, le maudissant intérieurement, lui et tout ceux de son rang. Chaque jour un peu plus.
Il n'est pas seul, ce matin. Lui et deux autres entre sans faire attention à ma présence et ramasse le cadavre, comme si c'était une corvée comme une autre. En fait, ça l'est. Ce n'est pas le premier mort et sûrement pas le dernier. Ça les arrangent: moins de bouffe à pourvoir, moins de surveillance... Pas comme s'ils en faisaient réellement, à part pour nous donner des coups de fouet. Il y a deux jours, par exemple, un groupe de rebelles avait tenté de s'échapper. Ils avaient trouvé le moyen d'avoir un double de clefs. Mais comme je m'y attendais, ils n'ont pas fait longue route. Une battue avait été organisée à la va-vite, et leur tête avait servit d'exemple, trônant joyeusement devant la cour, remettant les pensées en place à quiconque aurait l'envie de faire de même. Ce n'était pas mon cas.
D'une part, parce que je ne fera jamais la connerie d'avoir un goupe pour ça. D'autre part, parce que... Je sais pas... Dans le fond, j'ai un peu peur, j'admet. Et si c'était pire, ailleurs?... Tssk, pas la peine d'y penser. Pas pour l'instant. Quand ce sera le moment, je le saurai.

Je rejoignis le réfectoir d'un pas lent, comme à mon habitude. Il y avait déjà quelques personnes, mais on ne se bousculait pas. La plupart des prisonniers dormaient jusqu'à midi. Je surpris certain regards haineux de la part de compatriotes. Ils avaient eu vent de la mort de leur pote, mais ils n'osaient pas me le cracher en face. Au temps pour eux, ils n'ont pas spécialement envie de le suivre dans l'au-delà.
Je me remplis les poches de viande séchée et d'un morceau de pain, avant de m'en aller. Je ne mange jamais avec ces crevards. Traversant les couloirs froids et délabrés, esquivant naturellement les planches et les briques qui n'avait jamais bougés d'un iotat, merci à la flemmardise commune, je me dirigea d'emblée à la lisière de la forêt. Grignotant en route, je me présenta finalement au poste de garde de la bûcherie. Il examina mes poches, et me fit signer une décharge avant de m'autoriser à prendre une hâche. Je n'étais pas super habillée pour ce temps, vêtue d'un t-shirt, d'un gilet en fourure, des brassards de la même matière aux avant-bras, et un pantalon de toile, resserré par des cordes. Mes chaussures étaient le seul luxe que j'ai pu avoir: des bottes basses en cuir noir récupérées sur un mort la semaine dernière. Elles étaient pas mal rayées mais n'avaient aucun trou et semblaient plutôt solides.
Sous l'égide d'un groupe de garde, je choisi un arbre ni trop fin, ni trop épais. J'avais besoin de me défouler, sans ruiner mes muscles. J'étais la première arrivée, et avait donc l'embarras du choix. La lame de ma hâche s'abati sur le tronc en écorchant le bois. Une fois, deux fois, trois fois... Et je perdi rapidement le compte, mon esprit s'envolant ailleurs.
Combien de mois que je suis là, déjà? Si ce n'est plus. Je ne sais pas. La fracture à l'arrière de ma tête est la preuve de le la malfonction de mon cerveau. Elle a laissé s'échapper plus de quatre-ving dix pour cent de ma vie. Pouf, envolé! Plus aucun souvenir. Tout ce que je sais, c'est que je l'ai eu ici, dans ces maudites ruines. Des crétins qui ne sont plus vivant pour encore en rire, avait eu le plaisir de me raconter ce qu'il s'était passé. J'avais tenté de m'enfuir. Et j'avais fait une mauvaise chute. Ils m'avaient laissée pour morte. Mais les dieux en avaient décidé autrement.

Pourquoi? Est-ce que les symboles runiques tatoués le long de mon cou jusqu'à mon bassin ont quelque chose à voir avec ma destiné? Est-ce que je croyais vraiment à ces conneries cosmiques?

Mon corps entier était en feu. Je ne savais même pas depuis combien d'heures je frappais cet arbre, mais c'est seulement le bruit lourd qui me sorti de mes réflexions. Il se fendit dans un craquement d'agonie et s'écroula, tel un mort de plus sur cette île maudite. Je respirais fortement, et mes mains tremblaient. La transpiration coulait sur ma peau en traçon un sillon de saleté. Il était temps que je prenne un bain.
Je rendis la hâche au poste et pris ma pause. Au moins, on était pas suivit comme des chiens à longueur de journée. On pouvait se balader sur l'île comme bon voulait, pour peu qu'on ne dépassait pas la zone autorisé, ni le couvre-feu.
Il était un peu plus de midi, d'après la position du soleil, et je me dirigeais au littoral. Je pris le chemin sinueux qui descendait de la falaise, et, au lieu d'aller près de la place des pêcheurs, suivit un parcours bien à moi. L'île était grande et peu de personnes avaient le désir d'explorer. A part moi.  J'avais mon petit coin tranquil qui me donnait une belle vue sur le large. Enjambant des vieilles branches qui ne résisteraient pas à mon poids, je finis par descendre un peu plus bas, m'agrippant sur la roche humide. Je manquais de crever à chaque fois que je faisais ça, puisse qu'il y avait bien six ou sept mètre de hauteur, mais j'en avais plutôt rien à foutre. Agilement, je sautais sur une grosse roche assez plate où les vagues venaient s'y écraser. Je m'y assis, et entama mon déjeuner.

Ce n'est qu'au bout de longues minutes ennuyeuses que quelque chose apparu dans mon champ de vision. Ou plutôt, dans le champs océanique. Qu'est-ce que c'était que... Curieuse, je fixais le point noir un long moment. Il grossissait de plus en plus jusqu'à prendre la forme... d'un bâteau. D'un – putain – de bâteau. Ma bouche s'ouvrit sous l'ahurissement. Sans déconner... Y'a quelque chose derrière la mer? Autant derrière la forêt je veux bien mais... J'suis conne quand même, c'est logique pourtant.
Je bondis sur mes jambes et resta là, figée sur place, attendant que le navire se rapproche, le détaillant scrupuleusement. La figure de proue était hideuse, et me laissa perplexe. Qui était à bord? Et qu'est-ce qu'ils voulaient? Ils étaient gentils? Ou bien la gentillesse n'existait vraiment pas? Ils pourraient me raconter ce qu'il y a là-bas! Oui! Je... Je dois y aller! Absolument! Il le faut, je peux pas rester là! Je... Je ferai n'importe quoi pour...
Alors que j'extrapolais grossièrement dans ma tête, je finis par remarquer qu'il se dirigeait vers la place de pêche. Les gardes ne l'avaient sûrement pas loupé. Putain... Ils seraient capable de tuer tout le monde à bord pour s'emparer du navire.
J'étais si surexcitée que je manquais plusieurs fois de tomber en escaladant la muraille, glissant bêtement. Une fois sur la terre ferme, je piquais un sprint vers la côte. Il ne me fallu pas bien longtemps pour arriver sur place, et constater que nombreux étaient déjà là, entre les gardes et les prisonniers. Je m'accroupis à bonne distance derrière un rocher, observant l'équipage descendre par le ponton. Une personne m'intrigua au premier abord. Une femme tout bonnement splendide, qui n'avait rien à voir avec ce qu'on pouvait voir ici. Plutôt grande, élancée, elle avançait avec une grâce étrange sur la terre moite. Ses cheveux longs étaient d'un noir intense qui contrastait furieusement avec la blancheur de sa peau. Un visage allongé, des lèvres pulpeuses et rougeoyantes, un regard sombre mais... rassurant, en fait. Elle portait une longue robe noire. Drôles de fringues pour une marine.
Mains sur la roche, obnubilée par cette scène inédite, j'écoutais ce qu'il se disait, le cœur battant frénétiquement.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 18:47

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« Un commerce ? De quel genre ? demanda le rouquin hisurte. Nous avons besoin de rien ici, nous produisons nos propres ressources. Et je ne vois pas ce que vous pouvez nous apporter de précieux venu d’un monde réduit à néant. A la rigueur, votre bateau pourrait bien me faire réfléchir... Car malgré tout, ici, ça reste une prison même pour nous...
- Il se trouve que le continent a besoin de main d’œuvre pour tout reconstruire et c’est pour cela que je viens à vous aujourd’hui. J’aimerais vous prendre quelques esclaves.
- Vous savez, les bons esclaves ne se trouvent plus. Et puis ils ne sont plus très nombreux ces derniers temps, il y a eu une épidémie. Qui fera le travail si je me sépare du peu que j’ai ?
- Je suis sûre que vous avez bien quelques personnes à me céder. Vous produisez peut-être votre nourriture,  vos… vêtements et d’autres bricoles, et je ne peux pas me séparer du bateau, mais je pourrais bien vous laisser quelques barques. Les terres les plus proches ne sont pas très loin, à quelques heures de là au sud-est.  »
Il parut réfléchir.
« Les barques c’est pas fait pour aller très loin… Mais au moins nous pourrions pêcher et manger autre chose que des crabes. Les poissons se font rares sur le littoral. Et pis p’t’être qu’un jour je pourrais tenter une traversée si elles se révèlent fiables. Bon… J’vous propose dix esclaves, pas un de plus, contre trois barques.
- Deux barques.
- Trois et je vous donnes les plus solides gaillards. 
- Deux barques. Et c’est moi qui choisis les personnes, c’est non négociable.
- Ouh, l’est dur en affaire la p’tite dame… Allez, c’est entendu. »
Il s’adressa à l’homme à côté de lui afin qu’il sonne le rassemblement de tout le monde sur le littoral pour que je puisse choisir les dix esclaves.
Il y eut beaucoup d’agitation et il ne fut pas chose aisée que de réunir la totalité des détenus. Ils n’étaient pourtant pas si nombreux, mais tous étaient disséminés aux quatre coin de l’île et cela prit du temps avant qu’ils arrivent tous. Lorsqu’ils furent là, j’en dénombrai d’un regard approximativement deux centaines.
« Bon mes p’tits gars, je vais faire simple. La demoiselle que vous voyez là vient de la mer avec son rafiot puant et elle voudrait repartir avec dix d’entre-vous. C’est elle qui vous choisira. Alors pas de cris, pas de larmes, pas de contestation, sinon c’est le fouet. J’espère que vous avez saisi. Il y a besoin de gens solides comme vous pour reconstruire les villes sur le continent, donc faites preuves de bonne volonté. »
L’inquiétude cernait de toute part les regards.
C’est au milieu des murmures et divers questionnement que j’établis mon choix.  
J’avais une assez bonne idée de ce que je voulais, mais le trouver au milieu de dizaines et de dizaines de têtes n’était pas évident. Je parcourais les lignes de détenus qui attendaient de connaître mon choix. Je n’avais pas droit à l’erreur. Je ne devais pas me tromper. Tout s’effondrerait si jamais je ne choisissais pas la bonne personne… L’angoisse s’emparait également de moi au même titre que ces misérables. Je ne la voyais pas.
« Séparez les hommes des femmes. »
Ma voix s’étranglait presque. Je commençais à avoir des bouffées de chaleur. De panique.
« Dites ma petite dame, on va pas y passer la nuit, si ? Vous vouliez dix hommes pour des travaux, alors choisissez vos dix connards et repartez d’ici une bonne fois pour toute.
- Il me faut une femme aussi. »
La patience de l’individu allait s’amenuisant.
« Séparez-les. Je cherche une femme particulière. »
Il beugla haut et fort :
« QUE TOUTES LES PUTAINS DE SALOPES S’ÉCARTENT DES HOMMES !!! »
J’eus un sursaut de surprise.
Les femmes, filles, et gamines se séparèrent de la gent masculine et se dirigèrent promptement sur la gauche.


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MessageSujet: Re: Débarquement    Dim 11 Juin - 23:06

PS:
 

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De là où je me trouvais, je pouvais suffisamment entendre la conversation. Cette femme cherchait des esclaves. Super, passer de prisonnier à esclave... je me demandais bien quelle était la meilleure option. Je fus surprise de constater que le rameutement ne virait pas au chaos. Même si les gardes armés d'arcs pouvaient en dissuader quelques uns, personne ne sautait sur l'occasion de fuir de cette maudite île... En y réfléchissant bien, cette idée sortit de nulle part était totalement farfelue. Et s'il ne s'agissait que d'une sorcière venue chercher des sacrifices? Ou bien d'une blague à la con pour faire passer le temps. Personne n'y croyait.

Mais moi, j'avais de l'espoir.

J'entendis un bruissement de pas derrière moi, et sentit la présence familière de mon acolyte. Alasan n'avait jamais eu de mal à me trouver, même quand je m'isolais de la sorte. Et ce, malgré son autisme grave. L'enfant s'avança jusqu'à moi et, sans la regarder, je tendis la main. Elle la saisit et vint s'accroupir à mes côtés. De son autre main, elle tenait fermement son ourson en peluche, qui partait en lambeau, un oeil et un bras en moins. Le nez enfoui dans la laine, elle me scrutait curieusement.

_Regarde, Aly, fit-je en sachant qu'elle n'en était pas capable. Cette femme va emmener des gens avec elle. Pour quitter cette terre de merde.

Je croisais son regard et lui souris.

_On va faire parti du voyage, sans besoin d'invitation. Pas question de rater cette occasion. Viens.

Sa main dans la mienne, je l'entraînais jusqu'au rivage, le dos courbé. Nous étions cachées par une muraille de roche. Elle me suivit sans contester, même lorsque sa tête dépassait à peine de l'eau. Je me retournais et lui sourit. Elle se jetterait dans les flammes avec moi sans que j'ai besoin de lui demander, mais je savais qu'elle m'entendait et me comprenait, quand bien même ses yeux se perdaient dans le vague, dans les méandres de ses obscures pensées.

_Il va falloir plonger. Tiens-toi bien à moi.

Je la plaçais sur mon dos, ses bras entourant mon cou, et examinais le bâteau. Il y avait peu de chance pour que je puisse grimper sans me faire voir, mais j'esperais bien en trouver le moyen.

_A trois. Un... deux... trois...

Je pris une grande inspiration et plongea sous la mer. Heureusement qu'il faisait jour, je pouvais voir la carrure du navire et l'atteindre rapidement. Si j'avais assez de souffle à retenir, ce n'était pas le cas d'Alasan, qui n'avait pas l'habitude. Mais je ne m'inquiétais pas. Aussi étrange que cela puisse paraître, je pouvais sentir lorsqu'elle était en danger, lorsqu'elle avait peur. Ou, dans le pire des cas, elle serait assez intelligente pour me lâcher et remonter toute seule.
Nous ateignîmes la poupe du navire et reprîment notre respiration à grandes goulées d'air, tandis que je m'accrochais au gourvernail. Sur le rivage, je pouvais voir la femme parcourir les rangées. Sous l'ordre du commandant, les hommes et les femmes se séparèrent. Je ne saisissais pas l'intérêt de faire ça, mais au moins, je gagnais du temps à la tâche.
En contemplant les voiles avec émerveillement, je m'aperçu que de nombreuses cordes étaient pendantes, portant à leur extrémité un crochet. Je ricana. C'était vraiment facile.

J'en saisi une et dû m'efforçer à soulever nos deux poids or de l'eau. Mes muscles étaient enraidit et douloureux, je m'étais trop donnée ce matin, sans compter que nous étions trempées et que mes mains glissaient un peu. En grognant, j'ateignis la rambarde et me hissa par-dessus, m'assurant que personne ne se trouvait sur le gaillard arrière. Tout l'équipage avait mit pied à terre, crétins congénitaux. Laisser un navire sans aucune surveillance...
Alasan retomba sur ses pieds et je l'entraîna vivement vers une caisse de bois, juste assez grande – et vide – pour qu'elle puisse s'y cacher.

_Tu ne bouges pas, murmurais-je, je reviens.

Je refermais doucement avant de me cacher derrière une autre, un peu plus loin, qui me laissait suffisamment d'espace pour. Je savais que je ne pourrais pas me planquer bien longtemps, mais je misais sur le fais que, quand on me trouverait, je ne serais qu'un bonus de plus à la transaction. Trouver une arme serait un plus, accessoirement. Attendons qu'un de ses clanpins se décide à passer par là, une fois que le navire aura reprit la route.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 13 Juin - 10:33

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Décidément non, il n’y avait rien à faire. Je n’arrivais pas à trouver cette foutue bonne femme. Mais où était-elle ? L’île était immense. Elle était forcément là, sinon moi je n’y aurais pas été non plus. Ça, j’en étais certaine. J’ai eu une vision très précise de ce qui était et de ce qui sera. Alors que se passait-il ? Haut dans le ciel, des Goélands raillaient, se laissant porter au gré du vent qui secouait leurs plumes et les arbres. J’avais l’impression que l’île elle même se moquait de moi.
Je sentis l’homme aux cheveux de feu s’impatienter. Quelques minutes de plus et je crois que je serai bonne pour repartir les mains vides. Enfin pas tout à fait, avec une flopée d’esclaves dont je n’aurais que faire…
Je m’adressai de nouveau à mon interlocuteur :
« Vous êtes sûr que tout le monde est là ? Il ne manque personne ? Je cher...
- Bon, on va pas y passer la nuit, j’ai autre chose à foutre, moi ! Alors j’vous laisse dix secondes pour faire votre choix ou vous repartirez avec deux barque en moins sans la moindre personne.
- On se calme. J’estime bien pouvoir choisir les esclaves. Tout le monde n’est pas là, je le sais. Ne me demandez pas comment.
- Qu’est-ce que j’en sais moi, si tout le monde a répondu à l’appel ? l’île est grande, certains se cachent et d’autres n’ont pas dû entendre, surtout s’ils sont dans les mines. Tant que chacun fait son boulot, moi, ça me va ! Alors faites-moi le plaisir de dégager de là ! »
Merde, la situation allait devenir hors de contrôle si ça continuait. Mais pourquoi rien ne se passait comme prévu ?
J’avais deux solutions, soit partir et attendre de comprendre où était le problème, soit rentrer dans un conflit en faisant du forcing. Cela ne serait pas judicieux, mais pouvais-je vraiment repartir sans elle et... l’enfant ? Ce n’était pas possible, elles étaient forcément là. Mais que faire à présent ?
Je n’avais pas le choix.
« Écoutez-moi, je vais aller droit au but. Je cherche une personne spécifique. Je vous donne une barque de plus si vous me la trouvez. 
- Mais elle va m’emmerder encore longtemps ?! Nom d’une pipe ! Vas-y je t’écoute, à quoi elle ressemble ta connasse ?!
- Elle… Je me rapprochai un peu pour parler à voix basse. Elle a la peau mat, des cheveux bruns et des yeux clairs. Une enfant l’accompagne, une enfant blonde qui ne se sépare jamais de sa peluche. 
- Jamais vu.
- MERDE A LA FIN ! » m’écriai-je exaspérée.
- J’vais envoyer quelqu’un fouiller l’île, mais ce sont les quatre barques que j’demande.
- Très bien, tant que j’ai ce que je veux ! m’énervai-je. En attendant, je retourne au bateau pour y amener les hommes. Tenez-moi au courant. Je reviendrai dans quelques heures si je n’ai pas de vos nouvelles. J’en choisis dix, je vous en rendrai deux si vous trouvez la fille et la gamine. »
Je choisis dix hommes au hasard, ceux qui me paraissait assez solides et je retournai au bateau avec mon équipage, deux barques en moins pour l’instant. J’étais dans celle avec El’Sha, tandis que Niglo et Glen était dans la deuxième. Nous étions sept par barque, les esclaves ayant été équitablement répartis. Les canots étaient plutôt grands, ce qui nous permettait d’être installés assez confortablement sans être les uns sur les autres.
« Vous deux, là. Ramez, dis-je en désignant les deux personnes les plus proches. Et pas de mauvaise blague si vous ne voulez pas finir à la mer, je ne suis pas d’humeur. »  
Je montrai sur ces mots mon tazer de contact.
« Je n’hésiterais pas à m’en servir si besoin, rajoutai-je pour être certaine de bien m’être fait comprendre. Mais si vous vous tenez tranquilles, tout se passera bien pour tout le monde. »
Les canots arrivés à bon port, nous remontons dans le bateau les uns après les autres. Je montai en première et El’sha en dernier.
Niglo, Glenesh et les cinq autres esclaves arrivèrent peu après-nous.
« Envoyez les à la chiourme et enchaînez-les, commandai-je. Le vent souffle toujours vers le nord-ouest et nous aurons besoin de ramer pour partir à contresens. Sur ce, je vais me reposer dans ma cabine. Tenez-moi au courant s’il y a du nouveau. »
J’allais m’allonger et fis de mon mieux pour me détendre, mais les mêmes questions tournaient dans ma tête.
« Pourquoi… Qu’est-ce que j’ai raté ? »
Mes yeux se fermaient de sommeil.
L’océan se matérialisa lentement. L’eau paraissait grise, sans vie. Un océan poussiéreux. Au loin, une chose indéfinissable. Difficile à distinguer au vu de la distance, mais elle se rapprochait petit à petit, flottant au dessus des eaux. Une immense créature sombre, informe et gesticulante. Grouillante. L’eau tout autour sembla frémir et, petit à petit, le gris vira au rouge vif, le rouge vif au brun pâle puis l’eau devint noire. Une mer de sang coagulé. L’eau qui frémissait redevint calme et des cadavres remontèrent à la surface. Des rafales de cendre s’abattait vigoureusement sur moi.
Le suranné était presque à ma hauteur lorsque une exclamation sur le pont me tira de mon rêve et me fit bondir hors de ma couchette. Quelques secondes plus tard, El’Sha ouvrit la porte.
« Ancilla, il faut que tu viennes voir. On a trouvé quelques chose qui devrait t’intéresser... 
- J’espère que c’est plus important que le message que je m’apprêtais à recevoir », déclarai-je maussade.
Je me dirigeai d’une démarche incertaine vers la porte, El’Sha me précédant. Sur le pont, j’eus une surprise de taille. Je m’attendais à tout, mais pas à cela.
Devant moi se tenaient deux personnes. Une femme et une fille. La surprise parcourut longuement mon visage. Puis je constatai que le vent avait tourné – dans tous les sens du terme, j’ai envie de dire - dans la bonne direction. J’étirai un faible sourire fatigué.
« Levez les voiles, on s’en va. 
- Bien, acquiesça El’Sha. Et que fait-on des filles ?
- Oh… Trouve leur une cabine confortable, le voyage va être long. Et allez faire souquer les autres que l’on reparte au plus vite. »
Je ne savais pas comment elles étaient arrivées là, mais peu importait. J’avais réussi ma mission.

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Rain Sword

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MessageSujet: Re: Débarquement    Mar 13 Juin - 18:16

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Le temps se prolongeait indéfiniment et, sous le porche, cachée du soleil, je n'arrivais pas à savoir l'heure qu'il était.

Patience… comme on dit, la patience est la mère de toute les vertues. Ou quelque chose du genre. Je sais pas quel guignol a inventé ce proverbe mais j'ai horreur d'attendre. C'est stressant. Des choses se passe autour de toi et tu peux pas savoir quoi. Tu laisse le cours du destin poursuivre sa route et tu te retrouvera en travers comme une arrête de poisson dans la gorge.

J'ai vraiment horreur d'attendre. Et paradoxalement, je suis une femme extrêmement patiente.

Assise au fond de ma cache, les bras entourant mes genoux, j'attendais le retour de l'équipage. J'étais à la fois stressée et surexcitée. C'est la première fois. Enfin! Je vais enfin pouvoir quitter ce monde de merde… découvrir qui je suis… découvrir qui ils sont… eux qui ont façonnés nos terres, ce monde, ces horreurs. Comment est-ce, dehors? Est-ce que je l'avais su un jour? J'imagine que oui. Ou alors je suis vraiment née en prison… non, c'est pas possible. Je viens d'ailleurs, j'en suis sûre.
Et Alasan? Cet immense tatouage runique qui lui couvre tout le dos est presque semblable aux miens.  D'où il vient? Qui lui a fait? Dans quel but?

Je souris d'excitation. Toutes ces questions ont enfin une chance de trouver réponse. J'ai tellement hâte de partir loin, ô combien loin!

Le clapoti régulier des vagues qui se rapprochaient m'indiqua que les barques étaient de retour. Ah! Je relevait le nez, à l'écoute. Les hommes débarquèrent sur le navire. Les esclaves avaient été ramenés? Ils devraient pas tarder à mettre les voiles, dans ce cas.
J'entendis la voix de femme ordonner des instructions à ses hommes. Les esclaves étaient donc bien là. Elle comptait s'en servir comme rameurs uniquement? J'étais bien contente d'y échapper. J'ai suffisamment de force pour un tel boulot mais il est hors de question que je finisse ma vie dans ce vieux rafiot. Encore moins pour Alasan. Elle mérite un avenir meilleur, un que je n'ai pas pu avoir.

Il fallut encore quelques minutes pour que tout le monde fût à bord. J'osais un regard de derrière la caisse, mais n'y vit pas grand chose, à part la floppée d'esclave. Ils decendèrent à l'intérieur du bateau.
Je ne comprend pas, la capitaine - puisse qu'elle a bien l'air de leur chef - ne veut pas partir tout de suite? Qu'est-ce qu'elle attend?
Je fus un instant prise au doute. Et si je devais m'emparer du navire en prenant leur capitaine en otage? Ils obéiraient? Tssk, j'suis pas sûre. Et j'arriverai pas à gérer Aly en faisant ça. Oh, et, surtout, je devrais pas être aussi prétentieuse, moi qui n'a toujours aucune arme. Je soupirais et me recala au fond de mon trou. Au moins, je n'avais pas froid. Il faudra que je trouve quelque chose pour la petite, n'empêche. C'est pas elle qui viendra se plaindre d'avoir froid, ou même faim. Je pense que je vais attendre la nuit avant de bouger.

La capitaine était descendue, ils ne restait plus grand monde sur le pont, ce qui me réjouis. Mais ça ne dura pas longtemps.
J'entendis le grincement familier du bois d'une caisse qu'on ouvre, tout près de moi. Mon coeur manqua un battement.

_Qu'est-ce que… entendis-je.

Merde.

Je bondis hors de ma cachette pour me jeter sur le type le plus proche. Ils étaient deux, et celui qui se reçu mon poing dans la mâchoire n'a rien eut le temps de voir venir. Assomé, il se ramassa sur le parquet.
Je hurlais de rage en me jetant sur le deuxième, prête à l'envoyer au tapis aussi, mais il m'esquiva en attrapant mon poignet, et exerça une rotation tout en me balayant la jambe d'un coup de pied. Je perdis l'équilibre, mais effectua une roulade pour ne pas m'éclater par terre (vive l'entraînement intensif sur une île perdue). Dans le même mouvement, je me relevais agilement, et reprit l'assaut d'un coup de talon sur son visage. Il ne s'attendait sûrement pas à ce que je sois sur pied aussi rapidement et se le prit en pleine poire. Je n'entendis pas le craquement familier d'un os qui se brise, mais ne lui laissa pas l'occasion de s'en remettre et attrapais sa nuque pour l'abaisser et le neutraliser d'un coup de genoux sur le torse. Comme son compère, il s'écroula, du sang s'écoulant de sa bouche.

Notre prise de bec n'était pas passée inaperçue et un troisième homme, probablement celui qui était descendu quelques instant plus tôt, accourais vers moi en m'injuriant. Je reculais jusqu'à la caisse, vérifier si Alasan y était toujours, avant de m'emparer d'une hâche que l'un des matelots avait fait tomber. En relevant le visage, un flash blanc me brouilla la vue, avant que je sente ma tête percuter le parquet. Une douleur lancinante me vrilla le cerveau et je mis du temps à comprendre ce qu'il m'arrivait. Les deux hommes s'étaient redressés et le dernier, plus rapide que je ne l'avais pensé, m'avait fichu un sale coup sur le crâne.
Ils me tirèrent fortement par les bras pour me relever, mais mes jambes ne me supportaient plus vraiment. Ma tête se dandinait douloureusement et je fermais plusieurs fois les yeux, espérant que tout cesse de tourner.

_Hnn… Aly…

Les voix qui jusque là n'avaient pas de sens pour moi, se firent soudainement plus claires. C'était celui en face de moi qui braillait, apparemment pas très content que je me sois occupé de ses deux camarades.

_Tu te calmes oui?! Comment tu t'appelles?

Je secouais la tête pour reprendre mes esprits, et me débattre faiblement. Je ne leur répondis pas tout de suite, grognant comme un fauve. Si je voulais qu'il me gardent à bord, il fallait coopérer.

_…Rain.

Je tournais la tête pour voir la frimousse d'Alasan dépasser à peine de la caisse. Elle s'inquiétait, mais son regard était dirigé vers le sommet d'un voile, ses petites mains agrippées au rebord.
Les hommes suivirent mon regard et l'un d'eux me lâcha pour s'approcher d'elle. A mon grand étonnement, il se comporta comme s'il était face à un petit animal sauvage. Il avançait doucement, une main tendue devant lui, comme s'il avait peur qu'elle s'enfuit.

_Tssk. Elle ne viendra pas. Elle ne comprend pas ce que tu lui dit.
_Est-elle sourde?
_Non.

Toujours méfiante, mais calme, je me massais la mâchoire endolorie. Un peu mieux visé et je me serais pas relevée de si tôt.

_Elle est autiste. Et ne l'approchez pas. Elle mord.

Je souris. Ce n'était pas tout à fait vrai, mais il lui était déjà en effet arriver de mordre jusqu'au sang un homme trop louche à son goût. Pile à la jugulaire. Et je ne me souviens pas lui avoir retiré le morceau de chair de la bouche.
L'homme préféra ne pas prendre de risque et s'en retourna. Il récupéra la lourde hache et la fit tournoyer un instant.

_Prend la. Et gare à vous si vous essayer de vous échapper.

L'autre matelot me libéra et attrapa l'arme au vol. Je vins à la rencontre de ma fille, déposer un baiser sur son front, pour la rassurer.
Je n'avais pas du tout l'intention de m'enfuir, bien au contraire.

_D'où venez-vous? me questionna l'homme à la hache tandis que son ami s'essuyait en grimaçant.

S'il ne faisait pas quelque chose rapidement, il serait défiguré à vie. Mais visiblement, l'idée n'avait pas l'air de trop le déranger.
Je soulevais Aly et la gardait contre moi, ses bras entourèrent automatiquement mon cou. Je surpris son regard scruter le mien. Je lui souri. J'avais l'impression de pouvoir lire dans ses pensées.

_Je sais, c'est pas vraiment ce que j'avais prévu. Mais je vais bien. T'en fait pas. On s'en ira loin d'ici. Très loin. Rien que toi et moi.

Et ses yeux me quittèrent.

_D'où viens-tu? s'impatienta l'homme. De la prison?

Je hochais la tête, retenant mon souffle. S'ils avaient l'intention de me ramener, je les tuerai.
Mais ils s'échangèrent un regard et l'un d'eux, ne me demander pas lequel, ils se ressemblent tous pour moi, esquissa un geste du menton à son compère.

_Va chercher Ancilla, je les surveille avec Niglo.

Et il disparu aussi rapidement que l'ordre lui avait été donné. Je restais immobile, la petite contre moi, observant les deux seules personnes présentes sur le pont.
Ce serait tellement facile de les tuer… de les tuer un par un. Je suis persuadée que les prisonniers en seraient même ravis. Heureusement qu'ils sont d'ailleurs assez stupides pour ne pas avoir remarqué qu'ils ont l'avantage du nombre face à l'équipage. Cela dit… je ne connais pas particulièrement l'étendue de puissance de ces hommes. L'autre type a réussi à me contrer avec technique, et ils sont certainement plus fort que moi. Quoique. A tester. Après des années à façonner mes muscles à la bûche et à avoir cogné au moins l'intégralité des hommes de l'île, je pense avoir mes chances.

Mon hésitation fut rompue par l'arrivée de la capitaine. Je posais Alasan au sol tout en la gardant près de moi, et dévisageais l'étrangère de plus près. Comme ma première impression, je la trouvais captivante. Il y avait quelque chose en elle de différent des autres, de tout ceux que j'ai connus jusqu'ici. Mais quoi? Son regard me destabilisa quelque peu. J'avais la nette impression qu'elle me connaissait déjà.

Un petit sourire s'étira sur ses lèvres colorées. Je discernais les traits de fatigue sur son visage, mais resta muette comme une Aly. D'autant plus quand elle exigea une chambre d'hôte pour la petite et moi. Sérieusement?
Je fronçais les sourcils d'apréhension, mais ne rétorqua pas, jetant un oeil aux hommes que j'avais pour le moins très mal rencontrés.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Jeu 15 Juin - 23:16

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El’sha me regarda un instant incrédule.
« Par contre je ne suis pas sûr que l’idée de la cabine soit judicieuse. C’est une folle furieuse, elle n’a rien cherché à comprendre et nous a sauté dessus dès qu’on les a repérées. Elle est dangereuse... Il a fallut la maîtriser pour qu’elle se calme.
- Hum… expirai-je dubitative.
J’avais quelque peu l’esprit embrumé, comme s’il voguait loin, très loin d’ici. A vrai dire, j’étais ailleurs et assez préoccupée par la suite des événements. Trop préoccupée pour me préoccuper de ce genre de détails.
« Enchaînez-les avec les autres, alors… me ravisai-je d’un air absent. Nous verrons demain si notre amie s’est calmée et quoi faire d’elles. »
Niglo préféra remonter pour retrouver son poste d’observation plutôt que d’expliquer quoi que ce soit. Au loin, une baleine recracha bruyamment de l’eau de son évent avant de replonger dans les profondeurs marines.
Je regardai Glenesh. Puis à nouveau El’sha. Les deux hommes étaient assez tendus et je pouvais deviner aux marques sur leur visage qu’il y avait eu une belle bagarre. Si je ne pouvais plus m’absenter cinq minutes sans que ce soit le chaos… Ah, le Chaos. Parlons-en.
Je fis quelques pas en direction de la femme et m’arrêtai un instant pour la regarder attentivement.
« Rouge… C’est primaire, comme couleur. »
Je posai mes mains sur mes hanches. Défiante, autoritaire aussi. Ici, c’est moi qui commandais et elle allait vite comprendre qu’il ne fallait pas me contrarier. J’attendis quelques secondes de plus puis sortis vivement mon taser de la ceinture de ma robe pour lui administrer une belle décharge dans la poitrine. Elle s’écroula sur le sol. Je fis signe aux hommes d’aller l’enchaîner avec les autres et j’adressai un petit sourire discret à la gamine qui allait suivre.
Pas de réaction.
Ennuyeuse à mourir…
Un cadavre serait plus expressif. M’enfin, tant qu’elle me permet d’atteindre mon objectif...

« C’est dommage, je ne voulais pas que ça se passe ainsi… expliquai-je sincèrement déçue, une fois que ladite folle furieuse fut remise du choc. Mais je ne plaisante pas. Tu as préféré venir par tes propres moyens ici et peu m’en chaut que tu sois là de gré ou de force, mais de ce fait tu n’as pas pu prendre connaissance de ma sommation sur la barque qui stipulait de se tenir tranquille. J’espère que tu as bien compris le message car je n’hésiterai pas à recommencer autant de fois qu’il le faudra. Nous ne sommes pas tes ennemis. Nous allons faire un bout de chemin ensemble, il serait donc dans l’intérêt de chacun d’arriver à nous entendre. Est-ce clair ? »
Les hommes l’emmenèrent ensuite rejoindre les autres en bas, quant à la gamine, elle avançait aux côtés de sa tutrice de laquelle elle ne tenait visiblement pas à être séparée.
Glenesh et El’Sha remontèrent assez vite et sans encombre cette fois. Bon ! J’allais peut-être enfin pouvoir me reposer, même si ce terme était assez relatif en ce qui me concernait. Et puis réfléchir à la suite.
« Elles sont bien installées ? m’enquis-je, comme si on pouvait se sentir confortablement assis enchaînée dans la chiourme.
- Autant que faire se peut, répondit El’sha d’un ton aigri, remarquant sans doute l’absurdité d’une telle question.
- Bien, alors je retourne me reposer. Sauf urgence, ne me dérangez plus. J’irai faire un tour du côté de nos esclaves ensuite pour voir comment cela se présente. »
Je les laissai aux commandes du navire et descendis dans ma cabine pour m’allonger.
Humf, ça se met à tanguer… Je me demande ce qu’ils foutent, là-haut… m’étais-je demandé agacée, un haut le cœur me saisissant les entrailles. A croire qu’ils le font exprès, ces abrutis ! 
Il ne me fut pas possible de retrouver ni sommeil ni contact dans de telles conditions, alors après avoir été ballottée de droite et gauche avec l’impression d’être une pauvre caisse sur le pont d’un bâtiment en pleine tempête, je me relevai finalement. J’allai m’asseoir un instant devant le miroir de la coiffeuse. Je me trouvais inquiétante. Terriblement effrayante. Mes cernes étaient d’un noir charbon et ma peau plus blanche que celle d’un revenant. Un revenant… Je me frottai les yeux, puis je me décidai à ouvrir un tiroir à la recherche de mes produits. Pas grand-chose, il m’était de plus en plus difficile de me rendre présentable sans maquillage décent. Malheureusement, cela devenait compliqué d’en trouver et de m’en procurer. Je me passai un peu d’eau sur le visage pour le rafraîchir. J’avais une mine et un teint épouvantable. J’avais une lotion à base de café assez vivifiante et j’en imprégnais ma peau en guise de fond de teint, en insistant au niveau des paupières et des cernes. Pas de miracle, ma peau était toujours aussi blanche et cernée, mais au moins elle paraissait moins cadavérique. L’odeur ne m’incommodait pas, c’était déjà ça. Je passai un rapide coup de brosse dans mes cheveux noirs et fixai rapidement mon reflet, incertaine, avant de remonter sur le pont. Et si j’échouais, si je me trompais… Qu’allais-je devenir ?
« Je vais voir comment ça se passe à la chiourme, avertis-je mes hommes en tentant tant bien que mal de me donner une contenance.
Mais au fond de moi, le doute m’habitait. L’angoisse. La peur.
- Sois prudente », me recommanda El’Sha sans lâcher la barre.
Il m’aurait accompagnée si nous n’étions pas si peu nombreux aux commandes. Je le sais.
Glenesh qui s’occupait des voiles ne me prêta pas attention. Il se contenta juste de dire
« Va falloir les faire ramer, le vent change encore de direction. »
Je retournai donc voir les esclaves.
A chaque fois que je prenais cet horrible et grinçant escalier de bois, j’avais l’impression qu’il allait s’écrouler sous mes pieds. C’était d’un désagréable…
Je me rendis au bout du couloir et ouvris la porte.
« Me revoilà, saluai-je douze personnes enchaînées. Vous devez vous demander pourquoi vous êtes là. Je vais déjà me présenter : Je m’appelle Ancilla. Comme je l’ai expliqué déjà sur l’île, la guerre a tout détruit. Mais maintenant qu’elle est finie, nous avons besoin de main d’œuvre sur le continent pour tout reconstruire. Nous vous traiterons bien, vous nourrirons décemment et vous procurerons tous les soins nécessaires. Quand le travail sera fini, vous serez libres. Vous n’êtes plus des esclaves. Si j’ai dû vous faire enchaîner, c’est parce que je n’ai pas eu le temps de vous présenter les choses plus tôt et que je ne voulais pas prendre de risques. Mais nous allons repartir sur de bonnes bases. En échange, je vous demanderais de bien vouloir vous intégrer à l’équipage et d’éviter toute mutinerie, sous peine de passer par dessus bord. Si vous avez bien compris et que vous vous montrez conciliant, je vais pouvoir vous détacher. Des questions ? »
Il y eut quelques murmures et soupirs de soulagement, mais aucune personne ne se montra hostile. Après tout, ils avaient bien gagné au change. Je détachai un à un les gens et il n’y eut toujours aucun soucis.
« Bon, maintenant par contre, il va falloir ramer. Pendant ce temps, nous, nous allons nous occuper du déjeuner et nous pourrons tous manger lorsque le soleil sera au dessus nos têtes. »
La femme et l’enfant, tout au fond, elles, resteraient attachées jusqu’à nouvel ordre. Je comptais bien avoir une discussion avec la furie avant. Lorsque tout le monde sera occupé à manger sur le pont. Moi, je n’ai pas faim. J’ai une lame qui me retourne l’estomac.
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MessageSujet: Re: Débarquement    Ven 16 Juin - 20:19

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Ah! M'enchaîner avec les autres. Ben voyons… pas si rassurante que ça la peau de vache. Je reposai Alasan au sol pour protester, foudroyant celui qui avait râlé.

_T'avais qu'à pas t'approcher de la p'tite!

Je grommelais et croisais les bras. Folle furieuse… moi! Je le serais pas si ce monde n'était pas remplit et gouverné par des hommes! Enfin monde, pour peu que je sache, mon île, déjà. Mais rien que ça, c'est suffisant pour retourner à l'état bestial. Des mâles partout, même sur ce rafiot. Quelle femme est-elle pour vouloir s'accomoder de crapules de cette espèce? Ce qui m'étonne, c'est qu'elle en est la chef et visiblement, ils la respectent…
J'arquais un sourcil lorsqu'elle baragouina une phrase que je ne compris pas, tout en m'approchant avec un drôle d'objet rectangulaire serti de deux pointes de métal. Je n'avais jamais vu ce genre de chose. Braquée, je marmonnais:

_Qu'est-ce que c'est quWAARGH!

Une violente décharge rongea mes nerfs des pieds à la tête, me raidissant brutalement avant d'être secouée de tremblements compulsifs. Ce fut bref, et je m'écroulais sur le bois, cherchant vainement une respiration alors que mon coeur battait furieusement et anarchiquement. Merde, je suis en train de mourir. Je vais mourir… Je…
Mais les symptômes disparurent aussi vite qu'ils étaient arrivés, et, recroquevillée en gémissant, j'essayais de me raisonner. Les yeux ouverts, je mis du temps à comprendre ce que je voyais. Mon rythme cardiaque assourdissait mes oreilles et je senti mon corps s'écarter du sol.
Nom d'un dieu, putain… c'était quoi cette merde? Mais ma bouche était sèche et tout ce que je pu faire, c'était tenir mollement sur mes jambes tandis que les hommes me soutenait hostilement. Mon corps entier était lourd et contracté…
Mon cerveau se remit à fonctionner correctement et, en face de moi, la détraquée de capitaine s'arguait de propos qui mettaient un certain temps de latence à êtres captés.
Non mais facile à dire, de faire des menaces à l'autre bout de la mer et prétendre que je les respecte pas! Elle vaut pas mieux que tout ces pourris de l'île… dans quoi je me suis embarquée encore…

Je jetais un oeil à Aly. Elle me regardait avec le même flegme habituel mais je distinguais son inquiétude. Elle était tendue et n'attendait qu'un mot de moi pour s'emparer d'une arme et tuer l'un d'eux. Je ne ferai jamais ça, elle se ferait tuer aussitôt. Mais son soutient m'apaisa. Je lui souris brièvement avant de me tourner vers la Détraquée, et le regard noir de reproches, je grognais:

_Compris.

Ils m'emmènerent à la soute avec les autres esclaves, tous déjà installés et attachés. Lorsqu'ils me virent arriver avec l'enfant, un capharnüm d'acclamation et de rires m'assaillit. Seulement quelques paroles me parvenait.

_Bien joué les mioches!
_J'aurai parié celle-là!
_Hahaha! Allez, poses tes fesses qu'on t'accueille comme il faut!

Je tressailli, ne comprenant pas pourquoi j'avais droit à autant de considération. Je fus menottée sur un des bancs, tout au fond de la cale, alors que tout les regards étaient encore rivés sur moi, la seule femme de toute cette unité. Alasan subit le même sort, avant que je l'incite à s'assoir à côté de moi. Je gloussais.

_Peur d'une gamine? me moquais-je.

Ils renacla avant de s'en aller avec son compère, nous laissant seule avec tout ces gueux qui ne cessaient de me charier. Contrairement à d'habitude, je n'avais pas l'impression qu'ils étaient méchants, mais réellement amusé de me voir avec eux alors que je n'avais pas été choisie, vu que j'avais déjà gratté mon passage. Je leur répondis d'un sourire fier:

_J'allais pas rater mon billet pour la liberté!
_Quelle liberté? répondit un jeune homme à la chevelure crépue et emmêlée de feuillages. Esclaves sur une île ou esclaves sur un navire, quelle différence ça peut bien faire!
_Vous n'aviez qu'à vous battre, répliquais-je d'un ton hargneux. Ils ne sont que quatre, je m'en suis fais deux à moi toute seule. Bande de poltrons!
_Ha! beugla un homme dont il manquait pas mal de dents. Facile à dire pour toi qui est jeune et en bonne santé! On commence à fatiguer, nous autres!
_Parle pour toi, vieillard! lança un autre. J'ai travaillé longtemps dans les mines, je saurai éclater des têtes comme j'ai éclaté des roches!

Le débat fut parti et tous se mirent à parler en même temps. Je ne savais pas si j'avais réussi à provoquer une mutinerie, mais je souriais. Si j'arrivais à les manipuler suffisamment, même par des mensonges, nous pourrions prendre ce bateau pour partir au gré de nos envies. Vers notre liberté.

Je testa la solidité de mes chaînes. Elles étaient lourdes et bien ancrées, c'était inutile. Alors j'observa la grande pièce. Elle était vide, à part les bancs et les barres des rames. Les ouvertures laissaient abondamment filtrer la lumière du jour et je me pencha à celle que contenait ma rame pour contempler l'océan. On n'y voyait pas grand chose tant l'ouverture était étroite, mais une petite brise marine me souleva les cheveux. L'odeur de la mer était un vrai plaisir pour moi. Elle signifiait l'au-delà, me rappelait qu'il y avait un monde derrière l'horizon et me gonflait de bien-être. Je pris Alasan dans mes bras et déposa un baiser sur sa joue, la gardant tout contre moi. Sa peluche était toujours en main, mais encore trempée.
Dans la salle, la discussion commençait à se calmer. Je cessais de tergiverser sur un plan d'évasion ou de contrôle du bateau lorsque le battant de la porte claqua en s'ouvrant, faisant taire l'assemblée, et laissant passer notre chère capitaine, Ancilla la Détraquée. Ah, si elle savait que je l'appelais comme ça! Je pourrais même lui trouver un petit nom encore plus évocateur. Tssk. Je me massais l'estomac d'apréhension, le souvenir de la décharge me faisant frissonner.

Lorsqu'elle annonça le pourquoi de la venue des prisonniers, j'étais sceptique. Je n'étais d'ailleurs pas sûre de savoir de quelle guerre elle parlait. Ni de cette histoire de travail. Est-ce qu'on allait gagner de l'argent? Ou bien on était esclave jusqu'à fin des travaux, puis libérés ensuite? Ou bien faisons nous parti de l'équipage? Reconstruire quoi exactement? Parce que, si c'est un champs de ruines, on en aurait pour des années. Et dans ce cas, ce n'est qu'un mensonge de merde pour nous garder par notre propre volonté, avec un espoir vain. C'est tellement louche… Les voix proches de moi se posaient à peu près les mêmes questions, mais ils semblaient aprécier l'issue de l'histoire. Pour ma part, je m'en fichais. Ça ne me concerne pas. J'ai bien l'intention de mettre les voiles, sans mauvais jeux de mots, dès que l'occasion se présentera.

Des têtes se hochèrent et la capitaine s'occupa de nous détacher un à un grâce à un trousseau de clefs. Lorsqu'elle passa à mon niveau, elle m'ignora délibéremment, ne daignant même pas croiser mon regard. Sérieusement? Je fis claquer mes chaînes en désaprobation, la machoire serrée. Si elle me délivrait pas, ça s'annoncerait mal pour mon plan d'évasion. Je ne comptais déjà plus sur la mutinerie, mais là, j'étais clairement pas au même rang que les autres. Prisonnière un jour, prisonnière toujours, hein.

Elle s'en alla dans toute sa bourgeoisie de femme en robe, et une voix masculine s'éleva peut après.

_Pas de fouet, pas de gardien, et un repas décent qui nous attend, c'est plutôt une bonne chose non?

Des acquiescements le ponctuèrent.

_Alors, ramons!
_Et ta soeur, grognais-je à voix basse.

Alors qu'ils s'activaient tous comme un seul homme, je rongeais mon frein, tapant frénétiquement du pied. Mais je ne rétorquais rien, j'avais bien trop peur qu'ils ne se décident à me passer à tabac pendant que j'étais encore attachée, à leur merci. Encore heureux qu'ils n'en avaient pas l'idée pour l'instant. Qu'ils m'oublient.

Je sentais le bateau tanguer au gré des vagues et nous avançions lentement. Les rames claquaient et fendaient la mer avec un acharnement qui ne leur ressemblait pas. L'espoir leur donnait des ailes, eux qui n'étaient que fantômes dans les ruines de la prison. Ils semblaient empreint d'une nouvelle vitalité, heureux de ramer pour fuir leur sombre destin. Et moi… moi je suis là, les regardant faire sans porter coup de main. De toute façon, j'étais au fond, ils ne le remarqueront pas tout de suite, mes voisins de droite étant trop occupés à regarder dehors.

Je soupirai et détailla Aly. Elle était fatiguée. Avait-elle mangé? Je commançais moi même à avoir faim. J'espère au moins qu'ils nous laisserons aller à la cantine… ou juste Aly. Je sais qu'elle sait se débrouiller pour manger parfois, mais je doute qu'elle avale toujours des choses comestibles.
Je fouillais dans mes poches et dégota, avec joie, un morceau de viande séchée, plutôt humide. Je le tendis à Alasan qui le pris d'une main pour le mâchouiller distraitement. Comme ça au moins, elle pourra tenir jusqu'à ce que je lui trouve un vrai repas.
Je m'adossais au mur et, rêveusement, attendis que le temps passe.
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Ancilla
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MessageSujet: Re: Débarquement    Ven 16 Juin - 23:24

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Glenesh m’accompagna en cuisine pour éplucher les patates. Il allait bien en falloir plusieurs kilos pour nourrir tout le monde, c’est pourquoi El’sha envoya l’ancre pour venir nous aider – après avoir prévenu nos petits invités qu’on faisait une pause. Nous n’étions pas trop de trois pour éplucher les trois kilos de pommes de terres.
« Nous avons assez de poisson pour tout le monde ? demandai-je.
- Oui, me confirma El’Sha. On a de l’espadon et tout un tas de petits poissons.
- Parfait. »
Je fixai la lame de mon couteau qui dénudait la nourriture. Je la faisais tourner tout autour. Et si tout se passait mal ? Si jamais ils comprenaient ce qui les attendait vraiment au bout de ce voyage et que ces idiots faisaient tout capoter ? Ce n’est déjà pas facile d’avoir de tels desseins, mais je sens que je vais avoir bien des bâtons dans les roues. La lame courait. Et si l’un d’eux décidait de se rebeller ? Je croisai furtivement le regard rassurant d’El’Sha. Et si tout le monde se rebellait ? La lame pelait.
Et si au bout du compte j’y parvenais mais que…
« Arrête de te tourmenter, me soma El’sha. Tout va bien se passer. »
Je relevai les yeux sur lui.
« Faut l’espérer. »
La lame épluchait.
« Ancilla... »
Si tout cela ne rimait à rien. Si je n’obtenais pas ce pourquoi je fais tout ce…
« Ancilla ! »
Merde ! Le couteau venait de déraper sur mon index et voilà que je pissais le sang. Manquait plus que ça…
Glenesh se leva et sortit de la cuisine.
« Laisse les pommes de terres et va te reposer, me recommanda El’Sha.
- Laisse-moi tranquille... »
L’entaille était profonde. Impossible de continuer le déjeuner sans répandre mon sang sur la nourriture, alors je posai finalement mon couteau et portai mon doigt à la bouche. Une chance que je n’avais pas sectionné nerfs et tendons. Mais la douleur était atroce.
Glenesh revint avec la trousse à pharmacie et me tendis un bandage et une bassine avec de l’eau de mer pour désinfecter la plaie.
Je coupai un morceau de la bande pour panser mon doigt. Il fut presque instantanément rouge.
« Va prendre l’air, me dit Glenesh. Tu as une tête de déterrée. 
- Va chier », m’exclamai-je en m levant néanmoins pour quitter la cuisine.
J’étais sous pression, il fallait que je trouve un moyen de décompresser, mais comment ? Je m’appuyai un instant sur la rambarde en fixant la mer. Une nausée insidieuse me saisit sans crier gare. J’avais chaud. La seconde suivante j’étais penchée par dessus bord en vomissant mes tripes.
Je sentis une main se poser sur mon épaule. Je savais à qui elle appartenait.
Je me retournai en essuyant ma bouche.
« Tu as vomis du sang. »
Je regardais la main qui avait nettoyé ma bouche et mon menton pour avoir l’aperçu de ce vomi sanglant.
« Qu’importe. »
Je pouvais lire l’inquiétude dans son regard.
« Ancilla, s’il te plaît... 
- Je vais bien. »
Je me détournai de lui lorsqu’il m’attrapa le bras.
« Je me fais du soucis pour toi. »
je le regardai sans parler.
« Les patates, elles vont pas s’éplucher seules! gueula Glenesh depuis la cuisine.
- Ta gueule ! » répondit El’sha en regardant en arrière.
- Vas-y, demandai-je à El’sha en essayant de sourire. Je vais chercher de l’eau pour faire bouillir tout ça et je vous rejoint.
- Tu ne te reposeras donc jamais…
- Jamais. »
Je partis chercher un seau dont la anse était munie d’une corde et le lançai dans la mer pour récupérer l’eau. En le remontant, je me demandai si je n’étais pas juste une pauvre sotte. Qu’importe. Il était bien trop tard pour revenir en arrière…
Le seau tanguait au bout de sa corde comme je le remontai lentement. Ma vision se brouilla. Une fois le seau en main, je me rendis à la cuisine chancelante.
« Voilà l’eau, articulai-je à bout de souffle. Sortez les marmites. »
J’allai pour m’occuper du poisson mais les hommes n’étaient pas d’accord.
« Sors de là, m’intima Glenesh. J’ai pas envie d’avoir une intoxication alimentaire.
- Je suis sur mon bateau et il me semble que je fais encore ce que je veux. »
El Sha posa son couteau et vint à ma hauteur pour poser ses mains sur le côté de mes épaules. Je levai la tête pour le regarder.
« Il a raison, Ancilla. Tu tiens à peine debout. Va changer ton bandage, il est imbibé de sang. »
Je grognai et tournai les talons pour sortir, claquant bien fort la porte derrière moi.
« Abrutis ! m’écriai-je. Eh bien d’accord, débrouillez-vous sans moi puisque vous y tenez ! »
Je retins mes larmes nerveuses. Je ne supportais pas de ne rien faire. Rester inactive me rendait folle. Et j’étais incapable de me reposer. J’entendis la porte de la cuisine s’ouvrir et Glenesh marmonner :
« Mais fous lui la paix... »
Je regardai El’sha m’approcher.
« Il a raison, El’sha. Tu n’arrêtes pas de me coller. Va continuer le repas, il faut le finir. »
Il me regarda comme on regarderait un enfant qui nous exaspère.
« Très drôle, » lâcha-t-il ensuite.
Il me sourit.
« Je vais bien. répétai-je.
- Tu devrais vraiment te reposer, insista El’sha. Tu es à cran, tu ne vas pas tenir longt...
- Le poisson ne va pas se découper tout seul non plus ! s’époumona Glenesh.
- Ta gueule ! » lui répondions-nous agacés d’une seule voix.
« Bon, je vais faire monter tout le monde, prévins-je en me dirigeant vers la chiourme. Ca m’occupera en attendant que ce foutu repas soit prêt. »
J’ouvris la porte et annonçai d’une voix haute presque étranglée :
« Tout le monde dehors, allez, allez ! On se dépêche, s’il vous plaît ! »
Les gens ne se firent pas prier et, un par un, ils montèrent sur le pont.
Ne resta bientôt plus que moi et les deux filles enchaînées.
Je m’avançais à petit pas pour éviter de me ramasser lamentablement par terre. Il fallait bien l’avouer, je tenais à peine debout. El’Sha avait raison.
« As-tu réfléchis à ce que je t’ai dit tout à l’heure ? questionnai-je l’adulte. Ce serait bien, parce que je n’ai vraiment pas envie d’avoir à vous garder enchaînées toutes les deux. Comment t’appelles-tu ? Si je te détache, tu te tiendras tranquille sans attaquer personne ? » 




Dernière édition par Ancilla le Sam 17 Juin - 16:41, édité 1 fois
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Rain Sword

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MessageSujet: Re: Débarquement    Sam 17 Juin - 16:34

Call of Destiny
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J'étais en train de m'assoupir quand une voix cassante me fit sursauter. La capitaine était revenue pour sommer les gueux de sortird'ici, et tous obéirent bien sagement. Je cherchais Alasan du regard, n'étant plus à côté de moi, pour la trouver à côté de moi face au mur, ayant trouvé un intérêt sur un petit trou dans la cale, qu'elle fixait avec tellement d'intensité qu'on aurait pu croire que quelque chose en sortirai. Elle se dandinait d'un pied sur l'autre, comme si elle était impatiente que ça arrive, malgré que les chaînes l'empêchaient de s'approcher comme elle l'aurait voulu. Je la laissais à son jeu bizarre en entendant les pas de la femme se rapprocher de moi.
Elle s'arrêta à quelques pas de moi, visiblement méfiante. Je ne pu m'empêcher de sourire en coin. J'aime particulièrement inspirer des sentiments négatifs chez mes locuteurs. Néanmoins, elle semblait chercher à adoucir nos relations, dans le but de me libérer. Ou de m'amadouer pour ces desseins quelconques. Je décidais de jouer le jeu. D'une part parce que j'en avais marre d'être cloitrée ici, d'autre part parce qu'elle serait sûrement plus apte à m'apporter des réponses.

_Rain. C'est mon nom, dis-je d'une voix douce. Et elle – je pointais derrière moi – c'est Alasan.

Je hochais la tête à se demande.

_J'ai faim. Et Aly aussi. Je veux juste manger. S'il te plaît.

C'est une femme non? Elle ne peut pas être aussi cruelle qu'un homme, du genre à laisser mourir de faim une pauvre gosse. Je me tournais vers Alasan.

_Aly! Tu veux manger?

Elle ne se retourna pas tout de suite mais fini par croiser mon regard, juste brièvement, le temps d'hocher la tête, avant de retourner à la contemplation de son trou.
Je souri à la capitaine.

_Vous voyez? Je ferais rien tant qu'elle sera saine et en sécurité. Rien du tout. J'embêterai même pas les g... gars.

Si elle ne voulait pas me garder enchaînée, elle n'avait pas d'autre choix que de me croire.

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